AccueilFinanceBanquesLe crédit privé gagne du terrain au sein du système financier africain

Le crédit privé gagne du terrain au sein du système financier africain

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Le marché a donc plus que triplé en cinq ans ; les entreprises et les projets d’infrastructure pourraient stimuler une croissance accrue alors qu’ils recherchent des alternatives aux prêts bancaires traditionnels.

Le crédit privé désigne des prêts accordés directement par des fonds spécialisés à des entreprises ou à des projets, en dehors des marchés obligataires publics. Contrairement au capital-investissement (private equity), ces fonds ne prennent pas nécessairement de participations au capital des entreprises qu’ils financent. Ils demeurent créanciers et tirent leur rendement principalement des intérêts perçus sur les prêts. Bien que ces deux activités relèvent du secteur plus large du capital privé, elles répondent à des besoins de financement différents.

La dette privée permet également d’offrir des financements sur mesure en adaptant les échéances, les calendriers de remboursement et les exigences en matière de garanties à la situation de l’emprunteur. Ce modèle est particulièrement adapté à l’environnement financier africain, où les marchés obligataires restent relativement peu profonds dans de nombreux pays et où les banques peuvent hésiter à engager des fonds sur de longues périodes, notamment pour des projets d’infrastructure ou des entreprises de taille intermédiaire.

Moody’s anticipe donc une demande soutenue, l’Afrique continuant de faire face à un déficit de financement important, en particulier pour les infrastructures, les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire. L’agence souligne également la faible profondeur des marchés financiers africains. En 2024, la capitalisation boursière africaine représentait environ 33 % du PIB, contre 61 % dans les économies émergentes et 113 % à l’échelle mondiale.

Un marché de la dette encore restreint

Les données de l’African Private Capital Association (AVCA) témoignent également de l’intérêt croissant des investisseurs pour la dette privée. Le nombre d’opérations de dette privée enregistrées en Afrique a augmenté de 57 % en glissement annuel en 2025, atteignant un niveau record. Toutefois, il convient de distinguer cette croissance de la performance globale du capital privé en Afrique. L’AVCA a recensé 5,1 milliards de dollars investis à travers 530 opérations en 2025, mais ce chiffre englobe plusieurs stratégies, notamment le capital-investissement, le capital-risque et la dette privée. Ce chiffre ne reflète donc pas uniquement le marché du crédit privé.

Selon Moody’s, le marché du crédit privé reste également très dépendant des institutions de financement du développement. Les banques de développement multilatérales et bilatérales peuvent investir dans des fonds de dette, garantir des opérations ou absorber une partie du risque grâce à des structures de financement mixte. Leur implication peut rendre certaines tranches de dette suffisamment sûres pour attirer les fonds de pension, les assureurs et d’autres investisseurs institutionnels.

Par exemple, en avril 2025, la Société financière internationale (IFC), branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, a participé au premier closing (à hauteur de 75 millions de dollars) d’un fonds de crédit lancé par TLG Capital. Norfund, Swedfund et Bpifrance ont également soutenu ce véhicule, qui vise à fournir un financement par emprunt aux PME africaines dans des secteurs tels que l’industrie manufacturière, la santé, l’agriculture et les télécommunications. Cette opération illustre également la complémentarité entre le crédit privé et le secteur bancaire. Le fonds collabore avec les banques locales plutôt que de chercher à les remplacer.

Moody’s ne s’attend pas à ce que le crédit privé devienne un concurrent majeur pour les banques africaines. Au contraire, les fonds de crédit privé peuvent œuvrer aux côtés des banques sur des financements d’envergure, notamment pour des projets d’infrastructure, tout en proposant des maturités plus longues et des structures de prêt que les prêteurs traditionnels ont parfois plus de mal à offrir. Le potentiel de croissance reste important. Bien que ses actifs aient triplé depuis 2020, l’Afrique ne représente que 0,3 % du marché mondial du crédit privé, évalué par Moody’s à au moins 1 800 milliards de dollars.

Toutefois, la capacité du marché à atteindre une plus grande envergure dépendra de la faculté des gestionnaires de fonds africains à attirer des investisseurs au-delà des institutions de développement. Selon Moody’s, ces gestionnaires devront démontrer que leurs portefeuilles sont capables de générer des rendements réguliers et suffisamment élevés pour compenser les risques liés aux changes, à la liquidité et aux marchés frontières.

Rédaction
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