(BFI) – Le récent communiqué du ministère des Mines, publié pour répondre aux révélations sur les exportations d’or camerounais vers les Émirats arabes unis, se voulait rassurant. Il produit l’effet inverse. En cherchant à expliquer l’inexplicable, le gouvernement met en lumière des défaillances profondes de gouvernance, de légalité et de crédibilité financière.
Les chiffres sont sans appel. Alors que les autorités camerounaises déclarent à peine 22,3 kilogrammes d’or exportés, les Émirats arabes unis enregistrent 15,2 tonnes d’or comme étant d’origine camerounaise. Il ne s’agit pas d’un simple écart statistique, mais d’un gouffre, d’une différence d’ordre structurel qui ne peut être réduite à une erreur administrative.
Face à cette anomalie, le gouvernement avance un argument central : l’or de pays voisins transiterait par le Cameroun et serait déclaré à l’étranger comme étant d’origine camerounaise. Cette explication peut sembler plausible au profane. Elle ne résiste pourtant pas à l’analyse juridique.
En commerce international, l’origine n’est ni une supposition ni une déclaration unilatérale du pays importateur. Elle est établie par des documents officiels émis par l’État exportateur. Pour que de l’or soit enregistré à Dubaï comme « camerounais », il a nécessairement été accompagné d’une déclaration d’exportation des douanes camerounaises ou d’un document émanant de la société nationale des Mines (SONAMINES), seule entité légalement habilitée à commercialiser l’or.
C’est cette réalité que le communiqué élude. Les frontières peuvent être poreuses, mais les documents douaniers ne sont pas virtuels. Si l’or est déclaré comme camerounais à l’étranger, c’est que le système camerounais, d’une manière ou d’une autre, a été utilisé, contourné ou instrumentalisé.
À partir de là, le débat change de nature. Nous ne sommes plus face à un simple problème administratif, mais à un risque sérieux de blanchiment de capitaux. L’or est reconnu mondialement comme un actif à haut risque en matière de flux financiers illicites. Sa valeur élevée, sa facilité de transport et sa convertibilité en font un outil privilégié du blanchiment par le commerce.
Le schéma qui se dessine correspond exactement aux typologies identifiées par le Groupe d’action financière (GAFI) : sous-déclaration massive à l’exportation, surdéclaration à destination, et absence de traçabilité fiable. Ce sont là des signaux d’alerte classiques du blanchiment de capitaux par le commerce.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que le Cameroun figure toujours sur la liste grise du GAFI. Être sous surveillance renforcée implique une exigence accrue de contrôle des secteurs à risque, en particulier les industries extractives. Or, le communiqué reconnaît explicitement l’incapacité de l’État à maîtriser la production, le suivi et la commercialisation de l’or.
Au lieu de démontrer des progrès, l’explication officielle confirme les faiblesses structurelles qui justifient le maintien du Cameroun sur la liste grise. Elle envoie un signal négatif aux partenaires internationaux, aux banques correspondantes et aux investisseurs.
Plus grave encore, en affirmant que de l’or étranger est déclaré comme camerounais, l’État admet implicitement l’existence de pratiques gravement irrégulières : falsification de documents, négligence institutionnelle ou complicités internes. Aucune de ces hypothèses ne protège l’intérêt national. Toutes renforcent la gravité du scandale.
Ce qui devait être un exercice de communication se transforme ainsi en aveu involontaire de défaillance systémique. Loin d’apaiser les inquiétudes, le communiqué les amplifie.
Dans un contexte international où la transparence conditionne l’accès aux marchés, aux financements et à la confiance, les explications approximatives ne suffisent plus. Les partenaires du Cameroun attendent des contrôles effectifs, des enquêtes crédibles et des responsabilités clairement établies.
Le scandale de l’or n’est donc pas un simple débat politique. C’est une crise de gouvernance, de légalité et d’intégrité financière. Tant qu’elle ne sera pas traitée avec rigueur et transparence, chaque tonne d’or déclarée « camerounaise » à l’étranger continuera de poser la même question dérangeante : non pas d’où vient l’or, mais qui a laissé le système faillir.
Dr. Alain Nkoyock, Dran’s Books Think Tank CABAC




