« Le niveau d’éducation de l’Afrique devra être rehaussé » L’éclairage de Shinichi Kitaoka, président de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA).

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SHINICHI-KITAOKA

Quelles sont les leçons que l’Afrique peut tirer de la modernisation rapide du Japon pour accélérer sa croissance économique ?

Comme aides qui mettent en valeur les connaissances japonaises, la JICA exécute les projets de la Coalition pour le développement du riz en Afrique (CARD), de l’initiative KAIZEN, de l’éducation à la japonaise et de la couverture santé universelle, sur la base des expériences de développement du Japon, notamment dans les domaines de la riziculture, du KAIZEN, de l’éducation de base et de l’assurance-maladie universelle. La JICA souhaite vivement que l’Afrique tire les leçons des expériences et connaissances de la modernisation du Japon.

Le Japon a fusionné les connaissances et technologies occidentales avec les connaissances, les expériences, les technologies et les coutumes propres au Japon, sans les intégrer telles qu’elles sont, pendant 150 ans depuis la restauration de Meiji. Il va sans dire que pendant ce processus, il y a eu des répulsions par les valeurs traditionnelles et les affrontements militaires avec les pays occidentaux. Nous souhaitons que les pays africains tirent les leçons de notre histoire et expérience, en prenant en compte non seulement les bons points, mais également les mauvais points. A cet effet, la JICA a démarré un programme en anglais sur l’expérience de la modernisation du Japon l’année dernière (Programme d’études sur le développement, JICA, élaboré conjointement avec l’« Ecole d’enseignement post-universitaire de développement », et se propose de le déployer davantage. Selon vous, que doit concrètement faire l’Afrique ?

La JICA souhaite que l’Afrique apprenne les expériences et l’histoire du Japon et découvre elle-même ce dont l’Afrique a besoin. Par exemple, l’histoire et le résultat des enseignements primaires, secondaires et supérieurs dans lesquels le Japon s’est investi depuis l’ère de Meiji, méritent d’être appris pour l’Afrique. C’était grâce à une telle accumulation du capital humain que la reconstruction économique et la croissance rapide d’après-guerre étaient possibles. En outre, l’éducation est indispensable pour la sécurité humaine et par conséquent, le niveau d’éducation de l’Afrique devra donc être rehaussé rapidement. Comme l’appui dans le secteur de l’éducation qui met en valeur les particularités du Japon, on peut citer les projets de « Ecole pour tous » du type à participation de populations, et la coopération de l’éducation à la japonaise en Egypte qui accordent une importance particulière à la pro- activité et la discipline des enfants.

L’intérêt du monde pour l’Afrique s’accroît, mais le rythme de développement des pays africains n’est pas aussi rapide. Qu’est-ce que les pays africains doivent faire pour rattraper leur retard ? –

En termes de taux de croissance, celui des pays africains est supérieur à celui des pays développés et du Japon. Pour rattraper davantage les pays développés, il est nécessaire d’accélérer le développement dans de nombreux domaines tels que l’économie, l’éducation et la santé. Il appartient à chacun des pays africains de réfléchir lui-même à ce qu’il devra faire pour le développement en fonction de sa situation. Par exemple, pour accélérer la croissance économique, il est nécessaire d’accroître l’investissement et d’améliorer la productivité.

Pour ce faire, il faut attirer les investissements étrangers d’une part, mobiliser les ressources financières domestiques ainsi que l’agriculture puis, appliquer l’approche KAIZEN sur le terrain de la production. Ce qu’il faut faire est connu, mais ce sont seuls les peuples africains eux-mêmes qui peuvent identifier et résoudre les contraintes. La JICA attend que les peuples africains résolvent eux-mêmes les problèmes et souhaite les aider à y parvenir.

Comment le Japon entend-il, à travers la JICA, aider l’Afrique à atteindre dans les délais les Objectifs de développement durable ?

Les interventions de la JICA couvrent presque tous les 17 ODD (Objectifs de développement durable). Les concepts de « la sécurité humaine » et « la croissance de qualité » que la JICA s’efforce de réaliser sont cohérents avec les finalités des ODD. D’où les interventions de la JICA qui permettent d’accélérer et de promouvoir l’atteinte des ODD. La JICA mène différentes activités pour atteindre les ODD en Afrique dans le cadre des trois piliers convenus lors de la TICAD VI : « Qualité Afrique », « Résiliente Afrique » et « Stabilité Afrique ». Les ODD pourront être atteints sous les effets synergiques du développement socio-économique, de la préservation de l’environnement ainsi que de la paix et de la stabilité.

Autrement dit, les effets seront maximums si les interventions pour les ODD sont menées de manière globale et équilibrée, sans privilégier une partie quelconque des ODD. En outre, les ODD ne peuvent pas être atteints uniquement par l’aide publique au développement. Une croissance économique inclusive par la participation du secteur privé très diversifié est nécessaire. Dans ce sens, il existe une grande place pour l’implantation en Afrique des entreprises japonaises. Par conséquent, la JICA appuie les investissements des entreprises privées en Afrique. De plus, la JICA accélère l’atteinte des ODD en favorisant l’essor du développement socio-économique de l’Afrique en intégrant la science, la technologie et l’innovation.

Quels sont les sujets qui feront l’objet de discussions lors de la 7e édition de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD VII) prévue du 28 au 30 août 2019 à Yokohama ?

Le thème proposé pour la TICAD VII (7e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique), discuté lors de la réunion des hauts fonctionnaires tenue le mois précédent était : « Faire avancer le développement en Afrique par les personnes, la technologie et l’innovation ». Il sera discuté davantage avec les pays africains et les co-organisateurs de la TICAD. En plus de l’investissement dans le domaine des ressources humaines que la JICA a appuyé jusqu’à présent, cette dernière envisage l’investissement en particulier dans l’innovation comme nouveau domaine.

En relation avec les thèmes-clés de la TICAD VII, quels sont les types de partenariat public-privé que la JICA envisage pour le développement de l’Afrique ? La JICA a réalisé jusqu’à présent 168 projets de partenariat public-privé en Afrique. Il s’agit d’études de marché menées par les entreprises japonaises et de programmes de vérification appuyés par la JICA. L’Initiative ABE est un programme qui offre aux jeunes Africains des secteurs public et privé des pays africains, l’occasion d’obtenir un diplôme de Master et de bénéficier d’un stage en entreprise au Japon pour former les futurs partenaires d’affaires des entreprises japonaises. Depuis 2014, plus de 1200 étudiants ont été accueillis et nombre d’entre eux œuvrent activement avec les entreprises japonaises une fois de retour dans leur pays.

Le thème de la TICAD VII fait l’objet de discussions, et la JICA souhaite désormais s’attaquer au développement d’affaires innovantes en partenariat avec les entreprises en situation de start-up. L’intérêt que le secteur privé du Japon porte à l’Afrique s’accroît au fil des années. Le ministre des Affaires étrangères, le ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, et le représentant de la communauté d’affaires du Japon, ont mis en place le 6 juin dernier le Conseil des affaires africaines. La JICA participe audit Conseil et s’attaquera au partenariat public-privé notamment en matière d’infrastructures, d’agriculture, de santé, de start-up et de développement des ressources.

In CT

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