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S&P Global Ratings conforte la BEAC sur une improbable dévaluation du franc CFA

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À chaque sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale), la question d’une dévaluation du franc CFA d’Afrique centrale revient régulièrement dans le débat public et les médias locaux. Ce débat est alimenté par des interprétations de toutes sortes sur les fragilités structurelles des économies de la région et par le rappel des risques de crise monétaire de 2016, lorsque tout le monde, y compris le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque de France, s’était retrouvé à Yaoundé au Cameroun, pour trouver des solutions adéquates.

Pas de dévaluation à court terme

Pourtant, les signaux les plus récents convergent vers un constat clair : à court terme, le risque de dévaluation demeure très nettement éloigné. L’agence de notation américaine S&P Global Ratings, dans un rapport publié le 2 février dernier estime que ce scénario est improbable, en cohérence avec les données publiées par la Banque des États de l’Afrique centrale et la Banque mondiale.

Fin 2025, les réserves de change de la CEMAC couvraient près de 5 mois d’importations, un niveau sensiblement supérieur au seuil critique généralement retenu par les institutions financières internationales (4 mois) pour les pays riches en ressources naturelles. L’inflation qui avait fortement pesé sur les ménages après la pandémie et le choc énergétique mondial, est en net reflux : elle est repassée sous les 3 % en moyenne régionale, grâce à la normalisation des prix importés et à une politique monétaire plus lisible.

En 2025, la banque centrale (BEAC) a ainsi pu amorcer un assouplissement prudent de sa politique de contrôle de la masse monétaire en circulation dans la région, rompant avec plusieurs années de resserrement dictées par l’urgence de maintenir la stabilité extérieure.

Cette stabilité nominale constitue un acquis important. Elle sécurise la parité du franc CFA, réduit les anticipations négatives et offre aux États un environnement macroéconomique plus prévisible. Mais elle ne doit pas masquer une réalité plus inconfortable : la stabilisation monétaire n’a pas encore entraîné de transformation économique profonde. La croissance régionale reste modérée et, surtout, insuffisante pour améliorer sensiblement le niveau de vie des populations. Selon la Banque mondiale, près de 37 % des habitants de la CEMAC vivent encore en situation d’extrême pauvreté et la croissance du revenu par habitant demeure quasi nulle.

Le vrai déséquilibre est désormais domestique

Le cœur du problème s’est déplacé. Il ne se situe plus principalement dans la balance des paiements ou dans le régime de change, mais dans le fonctionnement interne des économies de la région. Malgré l’assouplissement monétaire, le crédit au secteur privé progresse lentement et demeure coûteux, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Les banques, confrontées à un environnement perçu comme risqué et à des contraintes prudentielles élevées, privilégient massivement les titres publics, dont les encours ont fortement augmenté depuis 2023. Ce choix est rationnel du point de vue bancaire, mais il a un coût macroéconomique. Il limite le financement de l’investissement productif, freine la diversification économique et entretient une dépendance persistante aux hydrocarbures et aux matières premières.

Les données de la BEAC montrent pourtant une dynamique contrastée : si certaines productions comme le gaz naturel, progressent rapidement dans des pays comme le Congo, ces gains restent concentrés et peu diffusés dans le reste de l’économie.

La situation actuelle place la CEMAC face à une équation délicate. La stabilité monétaire, longtemps considérée comme l’objectif prioritaire, n’est plus suffisante en soi.

Le véritable enjeu est désormais la transmission de cette stabilité vers l’économie réelle : réorientation du crédit vers les secteurs productifs, amélioration du climat des affaires, sécurisation juridique de l’investissement et mise en œuvre effective des réformes structurelles annoncées lors des sommets régionaux. À défaut, le risque n’est pas une crise brutale, mais une stagnation prolongée.

Une stabilité macroéconomique « par le haut », rassurante pour les marchés et les agences de notation, mais socialement coûteuse et politiquement fragile. La dévaluation n’est plus la menace immédiate. Le véritable test pour la CEMAC est désormais sa capacité à transformer un équilibre monétaire retrouvé en prospérité partagée et durable.

Rédaction
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