Vers une entrée obligatoire en bourse de certaines entreprises opérant dans l’espace Cemac

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UMAC

(BFI) – Selon le communiqué final des travaux du comité ministériel del’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), reuni le 02 octobre 2019 à Yaoundé, le comité « a adopté le règlement relatif à l’introduction en bourse des participations des États et de leurs démembrements, dans les entreprises exerçant dans la Cemac ». Une obligation catégorique donc la date d’effet n’est pas encore évoquée. Toutes fois, les autorités de la Cemac se sont félicitées de l’accroissement du volume de devises rétrocédées par les banques à la Banque centrale, relève le même communiqué.

Cet instrument, non rendu public pour l’instant, est destiné, selon le même communiqué, « à accompagner la seconde phase du processus d’unification du marché financier de la Cemac ». Cette seconde phase vise la dynamisation de la bourse unifiée conformément à l’article 8 de l’Acte additionnel du 19 février 2018.

Cet article donne aux États membres de la Cemac jusqu’au 19 février 2020, pour « procéder à la cession partielle ou totale en bourse de leurs participations dans le capital d’entreprises publiques, parapubliques, ou issues de partenariat public-privé, notamment dans le cadre de programme de privatisation ».

De manière concrète, il s’agit pour les États de la sous-région et leurs démembrements de vendre à des investisseurs sur le marché financier unifié une partie ou la totalité des actions détenues dans les entreprises en activité dans la Cemac. Ce qui est synonyme d’une entrée en bourse pour ces entreprises.

Mais ce n’est pas tout. Le même article demande aux États, dans les mêmes délais, « l’adoption de cadres législatifs rendant obligatoire la cotation ou l’ouverture en bourse du capital d’entreprises ayant pour profession habituelle, la gestion ou la conservation de l’épargne publique (banques, compagnies d’assurance, etc.) et d’entreprises multinationales ou filiales de multinationales exerçant leurs activités sur le territoire des États membres ».

Réformes

À quelques mois de l’échéance, nous n’avons pas connaissance des diligences prises par les États dans ce sens. Plusieurs entreprises concernées par cette réforme ne sont même pas informées de son existence. L’obligation faite aux entreprises publiques et parapubliques, aux microfinances, aux banques et aux compagnies d’assurance d’entrer en bourses va pourtant induire des changements importants dans le fonctionnement de ces structures.

D’abord en termes de transparence : il faudra désormais tenir une comptabilité régulière et fiable, sanctionnée par la production annuelle des états financiers crédibles (bilan, tableau financier des ressources et emplois, compte de résultats, états annexés, déclaration statistique et fiscale). À ce jour, la pratique est loin d’être partagée. 

Ensuite, beaucoup d’entreprises devront revoir leur statut juridique. Selon de nombreux experts, pour accéder au marché financier, il faut être une société de capitaux notamment une société anonyme avec conseil d’administration. Or, la grande majorité des PME et grandes entreprises en activités au sein de la Cemac seraient des sociétés anonymes avec administrateur général et un tour de table ne dépasse guère trois actionnaires.

La première phase de la fusion des marchés financiers de la Cemac s’est achevée en juillet 2019 avec plusieurs mois de retard. Au cours de celle-ci, le processus de fusion des structures des deux marchés boursiers d’Afrique centrale a abouti à une nouvelle configuration de celui-ci articulée autour d’un régulateur unique, basé à Libreville (Gabon) et d’une bourse unique dont le siège est fixé à Douala (Cameroun). La bourse new-look est le fruit de la fusion entre la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac) et Douala Stock Exchange (DSX).

Accroissement du volume des rétrocessions des devises par les banques

Tout en exhortant la BEAC à poursuivre le suivi et l’application de la nouvelle réglementation des changes, le comité ministériel a « demandé au gouvernement de la Banque

de tout mettre en œuvre pour résorber les difficultés résiduelles relevées dans la pleine application de ladite réglementation des changes ».
Pour rappel, il y a quelques mois des voix se sont élevées parmi les opérateurs économiques pour dénoncer la rigidité de cette réglementation des changes, dont l’application, selon les plaignants, avait créé une pénurie des devises dans la Cemac.
Une concertation de crise organisée par la Banque centrale sur le sujet à Douala, la capitale économique camerounaise, avait permis de mettre à nu certaines pratiques des banques et des opérateurs économiques de la Cemac autour de l’activité de change. 
Des concessions avaient néanmoins été faites par la Beac et des engagements pris par les autres parties pour une sortie de crise. Toute chose qui semble expliquer cet accroissement des volumes de devises rétrocédées par les banques, salué par le comité ministériel de l’Umac.

Par Placide Onguéné

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