(BFI) – Dans un communiqué daté du 29 décembre 2025, le ministre des mines, de l’industrie et du développement technologique (Minmidt), Fuh Calistus Gentry, annonce un tour de vis sur l’exploitation aurifère artisanale et semi mécanisé.
Concrètement, il « préconise dès janvier 2026, la fermeture des sites d’exploitation minière artisanale semi mécanisé de l’or qui ne dispose pas d’un système de traitement de gravier minéralisé ne vase clos ». Selon la même source, cette décision vise à limiter les détournements de production et à améliorer la traçabilité de l’or extrait sur le territoire national. Cette suspension est motivée par des failles structurelles dans le contrôle de la production aurifère. Le ministre rappelle que l’or camerounais provient majoritairement de l’artisanat minier, un segment « mené sans étude de faisabilité préalable pouvant permettre à l’Etat d’anticiper sur la production attendue ».
Dans ce contexte, la société nationale des Mines (Sonamines), chargée du contrôle de la production et détentrice de l’exclusivité de la commercialisation de l’or, perçoit l’impôt synthétique minier libératoire et les droits de sortie « sur la base des déclarations qui généralement ne sont pas sincères et complètes » reconnait le ministre.
Le texte met également en cause les limites opérationnelles de la Sonamines. En tant que comptoir unique, l’entreprise publique « ne dispose pas les moyens financiers et technologiques pour le rachat de la quote-part détenus par les opérateurs les opérateurs et le suivi de la production ». A cela s’ajoutent les difficultés de surveillance aux frontières terrestres qualifiées de « poreuses », largement utilisé pour des sorties non contrôlées de l’or. Le gouvernement pointe aussi l’origine de l’usage abusif du Cameroun par des exportateurs des pays voisins pour acheminer de l’or vers les Emirats arabes Unis, un marché central de négoce aurifère mondial, selon le communiqué ministériel.
Pour enrayer ces dérives, l’exécutif camerounais annonce un ensemble de mesures complémentaires. Outre la fermeture annoncée des sites non conformes, le communiqué évoque le « renforcement des moyens financiers et technologiques de la Sonamines pour le rachat de l’or produit au Cameroun et le contrôle de la production à distance par les moyens modernes », ainsi que la promotion de la mine industrielle donc les études de faisabilité permettent des prévisions de production plus fiables.
Un secteur sous le joug de la contrebande
Cette décision intervient alors que les écarts entre les données nationales et internationales sur les exportations camerounaises d’or sont spectaculaires. Selon le rapport 2023 de l’initiative pour la transparence des industries extractives (Itie) présenté à Yaoundé le 10 décembre 2025, près de 15,2 tonnes d’or ont quitté le Cameroun de manière non déclaré cette année-là, donc plus de 90% à destination des Emirats arabes unis. Les pertes fiscales potentielles liées à ce trafic sont estimés à environ 164 milliards de Fcfa, relève l’organisation internationale. Cette situation alarmante n’est pas nouvelle. En 2022, selon les données de l’itie, l’écart était déjà important. Les statistiques dites « miroir » faisaient état de 4,8 tonnes d’or importées depuis le Cameroun alors que les exportations officiellement déclarées par la douane camerounaise ne s’élevait qu’à 47,88 kg. La valeur de cet or sortie illicitement était estimée à 189,2 milliards de Fcfa contre seulement 1,8 milliards de Fcfa pour les exportations légales.
Le gouvernement met néanmoins en avant des signaux jugés encourageants. Les actions menées par le ministère des mines et la Sonamines ont permis « d’augmenter les réserves d’or du Cameroun de 37 kg à environ 1500 kg au cours des dernières années » affirme le communiqué du 29 décembre dernier. La Sonamines a par ailleurs rétrocédé au Trésor Public 224 lingots d’or le 16 septembre 2024 représentant plus de 420 kg collectés entre janvier 2023 et juillet 2024, selon les données officielles de l’entreprise.




