« La vision du Chef de l’État est de résolument hisser les infrastructures et services de transports et de météorologie aux standards modernes»

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Jean Ernest Masséna NGALLE BIBEHE, Ministre des Transports

Dans un entretien, le Ministre des Transports dresse un état des lieux du département ministériel dont il a la charge et éclaire sur les axes stratégiques de l’action du Ministère des Transports.

Monsieur le Ministre, cela fait six mois que vous êtes à la tête du département en charge des transports. D’entrée de jeu, quel état des lieux dressez-vous de l’administration dont vous avez la charge ?

Le Ministère des Transports, à l’instar de toutes les autres administrations, se porte aussi bien. Ses services fonctionnent normalement, tant ceux centraux que ceux déconcentrés. L’ensemble de ses personnels se mobilise au quotidien pour remplir ses missions jusque dans l’arrière-pays. Il s’agit pour le Ministère des Transports de répondre favorablement aux sollicitations dont ses attributions sont l’objet et qui vont grandissantes au jour le jour. Le professionnalisme et l’engagement de ses équipes, avec le concours de toutes ses structures sous-tutelle travaillent pour faire du secteur des transports, une entité plus réglementée et plus proactive à l’échelle sociale et économique de notre pays.

Le ministère des Transports est doté d’un plan d’action qui s’étale à moyen terme et qui comporte un ensemble de programmes stratégiques. Quels sont les principaux résultats acquis jusqu’ici dans le secteur des transports?

Tout d’abord, il faut relever l’importance du secteur des transports au Cameroun. A titre d’exemple, elles se situent au 3ème rang au classement des dépenses par ménage après l’alimentation et l’habillement. C’est à ce titre que l’état lui accorde une priorité de premier plan. Ainsi, dans le sous-secteur maritime et portuaire, l’opérationnalisation, après la construction de la première phase du port en eau profonde de Kribi est une des réalisation phares de notre pays. Avec un tirant d’eau de 16 mètres, cette plateforme est capable d’accueillir les navires de grande capacité. Toutes choses qui permettent d’ores et déjà de réduire les temps de passage des marchandises tant à l’import qu’à l’export.

Dans le sous-secteur aérien, le chef de l’État a fait du redressement de la Camair Co une priorité de premier plan. Grâce à des investissements conséquents et à des réformes structurelles patientes mais efficaces, la compagnie nationale dessert désormais plusieurs localités de notre pays, au grand bonheur des opérateurs économiques et d’autres usagers. Les localités de Douala, Yaoundé, Bafoussam, Bamenda, Maroua, Garoua, Ngaoundéré sont désormais interconnectées par des vols domestiques de Camair Co. Et Bertoua le sera également bientôt. Dans le sous-secteur ferroviaire, les principales actions fortes initiées sont la réhabilitation du tronçon de chemin de fer Batchenga-Ka’a (175 Km), le renforcement des capacités logistiques de CAMRAIL à travers l’acquisition du matériel roulant (locomotives, voitures-wagons, wagons-citernes), la construction des passerelles ainsi que la sécurisation des passages à niveau.

Dans le sous-secteur routier, le Ministère des Transports a entre autres travaillé à la sécurisation des titres de transports ainsi qu’à la mise en oeuvre de la stratégie nationale de prévention et de sécurité routières. Toutes choses qui dans cette optique ont permis la réduction d’environ 31% du nombre d’accidents, selon le dernier rapport d’évaluation des Nations Unies pour la sécurité routière.

Monsieur le Ministre quel est l’état des lieux des plateformes portuaires du Cameroun ?

Le port en eau profonde de Kribi ouvre le Cameroun et les États voisins sur la façade Est de l’océan atlantique, dans le Golfe de Guinée. Situé dans la localité de Lolabé à 35 kilomètres de la ville de Kribi, il est relié au réseau national des transports par un faisceau de communication multimodale qui le connecte à un hinterland constitué de tous les pays d’Afrique centrale et du Nigéria. Le port de Kribi, déjà opérationnel depuis le 2 mars 2018, propose des solutions logistiques sur mesure pour toutes les opérations import/export. Aujourd’hui il reçoit en moyenne une trentaine de navires par mois. Par ailleurs, le concessionnaire du Terminal à conteneurs, Kribi Conteneurs Terminal (KCT), réalise de très bonnes cadences avec des pics de 25 mouvements par heure et par portique.

Pour ce qui concerne le Port autonome de Douala qui est le lieu de transit de 95% du trafic maritime de marchandises au Cameroun, cette place portuaire a amorcé le processus de sa modernisation avec entre autres, l’installation et la mise en service le 5 mai 2017, d’un troisième portique de quai. Cet engin de manutention portuaire qui a coûté plus de 5,5 milliards Fcfa a permis d’augmenter les performances du Terminal à conteneurs et de réduire significativement les risques de congestion dans le port de Douala.

Quid de la sécurité et de la sûreté des plateformes aéroportuaires ?

La sûreté et la sécurité des plateformes aéroportuaires connaissent de grandes avancées. Pour ce qui est du volet sûreté, le système de sûreté de l’aviation civile de notre pays a fait l’objet d’une évaluation lors d’une mission d’audit de sûreté conduite par les experts de l’OACI au Cameroun du 18 au 27 avril 2018 dans le cadre du Programme Universel d’audits de sûreté (USAP) de l’OACI. Cet audit visait à évaluer le niveau de conformité du Cameroun aux normes internationales (plus de 1.000 Normes et Pratiques) de sûreté de l’aviation civile et le niveau de mise en oeuvre effective du système de supervision de la sûreté de l’aviation civile. Les résultats révèlent que le Cameroun a atteint 70,96% de conformité aux normes de l’OACI en matière de sûreté de l’aviation et 68,85% de mise en oeuvre effective d’un système de supervision de la sûreté de l’aviation. Il convient de relever que lors du précédent audit en 2015 ces taux étaient respectivement de 63,38% et 52,15%.

On peut également se féliciter qu’en outre, l’audit n’a mis en évidence aucune préoccupation significative de sûreté. S’agissant du volet sécurité, le Cameroun a atteint, à l’issue de l’évaluation du système de supervision de la sécurité conduit par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) en 2016, un taux de mise en oeuvre effective de 60,2%. Ce taux a permis au Cameroun d’atteindre l’objectif cible de 60% fixé au 31 décembre 2017 pour tous les États membres de l’OACI, dans le Plan pour la sécurité de l’aviation dans le monde. Dans le cadre du processus de certification de nos aéroports, des actions ont été engagées en vue du renforcement de la sécurité de ces plateformes. Ces résultats positifs attestent la reconnaissance par l’OACI que les actions entreprises par le Cameroun pour améliorer la mise en oeuvre des normes de sûreté, portent leurs fruits. La conjugaison de toutes les mesures vient rendre notre ciel plus sûr et faire de notre espace aérien l’un des meilleurs et des plus recommandables.

Sous votre présidence, les travaux d’une session de la Commission interministérielle du chemin de fer se sont tenus récemment. Quelle est l’ambition du Cameroun en ce qui concerne le transport ferroviaire ?

Tout au long du premier cycle de programmation de la mise en oeuvre de la vision de développement à l’horizon 2035 qui arrive à son terme en 2019, le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) constitue le référentiel des politiques guidant l’action des pouvoirs publics. Conformément aux orientations de ce dernier, un Plan Directeur Ferroviaire National (PDFN) a été approuvé par le gouvernement en 2012. Cet instrument de planification stratégique du développement du chemin de fer est fondé sur une vision architecturée autour du triptyque: «promotion du développement économique par le renforcement de l’efficacité du système logistique à travers l’interconnexion des bassins miniers, des zones portuaires et des complexes industriels ; consolidation de l’intégration sous-régionale et adhésion au projet de construction du réseau ferroviaire transcontinental ; et interconnexion des villes et promotion d’un développement régional équilibré». Ce plan, dont l’horizon temporel est projeté en 2040, prévoit des projets prioritaires, de moyen terme et de long terme. L’année 2020 devra être le point de départ du deuxième cycle de programmation de la mise en oeuvre de la vision d’émergence du Cameroun. La réalisation des projets prioritaires prévus par le plan constitue un axe cardinal de la stratégie nationale de développement au cours de ce cycle. Pour ces projets visant la connexion des bassins miniers aux pôles portuaires et industriels, ainsi que l’interconnexion aux pays de l’hinterland, des études de faisabilité sont en cours. Il s’agit de la construction des lignes de chemin de fer : Edéa–Kribi–Lolabe ; Douala – Limbe ; Douala – Ngaoundéré ; Ngaoundéré – N’Djamena.

Les résultats mitigés de la concession de l’activité ferroviaire État / Camrail, notamment la préoccupation sécuritaire exacerbée par l’accident ferroviaire survenu à Eséka le 21 octobre 2016, ont amené le président de la République à prescrire, le 23 mai 2017, une réforme structurante visant à rénover en profondeur le système ferroviaire camerounais, pour lui conférer une organisation encore plus cohérente, davantage lisible et axée sur la performance. Les axes des directives présidentielles portent sur les points ci-après : l’audit de la convention de concession signée le 19 janvier 1999 entre l’État du Cameroun et la société Camrail, et des deux avenants conclus en 2005 et en 2008; l’ouverture de discussions entre les partenaires au sein de Camrail pour une plus grande présence de l’État dans ladite société et une meilleure prise en compte des préoccupations sociales, notamment l’activité de transport-voyageurs ; et la création, à brève échéance, de la société de gestion du patrimoine du chemin de fer qui sera chargée de l’entretien du réseau ferré, ainsi que des projets de modernisation et d’extension de la voie ferrée.

Quels sont les efforts déployés par les pouvoirs publics en faveur du sous-secteur de la météorologie au Cameroun ?

De nombreuses actions impulsées par une synergie gouvernementale visent le développement du réseau météorologique national. Tout d’abord, l’installation et la mise en exploitation de 20 stations météorologiques au mois de mars 2014 a d’ores et déjà permis de renforcer notre système de collecte, de traitement et de diffusion des informations climatologiques et météorologiques à travers le pays. Bien plus, dans l’optique de développer une ingénierie météorologique locale, une convention portant création d’une filière de météorologie au sein de l’École Nationale Supérieure Polytechnique a été signée entre les Ministères des Transports et de l’Enseignement supérieur. La première cuvée de techniciens ainsi formés est opérationnelle bientôt. D’autres actions en cours visent notamment la réhabilitation de 13 stations météorologiques et la réception d’un chinois qui permettra d’équiper 23 autres, afin de densifier le réseau d’observation météorologique sur l’étendue du territoire national.

Dans le cadre de la lutte contre l’insécurité routière et les accidents de la circulation, le gouvernement a entrepris un ensemble de mesures. Pouvez-vous nous en dire davantage?

Nous avons enregistré, depuis un certain temps, la recrudescence des accidents sur nos routes. Il ressort des enquêtes menées, que ces accidents sont causés principalement par : la pratique de l’excès de vitesse ; le mauvais état technique des véhicules ; la fatigue du conducteur au volant ; le non-respect du code de la route. Au regard des causes susmentionnées, plusieurs acteurs sont indexés, notamment : les promoteurs d’agences de voyages, les centres de contrôle technique des véhicules, les conducteurs, ainsi que certains agents complaisants du Mint. En tout état de cause, il convient de relever que plusieurs mesures ont été mises en oeuvre par mon département ministériel, dans le but de lutter contre l’insécurité routière, au rang desquelles:

– une intensification des opérations de sensibilisation dans les différentes agences de voyage, et les axes routiers de l’ensemble du territoire national ;

– l’élaboration d’un cahier de charges ayant pour but de moderniser et de sécuriser les activités des compagnies de transport routier interurbain ;

– la mise en place d’un mécanisme de sécurisation des vignettes de visite technique ;

– le renforcement des contrôles de nuit sur les axes routiers.

Aussi, tous les cas de violation du code de la route sont rigoureusement sanctionnés, conformément à la réglementation en vigueur. Ainsi, depuis le début de l’année 2018, j’ai procédé à la suspension de plusieurs permis de conduire pour non-respect du code de la route ; de trois centres de contrôle technique pour délivrance de certificats de visite technique fantaisistes ; et de huit agences de voyages pour insuffisance de mesures de sécurité. Toutefois, nous sommes résolus, dans le souci d’une meilleure efficacité de la lutte contre l’insécurité routière, à mettre en oeuvre, une synergie des d’actions et une mutualisation des moyens avec le SED et la DGSN dans les opérations de prévention et sécurités routières.

La toute récente visite au Cameroun de M. Jean Todt, envoyé spécial du Secrétaire général des Nations chargé de la sécurité routière avait principalement pour objectif, la remise au gouvernement du rapport d’une étude ayant évalué la performance du Cameroun en matière de sécurité routière. Quelles sont les dispositions du Cameroun, pour réagir par rapport aux conclusions de ce document ?

Les recommandations issues du rapport d’étude relatif au dit programme nous permettra d’étoffer notre politique de sécurité routière afin de la rendre efficiente et efficace pour l’atteinte des objectifs de la Décennie d’actions 2011-2020. À cet effet, nous nous engageons à la mise en oeuvre progressive desdites recommandations avec en priorité, le renforcement de la coordination par la mise en place d’un organisme opérationnel autonome ainsi que des organes consultatifs et d’experts, le renforcement de la répression et l’amélioration de la législation, y compris l’internalisation des instruments juridiques des Nations unies qui inspirent d’ailleurs déjà tous les textes nationaux et régionaux en vigueur au Cameroun, l’assainissement du parc automobile par son rajeunissement, la poursuite de la réforme du circuit d’obtention et de délivrance du permis de conduire et l’intensification de la sensibilisation.

Source: Transport Infos

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