Off-grid et renouvelables : les enjeux de l’électrification en Afrique

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Khaled Igué est associé en charge de l’Afrique chez Benoit & Associés

(BFI) – Les zones rurales du continent, où habitent plus de six Africains sur dix, sont encore majoritairement privées d’accès à l’électricité. Les solutions off-grid et le recours aux énergies renouvelables peuvent permettre à l’Afrique de réaliser un véritable saut technologique. Une tribune de Khaled Igué.

Aujourd’hui, un Africain sur deux n’a toujours pas accès à l’électricité. Autrement dit, sur une population totale estimée, en 2017, à 1,2 milliard d’habitants, quelque 645 millions d’entre nous vivent sans électricité. Une situation unique au monde, bien que très contrastée : si les pays d’Afrique du Nord affichent un taux d’électrification proche de 100%, ceux d’Afrique subsaharienne accusent un net retard. Le Sénégal, le Nigéria et la Côte d’Ivoire parviennent ainsi à un taux compris entre 55% et 65%, mais de très nombreux pays, comme le Liberia (9,1%), le Tchad (8%) ou le Burundi (7%) représentent ce qu’il convient d’appeler de véritables déserts énergétiques.

Quel que soit le pays, ce sont les zones rurales, où réside 63% de la population africaine, qui sont les moins bien couvertes, éloignement des réseaux électriques nationaux oblige. Dans ces régions isolées, 315 millions d’Africains sont privés d’électricité. Quand bien même le raccordement électrique est techniquement possible, l’électricité coûte, sur notre continent, jusqu’à trois fois plus cher qu’en Europe ou aux Etats-Unis – un tarif prohibitif pour les foyers les plus modestes. En 2100, nous serons 4,4 milliards d’Africains, soit 40% de la population mondiale : selon la Banque mondiale, nous avons besoin d’augmenter notre capacité de production électrique de 7 GW par an si nous voulons répondre à nos propres besoins et ne plus continuer à perdre entre 2 et 4 points de croissance annuels.

En d’autres termes, la période de forte croissance – en moyenne 4% – dont bénéficie actuellement l’Afrique ne saurait perdurer sans investir massivement dans l’énergie à moyen et long termes. Il nous faut revoir à la hausse nos ambitions énergétiques. Il nous faut réformer la gouvernance de l’énergie à tous les niveaux géographiques. Il nous faut, enfin, arrêter de subventionner les énergies fossiles, et nous tourner résolument vers les solutions d’électrification innovantes, comme les technologies en mini-réseaux (mini-grid) et hors-réseau (off-grid), et favoriser le développement des énergies renouvelables.

L’off-grid pour connecter les Africains ruraux

L’off-grid, c’est la possibilité pour les habitants des zones rurales d’Afrique de produire de manière autonome leur électricité, tout en étant déconnectés des réseaux de distribution électrique centralisés. Une solution qui n’a rien d’un gadget, remplaçant avantageusement les générateurs à pétrole et autres lampes à kérosène. A terme, le développement des technologies off-grid pourrait permettre à l’Afrique d’accélérer l’électrification de ses campagnes, et même de réaliser un saut technologique à l’échelle du continent. Donner aux Africains des zones rurales l’accès à l’énergie et au digital, c’est aussi permettre l’éclosion d’un nouvel écosystème, autour de l’e-éducation, l’e-santé ou l’e-agriculture, tout en encourageant le développement de leurs activités économiques.

De nombreuses entreprises, start-up comme Baobab+ ou multinationales comme Engie, investissent ce créneau d’avenir. EDF, l’un des leaders des solutions off-grid, commercialise via sa filiale Zeci, fondée en partenariat avec la start-up américaine Off-Grid Electric (OGE) une large gamme d’offres abordables sur le continent. Ces kits solaires, reliés à des appareils domestiques basse consommation, sont proposés au Ghana, grâce à la filiale Zegha ; au Togo, où l’entreprise française a signé fin octobre 2018 un accord avec la société britannique BBOXX Togo, visant 500 000 foyers alimentés avant 2030 ; au Kenya, où son partenaire Sunculture commercialise des solutions off-grid pour l’agriculture ; en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Maroc, en Afrique du Sud… En quinze ans, le programme d’accès à l’énergie d’EDF a bénéficié à 500 000 d’entre nous.

Les énergies renouvelables, l’or vert de l’Afrique

Notre avenir énergétique passe également par le développement des énergies renouvelables, dont le paradoxe veut que si l’Afrique dispose d’importantes ressources en la matière, celles-ci sont insuffisamment et inégalement exploitées. Ainsi, nos réserves d’énergie hydraulique, évaluées à 1 100 TWh, ne sont exploitées qu’à 8%, et le potentiel en énergie géothermique de la vallée du Rift, estimé à 9 GW, n’est exploité qu’à 6%. Nous disposons pourtant d’atouts considérables, comme en ce qui concerne l’énergie solaire, avec un ensoleillement moyen deux fois plus élevé qu’en Europe et la présence, sur notre continent, de sept des dix pays les plus ensoleillés au monde, dont le Tchad, l’Egypte et le Kenya.

Certains pays africains nous montrent la voie à suivre, à l’image de l’Ethiopie, qui produit 93,90% de son énergie à partir de sources durables, grâce notamment aux barrages de Gibe III (1 870 MW) et de la Renaissance (6 000 MW, en construction). Si de nombreux obstacles demeurent – fragmentation du marché, coûts élevés des transactions, perception des risques par les investisseurs, etc. -, la baisse des coûts d’investissement dans le photovoltaïque et la présence de plus de 150 entreprises proposant des solutions de solaire off-grid pourraient contribuer à multiplier par quatre notre production d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. A la même date, nous pouvons viser les 22% de renouvelables dans notre mix énergétique, contre 5% en 2013. Ces défis sont à notre portée. L’Afrique a plus que jamais les cartes en main pour faire sa révolution énergétique.

Par Khaled Igué, responsable des partenariats publics et institutionnels pour l’Afrique d’OCP

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