Le Nigeria signera bien l’accord de libre-échange continental

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Buhari

(BFI) – Le Nigeria, première économie d’Afrique et premier marché du continent avec 190 millions d’habitants, a finalement annoncé qu’il signerait l’accord de libre-échange continental à Niamey lors du sommet de l’Union africaine qui se tiendra du 4 au 8 juillet après plusieurs années de réticences.

« Le Nigeria entrera dans la zone de libre-échange continentale (Zlec) au prochain sommet extraordinaire de l’Union africaine à Niamey, au Niger », a fait savoir la présidence du Nigeria tard mardi soir sur son compte Twitter, une annonce-surprise après des années de refus catégorique de faire partie de cette zone de libre-échange africaine. Malgré son entrée en vigueur ce jeudi 30 mai 2019, l’Union africaine disposait encore d’un mois pour mettre en place la phase opérationnelle, notamment les instruments techniques pour contrôler cette zone de libre-échange.

« Le Nigeria signe cet accord après de multiples consultations de spécialistes locaux », annonce la présidence, soulignant que la « priorité désormais sera de mener des négociations pour garantir des garde-fous contre la contrebande et les importations massives qui menaceraient (son) industrie ».

Buhari rassuré par ses pairs

De son côté, le commissaire de l’Union africaine pour le commerce et l’industrie, Albert Muchanga, s’est réjoui de cette « confirmation officielle ». « C’est un développement positif et important », a-t-il écrit lui-même sur Twitter. « Plus que deux (pays), et le marché pour toute l’Afrique va pouvoir commencer à prendre forme. »

L’Érythrée, le Nigeria et son voisin le Bénin – très dépendant du géant nigérian – ont pour l’instant refusé de signer cet accord entré en vigueur fin mai en vue de l’émancipation économique du continent avec pour but d’augmenter le commerce intra-africain de 60 % d’ici à 2022. Le Nigeria, qui produit 2 millions de barils de pétrole par jour, est la première économie du continent, mais son indicateur de climat des affaires (Ease of Doing Business Index) est très bas (146e en 2019, selon la Banque mondiale), loin derrière le Kenya (61) ou l’Afrique du Sud (82).

Très protectionniste

Les opposants au traité de libre-échange (notamment les syndicats) craignent qu’il n’encourage les importations massives et ne tue l’industrie locale, dont les coûts structurels sont très élevés (manque d’infrastructures, coupures continues d’électricité, prix des loyers, etc.). Le géant de l’Afrique de l’Ouest avait vivement encouragé les premières discussions autour de la Zlec en 2002, mais le pays a traversé une grave récession économique entre 2016 et 2017, dont il peine à ressortir.

Le président Muhammadu Buhari a toujours appliqué une politique économique très protectionniste, interdisant l’importation de certains produits agricoles ou manufacturés, dans un pays dont le marché est quasiment auto-suffisant avec 190 millions d’habitants. Mais fin mai, après que la commission locale eut rendu son rapport encourageant le Nigeria à participer à la Zlec, le président Buhari avait surpris en affirmant vouloir développer « un agenda industriel continental ». « Notre vision pour le commerce interafricain est un marché libre pour les biens made in Africa », avait-il déclaré à Abuja. Ajoutant que « l’Afrique n’a pas seulement besoin de règles commerciales, mais aussi d’un agenda industriel, au niveau continental ». Une manière d’appuyer sur l’idée qu’il ne faut plus faire la place nette aux importations, qui écrasent l’économie africaine. C’est pourquoi Buhari insiste sur le fait de vérifier que cet accord puisse permettre l’arrivée de nouvelles opportunités.

En mars dernier, le président nigérian avait annulé un voyage à Kigali, où il devait déjà signer l’accord aux côtés de nombreux chefs d’État, pour « donner plus de temps aux investisseurs nigérians ». Ce recul de dernière minute avait provoqué une forte levée de boucliers et de critiques sur l’ensemble du continent.

Par Placide Onguéné

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