Orange développe aussi sa fibre philanthropique au Cameroun

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Village orange
Programme "villages Orange" au Cameroun
(BFI) – Au-delà de l’univers du business proprement dit, la multinationale française des télécommunications a choisi de s’impliquer autrement sur le continent.

C’est devenu un quasi-poncif éculé : l’Afrique est le continent de l’avenir du numérique. Mais, derrière les idées attendues, rapports et perspectives de développement indiquent une réalité indéniable. Le numérique permettrait à ce continent de créer ses propres modèles de développement. Pourtant, il ne s’agit pas d’affirmer que le numérique va transformer l’Afrique en « start-up continent », mais de mesurer son impact sur l’économie africaine. Parmi les pays africains, le Cameroun a semblé vouloir s’accrocher à la dynamique en impulsant dès 2016 un plan stratégique pour l’économie numérique. Le plan avait pour ambition à l’orée de 2020 de porter le taux de pénétration d’Internet à 50 % et de faire doubler la contribution du numérique au PIB, de 5 % en 2016 à 10 % en 2020.

Dans ce pays, les opérateurs internationaux jouent aussi un rôle dans la diffusion du numérique dans les diverses strates de la population. L’opérateur Orange est de ceux-là, il trouve dans le Cameroun un marché florissant. Selon les derniers chiffres disponibles, « Orange Cameroun a terminé l’année 2016 avec un parc de clients mobile actifs de 5,8 millions ». Une baisse de 1,2 million par rapport à 2015, cependant, en raison d’une nouvelle réglementation camerounaise sur l’identification des abonnés. Quoi qu’il en soit, Orange Cameroun a lancé un vaste programme d’extension de sa couverture 3G et 4G et de modernisation de son réseau d’accès. Orange Cameroun a aussi consolidé sa première place dans le paiement mobile en multipliant par trois sa base d’abonnés actifs. Le Cameroun n’est pas « Orange Land », mais il suffit d’observer les rues de Yaoundé pour constater le nombre de signaux et d’enseignes Orange, de la simple échoppe de quartier à la boutique plus achalandée des quartiers internationaux. Il reste que l’intensification de la concurrence sur le marché camerounais, et plus largement africain, est indéniable. Les consommateurs camerounais ont pu aussi contester, par une pétition en ligne qui avait appelé au boycott de la marque, les services et prix pratiqués par la filiale Orange. Le marché camerounais semble donc tout à la fois installé, encore prometteur mais non totalement captif.Dans cet environnement hautement concurrentiel, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et le mécénat d’entreprise peuvent apporter le liant sociétal et altruiste, la « solidarité », pour utiliser le terme générique, qui vont accompagner les stratégies purement économiques de l’entreprise. Que ce soit par la prise en compte par Orange des enjeux, sociaux et éthiques dans ses activités ou par des actions tournées vers l’égalité numérique, les arts et la littérature. Un paradigme oblatif qui ne doit cependant pas occulter que la motivation de cette société, de toute société, restera d’abord purement tendue vers le bénéfice mercantile.

DOn Orange
Don d’un forage par la Fondation Orange

Diverses actions ont été développées par la Fondation Orange. Les 75 « Villages Orange » construits dans 11 pays, par exemple, où l’action philanthropique a permis de doter des villages en eau, électricité, centre de soins et santé infantile. Au Cameroun, c’est à travers notamment trois actions visant à assurer ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’inclusion numérique » qu’Orange a développé cette fibre philanthropique. Pour combler le fossé numérique, qui prend dans ce pays la physionomie d’une faille abyssale que l’aporie étatique peine à combler, Orange soutient des écoles numériques, a créé des maisons digitales et des fab labs. Enfants, femmes, jeunes défavorisés sont ainsi l’objet de l’empressement philanthropique d’Orange.

Mais la fibre altruiste ou solidaire numérique viendra toujours accompagner et servir au développement de la fibre numérique économique. Car ce philanthropisme d’entreprise peut constituer un investissement, au sens premier du terme : la possibilité d’élargir sa visibilité et sa capacité à attirer d’autres clients. Puis la philanthropie est-elle aux entreprises privées ce que l’aide publique au développement est pour les États ? Instrument d’influence pour les premières, de soft power pour les seconds ? De cette influence, la Fondation Orange en a les moyens. Largement. Elle s’appuie sur une société, Orange, qui se déploie dans 30 pays au total dans le monde et compte plus de 20 000 salariés en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient. Avec un budget de 8,5 millions euros pour la fondation internationale, chiffre qui s’élève à 23 millions avec les 16 fondations nationales, la Fondation Orange développe un réseau d’aides et de solidarité. 500 associations ont déjà été soutenues pour diverses actions, culturelles, sociétales ou de santé.

Mais, pour ces mastodontes de l’économie mondiale, comment respecter la fine ligne qui sépare l’aide altruiste de la suppléance, voire l’activité de services publics ? Fonction éminemment régalienne que certains Etats sont peut-être trop enclins à partager ou à déléguer à des multinationales d’intérêt pourtant privé. Pour Christine Albanel, directrice exécutive à la Fondation Orange, tout est dans la mesure et l’équilibre. « Orange n’est pas là que pour son métier. Il y a aussi un rôle citoyen à accepter. Les nouvelles technologies peuvent porter là des miracles. Ces fondations peuvent apporter de l’aide mais ne remplacent pas l’État. Elles doivent participer à effort collectif. Si nous agissons avec les autorités, avec qui nous travaillons, nous ne le faisons pas à leur place. Les contacts sont permanents. Nous suppléons, mais nous ne nous chargeons pas de tous les besoins. Les règles de déontologie, des chartes précises encadrent l’action. Les partenaires, associations locales, nous indiquent les priorités. Nous faisons très attention à cela.  »

Les écoles numériques, la fibre scolaire

Obala. À une heure trente de route au nord de Yaoundé, par des routes serpentines. Le complexe d’écoles primaires de la ville s’étend, vastes bâtiments situés au centre de la ville. La cour bruisse d’enfants en tenue de sport. C’est jour d’épreuves, les enfants se défient sous le soleil déjà lourd. Le complexe compte quatre écoles. Depuis novembre 2018, l’une de ces écoles expérimente l’apprentissage sur support numérique. 50 tablettes ont été fournies par la Fondation Orange, après candidature spontanée de l’école sur la base d’un projet pédagogique qui a répondu au cahier des charges prévues pour la sélection des projets que soutient la fondation. 820 écoles de ce type existent déjà dans 16 pays. 720 écoles dans la zone Afrique, Moyen-Orient, 80 écoles en Côte d’Ivoire et, d’ici fin 2019, 60 au Cameroun contre les 45 actuellement. 200 000 enfants au total sont concernés. Le but d’une école numérique est de fournir des tablettes non connectées, qui contiennent une véritable bibliothèque. Des accords ont même été conclus avec certains ministères de l’Éducation pour respecter au mieux les programmes. D’autres accords ont été signés avec des fournisseurs de contenus. Au Cameroun, le programme concerne aussi bien les régions anglophones que francophones, les tablettes étant bilingues. Des écoles arabes ont exprimé le désir d’être intégrées au programme, mais l’hypothèse reste encore à l’étude.

Sur les 820 écoles numériques de la Fondation Orange dans le monde, 780 se trouvent en Afrique.

Dans la classe d’Obala, 40 enfants, uniforme vert de l’élève camerounais, têtes studieuses penchées à deux ou trois sur la tablette grise cerclée de la couleur orange emblématique. La tablette est épaisse, rembourrée pour les mains enfantines. Majoie et Lafortune, respectivement 11 et 12 ans, s’appliquent à chercher la leçon de français du jour qui porte sur « homophones et synonymes ». L’une veut être « docteur » et l’autre « chirurgienne ». Elles s’amusent à appuyer sur les onglets ouverts : « Ça permet d’apprendre beaucoup de choses car on peut toucher », dit Majoie. Les manuels scolaires, Wikipédia, des livres y sont accessibles sans la nécessité d’une connexion internet de toute façon aléatoire ou dispendieuse à Obala. La directrice de l’école publique l’affirme, les tablettes ont facilité le travail pédagogique. « Les enfants dans leur curiosité découvrent beaucoup de choses et sont en relation avec le monde extérieur. Ils sont plus éveillés. Ils touchent du doigt leur apprentissage », explique-t-elle.

Par Christian Trésor Adong Baliaba

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