Présidence de la FANAF: entretien avec le candidat Théophile Moulong

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Théophile Moulong

(BFI) – Après notre entretien avec le gabonais César Ekomié-Aféné, diffusé le 11 février 2020, voici l’interview réalisée avec Théophile Moulong, l’autre candidat candidat à la présidence de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF). Les deux candidats seront départagés le 20 février à Libreville en marge des assemblées générales de l’organisation.

Qu’est-ce qui motive votre candidature à la présidence de la fanaf ?

Avant toute chose, permettez-moi, au nom de toute l’équipe qui m’accompagne et dont les membres se comptent dans l’ensemble des marchés de la FANAF, de vous remercier pour l’intérêt que vous portez à notre Fédération. Pour revenir à votre question, je dirai que la FANAF a fait beaucoup de chemin depuis sa création en 1971. Il y a eu de grandes avancées telles que:

– La fin de la vente de l’assurance à crédit, ce qui a considérablement amélioré la trésorerie des compagnies d’assurances. Cela a également permis d’assainir considérablement les comptes des compagnies en ce qui concerne les arriérés de primes dans la zone CIMA,

– L’adoption d’une réglementation précise sur l’activité de la microassurance en zone CIMA, en s’inspirant de ce qui se faisait déjà dans d’autres marchés. Nous notons cependant aujourd’hui que le taux de pénétration de l’assurance au sein de la FANAF reste bloqué à 2%, avec les seuils les plus bas en zone CIMA.

De plus, les sociétés de la zone CIMA sont soumises à un relèvement du capital social. Au niveau du Ghana, on note l’expansion de l’application du Local Content aux Assurances. Plus récemment, nous avons applaudi l’ouverture à la concurrence du marché de la RDC. Tout ce qui précède illustre bien que notre Fédération est à un tournant important. C’est pour cette raison que nous avons jugé opportun de nous mettre à la disposition de nos pairs, afin qu’ensemble nous relevions ces défis actuels et futurs.

Ma motivation vient donc de cette envie de servir les intérêts de notre profession, voilà pourquoi dans mon message de fin d’année adressé à mes collègues, je précise être à l’écoute de chacun et de tous afin que nous bâtissions la FANAF de la prochaine décade.

En dehors du marché camerounais, quels sont vos soutiens dans cette initiative ?

Lorsqu’on aspire à représenter tous les marchés de la FANAF, à les servir, on ne doit pas être le candidat d’un marché spécifique ou d’un groupe. Il vous souviendra que depuis le début de ma carrière, j’arpente toutes les parties de l’Afrique en tant qu’Assureur et Réassureur. Votre question me permet donc de repréciser qu’au sein de la FANAF, nous transcendons les nationalités et les entités. L’équipe qui sera élue au soir du 20 février prochain devra être au service de l’ensemble des membres de la FANAF. Aussi, l’équipe qui m’accompagne dans ce projet est plurielle et représentative aussi bien des métiers que des marchés qui constituent la FANAF.

Quels sont les grands axes de votre programme? Quelles sont vos priorités?

De façon non exhaustive, nous proposons à nos pairs de travailler sur:

– La rentabilité des marchés de la CIMA à l’aune du relèvement du capital social. En effet, nous avions déjà un problème de rentabilité de nos sociétés dont les causes sont multiples, particulièrement dans certains de nos pays, que le relèvement du capital minimum va exacerber. Un problème de rémunération des fonds déjà investis qui complique l’apport de nouveaux capitaux. Il conviendra avec notre régulateur communautaire, qui à travers les directions nationales d’assurance, œuvre à la promotion de l’industrie d’assurance, s’interroger sur le délai et l’opportunité de la mise en œuvre de la seconde phase du relèvement du capital minimum, sur l’exigence d’un capital minimum uniforme ou en relation avec la taille des marchés, comme cela se voit dans d’autres zones. Les 180 compagnies d’assurance de la zone CIMA ont réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 1000 Milliards de francs CFA. A comparer aux 900 Milliards de francs CFA qu’elles doivent mobiliser au terme de la seconde phase du relèvement du capital minimum;

– Le développement de l’Assurance Vie dans l’ensemble des marchés FANAF. Vous noterez que c’est cette branche qui porte le Marché de l’assurance en Afrique du Sud là où le taux de pénétration est le plus haut. Cela laisse penser que cette branche peut être un levier important de développement de l’industrie dans les autres marchés pour peu que les produits soient attractifs en matière rémunération de l’épargne et que les taxes ne découragent pas les assurés ;

– La digitalisation : il s’agit d’un enjeu majeur surtout dans l’aspect règlement des sinistres. Comme vous le savez, il s’agit de notre primo engagement vis-à-vis des assurés et bénéficiaires des contrats. La digitalisation nous permet également de moderniser notre profession en nouant des partenariats stratégiques avec des secteurs tels que la téléphonie mobile et les banques; 

– L’harmonisation aux normes IFRS;

– Le renforcement des capacités de rétention de nos marchés grâce à la coassurance effective dans nos marchés et la réassurance régionale ;

– La promotion de la mise en œuvre effective du Livre 7 du code CIMA. L’objectif étant de nous pousser à aller au-delà des 3% de la cible que nous touchons actuellement par nos produits d’assurance classiques.

Certains de ces sujets avaient déjà été identifiés par les équipes précédentes. Etant dans une logique de continuité et d’enrichissement, les priorités seront tout ce qui nous permettra d’augmenter le taux de pénétration de l’assurance en mettant en avant son caractère inclusif. Vous aurez donc forcément le développement de la Microassurance et de l’assurance Vie. La digitalisation ainsi que l’éducation des assurés seront également des axes prioritaires.

Le marché camerounais s’est nettement fait distancer par la Côte d’Ivoire. Comment vous voyez son évolution future ?

Ces deux marchés sont les locomotives de la zone CIMA. Pourtant pris ensemble, ils demeurent néanmoins petits en termes de chiffres d’affaires si on les croise avec le relèvement de capital social décidé par le régulateur. Ceci pour dire que nous avons besoin de nous réinventer en matière d’innovation produits et de canaux de distribution. Nous devons nous réinventer en matière de process tant au niveau de la souscription qu’au niveau de la célérité de paiement des sinistres.

Nous devons donc nous ouvrir aux autres et en tirer le meilleur. Cela devient galvaudé de le dire, mais je pense que l’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana avec le succès de BIMA (Société suédoise de micro assurance), devraient nous servir d’exemples.

Enfin, notre rôle d’acteur majeur dans l’inclusion financière au sein de nos marchés devrait nous pousser à prendre un engagement plus fort relativement à la création de produits et services d’assurances destinés aux femmes.  Ces dernières portent l’évolution des marchés de l’Assurance en Inde, en Afrique du Sud et en Afrique de l’Est. Elles sont prêtes à le faire au sein de l’ensemble des marchés de la FANAF.

Quel regard portez-vous sur l’assurance en zone CIMA, ses défis et ses perspectives ?

Vu à l’aune du taux de pénétration de l’année, et au regard de son potentiel, le marché de la CIMA reste en retrait. Toutefois, il reste un modèle d’harmonisation et d’intégration en Afrique Subsaharienne. Le dynamisme des femmes et des hommes qui font ce marché, des sociétés qui y évoluent en font un marché à très fort potentiel de développement.

La pression réglementaire, l’hégémonie financière d’un marché voisin tel que celui du Nigeria, l’actualité sur la zone de libre-échange (ZLEC), les nouvelles habitudes de consommation des assurés qui ont évolué et la crise économique qui touche nos marchés sont autant de défis qui doivent être relevés au sein de l’espace CIMA pour en faire un espace encore plus solide.

Les perspectives de développement de l’assurance en zone CIMA sont immenses. Si l’on considère seulement que le taux d’équipement en smartphones est de 75% dans nos marchés, que le taux de pénétration d’internet est de 57% dans la plupart de nos marchés, on comprend que les nouveaux canaux de distribution sont là. Si l’on considère enfin qu’à ce jour nous ne touchons que 3% de potentiels assurés, vous comprendrez que la CIMA aujourd’hui est le champ des possibles. C’est pour qu’ensemble nous capitalisions sur ces perspectives que nous sollicitons le vote de nos pairs au niveau de la FANAF.

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