(BFI) – Le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh (Photo), a convoqué ce 21 janvier 2026, par document officiel, une réunion relative aux « difficultés liées au scanning des marchandises au port autonome de Douala (PAD) ». À ce stade, aucune information officielle n’a filtré sur les conclusions de cette rencontre, organisée dans la salle A339 du secrétariat général de la présidence.
Cette séquence intervient après un désaccord entre le ministère des Finances et la direction générale du PAD autour du contrat de scanning des marchandises au port de Douala-Bonabéri. Dans une correspondance adressée le 9 décembre 2025 au secrétaire général de la communauté portuaire nationale (Port Synthèse), le directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o, annonce qu’à compter du 1er janvier 2026 les opérations de scanning seront assurées par Transatlantic D SA.
L’entreprise succède à la Société générale de surveillance (SGS), en charge de cette activité depuis 2015 dans le cadre d’un contrat de partenariat public-privé avec l’État du Cameroun. Le périmètre évolue : alors que les activités de SGS se limitaient au scanning des conteneurs, Cyrus Ngo’o indique que Transatlantic D SA couvre désormais l’ensemble des flux. « [Le périmètre] couvre toutes les marchandises passant par le port, tant à l’importation qu’à l’exportation, et quel que soit le mode de conditionnement, en cohérence avec la politique générale de l’État en matière de sécurisation des frontières et du territoire national », écrit-il dans sa lettre du 9 décembre 2025.
La réticence du ministre des Finances
L’instauration du 100 % scanning, puis le changement d’opérateur, ne semblent toutefois pas faire consensus au sein de l’exécutif. Dans une lettre adressée le 29 décembre 2025 au DG du PAD, Louis Paul Motazé exprime sa désapprobation et demande le maintien du cadre contractuel existant : « Je vous demande de vous en tenir (…) aux dispositions pertinentes du contrat d’inspection par scanner (CIS), que le gouvernement a conclu avec la Société générale de surveillance (SGS) le 2 mars 2015, en vue de renforcer la sécurisation des recettes douanières. La direction générale des douanes (DGD) et tous les services compétents du ministère des Finances sont instruits dans ce sens », prévient-il.
Au PAD, une source autorisée défend une logique plus large que la seule recette douanière : « la concession du nouvel opérateur fait partie du vaste projet de sécurisation de l’espace portuaire de Douala-Bonabéri. Il ne s’agit pas uniquement de sécuriser les recettes douanières à travers le seul scanning des conteneurs ». Dans les faits, Transatlantic D SA a lancé ses activités le 2 janvier 2026, malgré la désapprobation du Minfi, selon le texte.
Transatlantic D SA met en avant ses premiers chiffres
Le nouvel opérateur communique sur un démarrage jugé maîtrisé. Dans un message à caractère publicitaire diffusé le 12 janvier 2026, Transatlantic D SA affirme : « À peine entrée en activité, Transatlantic D SA affiche des performances opérationnelles jugées solides au Port de Douala-Bonabéri ». L’entreprise indique qu’entre le 2 janvier 2026 (date de prise en main effective du scanning non intrusif des cargaisons) et la phase de démarrage, 2 856 conteneurs ont été scannés, pour 2 455 inspections pleinement validées.
La même communication fait état de 1 682 images exploitables, avec une répartition entre conteneurs 20 pieds (1 530) et 40 pieds (1 326). Sur les inspections finalisées, l’entreprise revendique 1 283 unités 20 pieds et 1 283 unités 40 pieds traitées, estimant que ces chiffres traduisent « une capacité opérationnelle maîtrisée dès les premiers jours d’exploitation ».
Elle insiste aussi sur la fin de la présence de l’opérateur sortant : « contrairement à certaines informations relayées ces dernières semaines, la société SGS n’exerce plus aucune activité de scanning au Port de Douala-Bonabéri. Son contrat, arrivé à expiration, n’a pas été renouvelé et l’entreprise a quitté les installations du Port autonome de Douala. Depuis le 1er janvier 2026, Transatlantic D est l’unique opérateur habilité à assurer les opérations de scanning non intrusif sur la plateforme portuaire ».
Imboglio administratif
Malgré ces assurances, la situation resterait confuse sur le terrain. Dans un communiqué publié le 19 janvier 2026, le DG du PAD rappelle la procédure de paiement applicable : « (…) Il est rappelé que le seul paiement exigible et valide, depuis le 2 janvier 2026, au titre des frais de scanning dans le cadre des procédures de passage portuaire des marchandises au port de Douala-Bonabéri n’est que celui effectué auprès de Transatlantic D SA. Par conséquent, toutes les administrations qui implémenteraient le paiement du scanning sur la base de l’ancien système sont invitées à le désactiver et à s’arrimer immédiatement à la nouvelle procédure de scanning, afin d’éviter le double paiement des frais de scanning aux chargeurs ».
En clair, malgré l’arrivée du nouvel opérateur reconnu par le PAD, certaines administrations continueraient d’utiliser l’ancien système de facturation lié à SGS — une hypothèse cohérente avec l’instruction annoncée par Louis Paul Motazé à la DGD et aux services du Minfi dans sa lettre du 29 décembre 2025. L’arbitrage attendu de la présidence vise à mettre fin à un imbroglio administratif présenté comme embarrassant et potentiellement préjudiciable aux usagers du port de Douala-Bonabéri.




