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L’Afrique a besoin de capitaux patients sur le long terme

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Les chiffres sont connus, mais restent alarmants. Les PME africaines font face à un déficit de financement estimé à plus de 350 milliards de dollars ; les besoins annuels en infrastructures sont évalués entre 130 et 170 milliards de dollars, tandis que les investissements réels sont systématiquement inférieurs de plusieurs dizaines de milliards chaque année. Parallèlement, la population africaine a dépassé 1,5 milliard de personnes, le PIB excède 3 000 milliards de dollars et la demande en énergie, infrastructures numériques, logistique et services financiers continue de s’accélérer. La véritable question n’est donc plus de savoir si les capitaux doivent affluer vers l’Afrique, mais plutôt à quelle vitesse, de manière judicieuse et par quelles structures institutionnelles.

Stock versus flux : un changement discret mais décisif

L’Europe demeure le principal partenaire de l’Afrique en termes de stock cumulé d’investissements directs étrangers, témoignant de décennies d’engagement et de liens économiques étroits. Cependant, ce qui compte de plus en plus, ce n’est plus le stock de capitaux d’hier, mais les flux d’aujourd’hui et de demain. Les capitaux sont devenus plus mobiles, plus compétitifs et plus sélectifs. Ces dernières années, les investisseurs du Golfe se sont davantage tournés vers les infrastructures, l’énergie, la logistique et les plateformes numériques africaines, comblant souvent les déficits de financement dus à la lenteur des processus décisionnels ailleurs. Il ne s’agit pas d’une question d’idéologie, mais d’une allocation concurrentielle des capitaux. L’Afrique a des options, et les flux de capitaux privilégient de plus en plus la rapidité, la transparence, la gouvernance et l’efficacité de l’exécution.

Financement mixte

Les institutions de financement du développement (IFD) insistent à juste titre sur le financement mixte, la mobilisation des capitaux privés et l’effet catalyseur. Ces principes sont pertinents. En pratique, cependant, les capitaux convergent trop souvent vers les mêmes structures, gestionnaires et investissements à faible risque. Pour que le financement mixte fonctionne à grande échelle, l’ordre des investissements est crucial. Les capitaux privés, notamment les capitaux patients à long terme, sont parfois disposés à s’engager en premier lorsque la gouvernance, l’alignement des acteurs et les cadres de gestion des risques sont crédibles. Dans ces cas, les institutions de financement du développement (IFD) peuvent jouer un rôle de catalyseur important en accompagnant les capitaux privés, plutôt que d’insister pour piloter chaque transaction dès le départ.

En Afrique, comme partout ailleurs, le risque n’est pas éliminé. Il est compris, géré et atténué grâce à la diversification, la gouvernance, la connaissance du terrain et une vision à long terme. L’Afrique ne manque pas de projets. Elle manque de plateformes institutionnelles capables d’opérer sur différents cycles, classes d’actifs et zones géographiques. De nombreux fonds axés sur l’Afrique restent trop restrictifs : par classe d’actifs, horizon temporel ou zone géographique.

Les stratégies exclusivement actions négligent le crédit privé résilient et la protection contre les baisses. Les stratégies exclusivement crédit renoncent au potentiel de croissance à long terme. Les approches exclusivement infrastructures passent souvent à côté de l’économie de consommation et d’entreprise africaine en pleine expansion. Ce dont l’Afrique a besoin, ce sont des plateformes capables d’intégrer les capitaux des marchés publics et privés, des actions et du crédit, de la croissance et des revenus — et ce, avec une discipline institutionnelle.

Félix Victor Dévaloix

Rédaction
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