L’intégration, ce défi que l’Afrique doit relever

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(BFI) – Handicapée par de fortes disparités économiques entre les pays qui la composent, l’Afrique doit absolument consolider sa dynamique vers le renforcement de la zone de libre-échange continentale.

Des progrès, mais de substantielles disparités : voilà, en somme, le message qu’il faut retenir de la dernière livraison de l’Indice Mo Ibrahim de la gouvernance africaine (IIAG). Présentées en octobre dernier, ses conclusions n’en restent pas moins d’actualité. Pour arriver à ce résultat, la fondation fait reposer son classement annuel des États africains sur une centaine d’indicateurs, regroupés en quatre grandes catégories : sécurité et État de droit, participation et droits de l’homme, développement économique durable et, enfin, développement humain. « Le niveau de gouvernance globale en Afrique maintient une tendance moyenne à l’amélioration au cours de la décennie écoulée, et environ trois citoyens du continent sur quatre (71,6 %) vivent en 2017 dans un pays où la gouvernance s’est améliorée », se félicitent les auteurs du rapport.

Consacrant sur son podium l’île Maurice, les Seychelles et le Cap-Vert, l’IIAG a également mis en avant une quinzaine de « locomotives » africaines, dont la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, qui s’arroge la meilleure progression en passant de la 41e à la 22e place du classement, le Maroc ou encore le Kenya. Mais la fondation a parallèlement mis en garde contre les attentes non satisfaites d’une population africaine de plus en plus jeune, sur la détérioration du climat des affaires et la faiblesse du développement économique durable, qui ne progresse en dix ans que de 0,2 %, alors que le PIB du continent a bondi de quelque 40 %. Économiquement parlant, le continent apparaît finalement divisé entre, d’un côté, les pays qui tirent leur épingle du jeu et, de l’autre, ceux qui peinent encore à décoller.

Développer les échanges intra-africains

Comment entraîner l’ensemble des États du continent vers le développement économique ? La solution passe, entre autres, par une meilleure intégration régionale. Dépassant les 128 milliards de dollars, les échanges commerciaux intra-africains ont enregistré une hausse de 5,6 % en 2017 : un volume encourageant, qui reste cependant insuffisant pour « protéger le continent des chocs économiques extérieurs », selon un rapport publié l’année dernière par la banque africaine d’import-export Afreximbank. Le développement des transactions intra-africaines est pourtant essentiel pour accélérer le « processus d’industrialisation », souligne la banque, ainsi que pour la circulation de produits manufacturés africains sur le continent.

En dépit de ces insuffisances, les auteurs du rapport estiment qu’une « prise de conscience est de plus en plus perceptible » de la part des États africains quant à la nécessité de développer leurs échanges. En témoigne « le nombre croissant d’initiatives en ce sens, défendues par les chefs d’entreprise, les politiques et les institutions » du continent, au premier rang desquelles la création de la zone de libre-échange continentale (ZLEC). D’ores et déjà signée par une majorité de pays membres de l’Union africaine (UA), la ZLEC est « un bon moyen d’accélérer le processus de transformation structurelle des économies africaines », estiment les rapporteurs, selon lesquels la future zone pourrait faire croître le commerce intra-africain de plus de 52 % à l’horizon 2022 et « accroître le flux d’investissements directs étrangers ».

Des efforts d’intégration laborieux

La ZLEC, qui, si elle voit le jour, représentera la plus vaste zone de libre-échange mondiale depuis la création de l’OMC, ne constitue pas la première tentative d’intégrer les différents marchés africains. La fracture entre les pays anglophones et francophones du continent a donné naissance, en juin 2015, à une zone tripartite de libre-échange (TFTA) unissant vingt-six Etats majoritairement de langue anglaise, fusionnant par la même occasion trois organisations régionales : la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et le Marché commun des Etats d’Afrique australe et de l’Est (Comesa). Une nouvelle zone économique intégrée actant la partition du continent en deux blocs, au détriment des pays d’Afrique francophone de l’Ouest.

C’est précisément dans le but d’éviter une Afrique à deux vitesses qu’a germé l’idée de la ZLEC. L’occasion, selon le chercheur au Washington DC Think Tank Alexander Hammond, de « conduire à la révolution industrielle de l’Afrique et au développement de son économie comme jamais auparavant » en supprimant la majeure partie des droits de douane intra-africains sur des produits manufacturés à plus haute valeur que les traditionnelles exportations de matières premières – celles-ci représentant au moins 70 % des exportations des trois quarts des pays africains –, mais aussi en diversifiant leurs exportations et en leur permettant de mieux résister à la fluctuation mondiale des prix de ces matières premières.

Al-Sissi à la manœuvre pour faire avancer la ZLEC

Si cinquante-deux des cinquante-cinq pays membres de l’UA ont apporté leur soutien au projet de ZLEC, il faut encore que vingt-deux d’entre eux le ratifient avant de pouvoir l’adopter. Ce sera l’une des délicates missions de la présidence égyptienne de l’instance intergouvernementale, qui a débuté le 10 février dernier, le président Abdel Fattah al-Sissi ayant à cœur de faire valoir à ses pairs l’ADN africain de son pays – et ce, alors que l’Égypte investit déjà quelque 10 milliards d’euros par an sur le continent. L’agenda d’al-Sissi est aussi chargé qu’ambitieux, la création d’emplois, la relance de la machine industrielle, le développement de la pisciculture et de l’agriculture, le maintien de la paix et la lutte contre le terrorisme figurent également au programme d’une présidence de l’UA placée sous le sceau d’une meilleure gouvernance du continent. Autant de défis que le président égyptien a toute légitimité pour remplir, lui qui, depuis son arrivée en 2014 au pouvoir, a su redresser une économie exsangue, propulsant l’Égypte parmi les nations africaines les plus performantes.

Par Khaled Igue, Président du Club 2030 Afrique

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