(BFI) – Pour l’exercice budgétaire 2026, le Cameroun prévoit de plafonner à 14,9 milliards de Fcfa les crédits budgétaires consacrés aux nouveaux recrutements dans la fonction publique. La mesure figure dans la circulaire portant instruction relative à l’exécution des lois de finances, au suivi et au contrôle du budget de l’Etat et des autres entités publiques pour 2026. Elle s’inscrit dans la stratégie de soutenabilité de la dépense publique avec pour objectif central le respect du critère communautaire de la Cemac limitant la masse salariale de l’Etat à 35% des recettes fiscales.
Selon le document officiel, les salaires et pensions devront désormais être exécutés « en tenant compte des contraintes de mobilisation des recettes budgétaires, afin de ramener progressivement le ratio de soutenabilité de la masse salariale dans la norme régionale ». Le plafonnement des crédits dédiés aux recrutements apparait ainsi comme un levier clé pour contenir la progression des dépenses du personnel, dans un contexte où celles-ci ont fortement contribué aux déséquilibres budgétaires récents.
Cette orientation budgétaire intervient alors que le Cameroun a reconnu avoir franchi, en 2024, le seuil critique fixé par la Cemac. D’après le rapport sur l’exécution du budget de l’Etat publié le 19 novembre 2025 par la Chambre des Comptes de la Cour Suprême, les dépenses du personnel ont représenté 38,41% des recettes fiscales cette année-là. Un niveau nettement supérieur au plafond communautaire, et en rupture avec l’amélioration observée l’année précédente.
Dans le détail, les données officielles montrent une trajectoire contrastée sur les trois derniers exercices. En 2022, les dépenses du personnel s’élevaient à 1 282,54 milliards de Fcfa pour des recettes fiscales de 3 452, 44 milliards de Fcfa soit un ratio de 37,14%, déjà au-dessus de la norme Cemac. En 2023, l’Etat camerounais était parvenu à repasser sous le seuil, grâce à une hausse des recettes fiscales à 3 975,9 milliards de Fcfa, pour des dépenses du personnel de 1 368,8 milliards de Fcfa, ramenant le ratio à 34,42%. Mais cette embellie a été de courte durée. En 2024, les dépenses du personnel ont atteint 1 523,0 milliards de Fcfa, tandis que les recettes fiscales reculaient légèrement à 3 965,0 milliards de Fcfa, faisant mécaniquement bondir l’indicateur.
Face aux critiques, le gouvernement a invoqué des facteurs exceptionnels. Le ministre des finances, Louis Paul Motaze, a expliqué que le dérapage de 2024 était principalement lié aux règlements des arriérés de salaires consécutifs à la crise sociale dans le secteur éducatif notamment la dette salariale issue du mouvement des enseignants connus sous l’appellation « On a trop supporté » (OTS). Cette charge imprévue a pesé lourdement sur les finances publiques, selon les autorités.
Pour autant, Yaoundé assure que cette situation s’inscrira dans la durée. Le ministre des finances a indiqué que le retour à la norme communautaire est envisagé à l’horizon 2026, même si les opérations de régularisation de la dette salariale doivent se poursuivre jusqu’en 2025, rendant difficile le respect du critère avant cette échéance.
Omer Kamga




