(BFI) – Le 9 décembre 2025, le Gabon a opérant un tournant structurant dans la régulation de son secteur des assurances. Par décret présidentiel, les sociétés d’assurances sont désormais tenues de saturer les capacités locales d’assurances et de réassurances avant toute cession en réassurance facultative à l’étranger.
L’objectif est de freiner les sorties de primes vers l’international et renforcer un marché national encore étroit mais stratégique. Une décision qui intervient dans un contexte de pression sur les ressources internes où chaque gisement financier domestique devient un levier potentiel de stabilisation macroéconomique.
Dans le détail, le marché gabonais de l’assurance reste modeste mais loin d’être négligeable. Selon les données Cima et les estimations sectorielles, le volume annuel de prime collectées au Gabon est évalué autour de 100 milliards de Fcfa, toutes branches confondues. Le taux de pénétration de l’assurance demeure faible, autour de 1% du PIB bien en dessous des standards régionaux. Pourtant une part significative de ces primes notamment celles liées aux grands risques industriels, pétroliers, miniers et d’infrastructures, est réassuré à l’étranger, ce qui entraine une fuite annuelle de plusieurs dizaines de milliards de Fcfa hors du circuit financier national.
C’est précisément que ce point que le décret présidentiel entend agir. En obligeant les assureurs à prouver qu’ils ont mobilisés la coassurance et la réassurance locales avant tout transfert, l’Etat espère retenir une fraction accrue de ces flux. Même en rétention additionnelle de 20 à 30% des primes aujourd’hui cédées à l’international représenterait à l’échelle du marché 10 à 20 milliards de Fcfa par an conservé localement. A termes, ces montants peuvent renforcer les fonds propres des compagnies, accroître leur placement en titres publics gabonais et améliorer la capacité de financement de l’économie.
La comparaison régionale met en lumière la singularité de l’option gabonaise. Au Sénégal, le marché de l’assurance dépasse 250 milliards de Fcfa de primes annuelles avec un taux de pénétration proche de 2% du PIB. La taille du marché permet une rétention plus naturelle des risques même si les grands projets continuent de s’appuyer sur la réassurance internationale. En Côte d’Ivoire, première place assurantielle de la zone Cima, les primes dépassent 500 milliards de Fcfa par an avec une base d’assureurs et de réassureurs suffisamment forte pour absorber une part importante des risques lourds sans contrainte réglementaire excessive. Le Gabon à l’inverse, entend compenser la faible profondeur de son marché par une intervention plus directe de l’Etat.
Antoine Mboussi




