(BFI) – Lors de l’ouverture de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Yaoundé, Dr George Elombi, Président d’Afreximbank, a lancé un défi sans détour au système commercial mondial, affirmant que les règles, à elles seules, ne sauraient garantir l’équité pour un continent encore prisonnier des exportations de matières premières.
S’adressant à la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, peu après que celle-ci ait évoqué l’« équité » dans son discours, George Elombi a établi une distinction claire. « L’équité ne signifie pas toujours l’égalité de traitement », a-t-il déclaré. « Il s’agit de permettre aux autres de bénéficier de conditions de concurrence équitables. » Il a averti que l’architecture actuelle favorise les acteurs économiques et militaires les plus puissants. « Les règles permettent à ceux qui ont les moyens économiques, financiers et militaires d’imposer leur influence. Nous sommes inquiets. Nous craignons même que le système commercial mondial actuel ne garantisse pas l’équité que mérite notre continent. » Son argumentation reposait essentiellement sur des calculs.
L’Afrique dépense environ 48 milliards de dollars par an pour importer des produits en coton – un chiffre que M. Elombi estime, de manière prudente, entre 45 et 55 milliards de dollars. « À moins que les ministres africains du Commerce et les dirigeants politiques n’agissent avec audace, voire avec une grande audace et sans crainte, notre continent ne récupérera même pas le quart de ces 50 milliards de dollars », a-t-il déclaré.
À l’inverse, il a cité le Bénin en exemple de ce que la détermination politique peut accomplir. Grâce aux investissements d’Afreximbank dans sa zone industrielle spéciale, le pays transforme désormais 40 000 tonnes de coton brut en produits finis, faisant passer la valeur de ses exportations de 40 millions à 800 millions de dollars. « On voit les choses différemment maintenant », a déclaré M. Elombi. « L’écart entre 40 et 800 millions de dollars démontre clairement que nous avons simplement besoin de la détermination du gouvernement et de la volonté, voire de la passion, des fonctionnaires. »
Le capital, a-t-il affirmé, n’est pas le problème. Afreximbank dispose d’un bilan de 50 milliards de dollars, dont 11 milliards d’actifs liquides « en attente d’investissement ». Selon lui, les véritables obstacles sont d’ordre bureaucratique. « Il faut inciter les fonctionnaires à faciliter le développement, et non à l’entraver. Il est inadmissible que des marchandises restent trop longtemps bloquées dans les ports, que ce soit à l’entrée ou à la sortie. De même, l’obtention d’un permis de construire pour une zone industrielle ne devrait pas prendre six mois. »
Elombi a également exhorté les journalistes africains à changer la perception du continent, soulignant qu’en 32 ans et 500 projets, Afreximbank n’avait jamais essuyé de pertes. « Votre continent n’est pas risqué. Votre continent regorge d’opportunités. Votre continent a besoin d’hommes passionnés. » Il a conclu en rappelant la structure de propriété d’Afreximbank, déclarant aux gouvernements : « Nous ferons ce que vous souhaitez. L’argent vous appartient. Vous contrôlez plus de 75 % des actions. »
Placide Onguéné




