(BFI) – En 2024, l’Ouganda a déclaré avoir importé 3 175 kg d’or brut non monétaire en provenance du Cameroun, pour une valeur de 248,18 millions de dollars, soit environ 150,5 milliards de Fcfa. Ces chiffres illustrent un écart majeur entre les flux commerciaux déclarés par le Cameroun et ceux enregistrés par ses partenaires commerciaux.
Selon les données WITS issues d’UN Comtrade, le Cameroun figurait cette année-là au sixième rang des pays d’origine déclarés par l’Ouganda pour ses importations d’or brut, derrière la Tanzanie, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud, le Mali et le Mozambique. Un écart similaire était déjà observable en 2023. L’Ouganda avait alors déclaré l’importation de 1 117 kg d’or brut en provenance du Cameroun, pour une valeur de 71,61 millions de dollars (environ 43,4 milliards de francs CFA).
Pourtant, les registres WITS ne font état d’aucune exportation camerounaise de ce produit vers l’Ouganda pour cette même année. Le Cameroun n’avait déclaré que 674 910 dollars d’exportations mondiales sous le code produit 710812, avec pour destinations les Émirats arabes unis, l’Italie et les États-Unis.
Le volume déclaré par l’Ouganda dépassait la production semi-mécanisée enregistrée
La quantité de 1 117 kg attribuée au Cameroun par l’Ouganda en 2023 dépassait même la production nationale officielle d’or artisanal semi-mécanisé enregistrée pour cette année-là. Le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) du Cameroun, fondé sur les déclarations de la société minière publique Sonamines, évaluait cette production à 952,77 kg, contre 859,92 kg en 2022. Les importations déclarées par l’Ouganda étaient donc supérieures de 164,2 kg (soit 17,2 %) à cette production enregistrée. Cette comparaison comporte toutefois une limite importante. Le chiffre de 952,77 kg ne représente pas la totalité de l’or ayant pu circuler au Cameroun ; il couvre uniquement la production artisanale semi-mécanisée suivie par la Sonamines.
Le rapport indique également qu’aucune production industrielle d’or n’a été déclarée au ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique en 2023. L’écart statistique avec l’Ouganda s’est creusé en 2024. La valeur des importations d’or brut en provenance du Cameroun déclarées par l’Ouganda a augmenté de 246,6 % par rapport à l’année précédente, tandis que le volume a progressé de 184,2 %. Le Cameroun a représenté 6,9 % des 46 197 kg d’or brut importés par l’Ouganda en 2024 et 7,6 % de la valeur totale de 3,27 milliards de dollars.
Les statistiques miroirs indiquent 15,2 tonnes contre 22,31 kg dans les registres douaniers
La divergence concernant l’Ouganda s’inscrit dans une asymétrie bien plus large identifiée dans le rapport ITIE 2023 du Cameroun. La Direction générale des douanes a enregistré seulement 22,31 kg d’exportations d’or, pour une valeur de 904,14 millions de Fcfa, cette année-là. Le tableau correspondant mentionne des expéditions vers l’Italie, les Émirats arabes unis, les États-Unis et le Portugal. L’Ouganda ne figure pas parmi les destinations. Le rapport ITIE compare également ces chiffres aux statistiques miroirs de la base de données UN Comtrade.
Pour 2023, les pays partenaires ont déclaré 15 194 kg (soit 15,194 tonnes) d’or relevant de la catégorie SH 7108 en provenance du Cameroun, contre 22,3 kg selon les statistiques douanières nationales camerounaises. Toutefois, cette comparaison repose sur des classifications qui ne sont pas parfaitement identiques et ne constitue pas un rapprochement transaction par transaction. Les Émirats arabes unis ont représenté la majeure partie de l’or déclaré par les partenaires commerciaux du Cameroun.
Les données du WITS indiquent que ce pays a enregistré 14 048 kg d’importations d’or brut non monétaire en provenance du Cameroun en 2023, pour une valeur de 879,72 millions de dollars. L’Ouganda arrivait ensuite avec 1 117 kg, pour une valeur de 71,61 millions de dollars. Les données de transaction fournies par Volza offrent un autre point de comparaison. Au 15 septembre 2026, la base de données commerciale privée recensait 128 expéditions sous le code 71081200000 entre le Cameroun et l’Ouganda, impliquant 67 fournisseurs camerounais et cinq acheteurs ougandais. Un extrait de 70 enregistrements analysé ne couvre qu’une partie de cette base de données.
Soixante entrées indiquent l’Ouganda comme destination et totalisent 2,043 tonnes métriques, sur la base des quantités déclarées. Plusieurs enregistrements contiennent des unités ou des champs nécessitant une vérification. Ce chiffre ne peut donc pas être considéré comme un total annuel officiel des exportations d’or camerounais.
Des écarts soulignent la nécessité d’un rapprochement des données douanières
La base de données UN Comtrade signale que les exportations déclarées par un pays peuvent différer des importations enregistrées par un partenaire commercial pour diverses raisons. Parmi celles-ci figurent les différences de valorisation (CAF contre FAB), les décalages temporels entre l’expédition et l’enregistrement, le transit par des pays tiers, le recours aux entrepôts douaniers, ainsi que les divergences de classification et de règles d’attribution des partenaires commerciaux. Ces facteurs ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer les écarts entre les données du Cameroun et les chiffres communiqués par l’Ouganda ou les Émirats arabes unis. Inversement, les statistiques miroirs ne permettent pas, à elles seules, d’établir l’existence de fraudes ou d’exportations non déclarées.
L’ampleur et la récurrence de ces écarts soulignent toutefois la nécessité d’un rapprochement des données douanières. Une telle analyse permettrait de comparer les opérateurs, les dates, les quantités, les certificats d’origine, les itinéraires, les valeurs et les caractéristiques des expéditions enregistrées de part et d’autre. Pour l’année 2024, cette comparaison nécessite encore de disposer de données détaillées sur les exportations camerounaises.




