(BFI) – Le 2 avril 2026, le préfet de la Bénoué, Oumarou Haman Wabi, a présidé une concertation stratégique visant à mettre en place un comité de gestion formel pour cette infrastructure située dans la région du Nord. À travers cette initiative, les autorités entendent restaurer un cadre de gouvernance plus rigoureux et faire du site un véritable levier logistique et financier.
Selon la Communauté urbaine de Garoua (CUG), la réunion a permis de définir une feuille de route opérationnelle. La mairie devra notamment désigner une équipe technique et administrative chargée d’assurer la gestion du port. Le préfet a également prescrit un renforcement de la coopération entre forces de défense et services de sécurité, avec en ligne de mire la lutte contre les réseaux de contrebande. Les autorités ont aussi demandé le recensement des acteurs opérant sur le site, en particulier les propriétaires de pirogues artisanales, souvent citées dans les circuits de trafic illicite.
Cédée à la CUG par l’État en 2003 dans le cadre de la décentralisation, l’infrastructure portuaire est restée sous tutelle municipale sans pour autant fonctionner dans un cadre pleinement structuré. Au fil des années, cette situation a favorisé une gestion largement informelle, au détriment de l’entretien des installations et de la mobilisation des recettes liées à l’activité portuaire.
Dans son rapport d’examen de la gestion de la CUG sur la période 2020-2024, la Chambre des comptes de la Cour suprême relève d’ailleurs l’absence de perception de certains droits portuaires durant la période de contrôle. En cause, la non-approbation par le préfet de la Bénoué de la délibération instituant ces taxes. D’après le même document, ce blocage a ensuite été levé à la suite d’une demande d’information de la CUG, ouvrant la voie à l’homologation des tarifs par l’Autorité portuaire nationale (APN).
L’un des enjeux de la réorganisation engagée est précisément de remettre sous contrôle administratif et technique une infrastructure qui, faute d’encadrement suffisant, a progressivement échappé aux standards classiques de gestion portuaire. Dans ce contexte, le futur comité devra à la fois améliorer la gouvernance du site, encadrer les activités qui s’y déroulent et contribuer à une meilleure sécurisation des revenus.
La volonté des autorités est aussi de réduire l’emprise des réseaux informels sur le port, alors même que le site n’est plus animé par de grandes embarcations commerciales régulières. La reprise en main annoncée doit ainsi permettre de mieux contrôler les flux, d’assainir l’exploitation de l’infrastructure et de restaurer l’autorité publique sur un espace devenu sensible.
Un enjeu logistique pour le Nord et la sous-région
Créé en 1935, le port de Garoua demeure au centre d’une ambition plus large de développement régional. Les autorités misent sur cette infrastructure pour soutenir les échanges transfrontaliers avec le Nigeria et le Tchad, dans un bassin économique où les questions de connectivité logistique restent déterminantes.
La mise en place d’un comité de gestion répond ainsi à un triple impératif : sortir le port de l’informalité, fiabiliser les recettes qu’il peut générer et préparer la mise en œuvre du projet de modernisation annoncé, évalué à 16 milliards de FCFA.
Au-delà de la seule réforme administrative, la démarche engagée à Garoua traduit une volonté de redonner une fonction économique claire à un équipement public stratégique. Pour les autorités, l’enjeu est désormais de transformer cette reprise en main institutionnelle en gains concrets en matière de gouvernance, de sécurité et de performance logistique.




