la Russie cherche à se positionner sur le continent africain

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(BFI) – Carrefour civilisationnel entre l’Europe et l’Asie, la ville de Sotchi, situé à 1 360 km au sud de Moscou, va abriter du 23 au 24 octobre, le premier forum russe-Afrique. À l’image de la Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique, la Russie cherche à se positionner sur le continent africain. Rien n’est moins évident au vu de la concurrence. 

Le sommet de Sotchi s’inscrit en soi dans une vision et des prétentions. Moscou veut présenter son agenda à ses invités, personnalités politiques et économiques de premier rang.  Un ratio important de chefs d’états africains (87%, soit 47 sur les 54 pays) prendra part à ce rendez-vous décisif. Sur plus de 30 sessions plénières, les acteurs vont discuter sur les questions touchant le développement des échanges dans les domaines politique, économique, humanitaire, culturel.

Pour Anton Kobiakov, conseiller du président de la Fédération de Russie et secrétaire général du Comité d’organisation du Forum, cet évènement aura pour effet majeur de créer une véritable synergie d’ensemble afin de fructifier la coopération russo-africaine.

Ainsi, 30 ans après la chute du mur de Berlin, Moscou qui avait délaissé le continent, veut y revenir en force comme du reste elle est en train de le faire partout dans le monde, sur les traces de la splendeur passée de l’Union Soviétique. Ce sommet sera organisé par la Russie de concert avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). Une première initiative du genre entre l’état fédéral et l’Afrique à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux.

L’appétit russe est stimulé il va sans dire par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), qui comptera 2,5 milliards de personnes à l’horizon 2050, soit 26 % de la population mondiale. Selon les statistiques officielles, les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Russie ont progressé de 17, 2 % en 2018, soit 20 milliard de dollars l’année écoulée contre 17 milliard en 2017. Si l’on se fie aux chiffres, les exportations russes vers le continent noir ont atteint 17,5 milliards de dollars tandis que les exportations africaines vers la Russie se sont chiffrées à 2,9 milliards de dollars.

En 2017, les principaux partenaires commerciaux de Moscou sur le continent africain ont été l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Egypte, le Kenya, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Nigeria, le Soudan, la Tunisie et le Sénégal.

Un agenda caché ?

La Russie peut-elle faire concurrence aux puissances occidentales dont la France ? Voire les supplanter ?

Actuellement, le poids russe reste marginal en Afrique. Ainsi, Arnaud Kalika, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri), juge « inexact » de parler actuellement d’une présence russe massive sur le continent. Il y a, toutefois, un risque (ou une chance, tout dépend de la perspective choisie) de voir Moscou investir dans un continent qui constate un désengagement occidental et dont les populations témoignent régulièrement de leur désamour pour les ex-puissances coloniales. Selon une étude du Guardian, publiée en juin dernier, Moscou vise 13 pays africains où il espère étendre son influence. Il a déjà signé des accords de coopération militaire avec une vingtaine de pays. « Il ne faut pas réduire tout ça à cette histoire de confrontation (avec l’Occident). Nous ne sommes pas l’Union soviétique, nous n’en avons ni l’ambition, ni les possibilités ou les ressources », note Evguéni Korendiassov, ex-ambassadeur, aujourd’hui membre de l’Institut des études africaines de Moscou.

Un avis partagé par Arnaud Dubien, le directeur de l’Observatoire franco-russe. « Si tout porte à croire que l’engagement de la Russie en Afrique est durable, son empreinte stratégique ne devrait plus augmenter de façon significative à l’avenir […]. La tonalité générale des articles publiés dans la presse occidentale sur le grand retour de la Russie en Afrique peut donner l’impression d’une marche triomphale. Il n’en est rien », estime-t-il dans une note du 10 octobre sur La Russie et l’Afrique : mythes et réalités.

Placide Onguéné

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