Isidore Bihiya : « Les guichets uniques assurent la traçabilité des opérations »

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Isodore Bihiya est président de l’Alliance Africaine pour le Commerce électronique (AACE) et DG du Guichet unique des opérations du commerce extérieur du Cameroun (GUCE)

(BFI) – A Yaoundé, l’Afrique étudie les opportunités liées à la création d’un réseau de guichets uniques. 24 pays réunis jusqu’à ce jeudi dans le cadre de la 7e Conférence internationale des guichets uniques mettent l’accent sur l’exploitation du potentiel du commerce électronique et l’optimisation de la chaîne logistique internationale. Isidore Bihiya, président de l’Alliance africaine pour le commerce électronique (AACE) et DG du Guichet unique des opérations du commerce extérieur du Cameroun (GUCE), nous explique l’importance de ces guichets, notamment sur le volet de la traçabilité des produits.

Le Cameroun abrite la 7e Conférence internationale des Guichets uniques et accueille les principaux acteurs du commerce international, du transport et de la logistique en Afrique. Quels sont les points saillants de cette rencontre ?

24 pays sont réunis à Yaoundé jusqu’au 19 septembre pour la conférence internationale des guichets uniques d’Afrique. Il y a actuellement une quinzaine de guichets uniques opérationnels en Afrique. L’un des principaux objectifs de la rencontre est d’inciter les autres pays du Continent à mettre en place leur guichet unique. Ce rendez-vous nous offre aussi l’occasion d’aborder des sujets clés pour l’Afrique tels que le commerce intra-africain, les instruments de facilitation pour les pays sans littoral ou encore la logistique disruptive et les startups innovantes du secteur.

Nous allons également aborder les tendances d’avenir des guichets uniques comme le Big data, le blockchain, l’intelligence artificielle. Les guichets uniques sont aujourd’hui une recommandation de l’OMS, car ils contribuent à la facilitation des échanges, sachant qu’en Afrique, les acteurs doivent surmonter d’énormes difficultés lors des procédures pour le commerce international et à ce niveau, ils contribuent au développement du commerce intra-africain et à l’intégration du Continent avec la création de la Zone de libre-échange (ZLECA). C’est l’une des grandes contributions pouvant être apportées par les guichets uniques d’Afrique.

Concrètement comment fonctionne le dispositif des guichets uniques sur le terrain ?

Le guichet unique est avant tout une structure nationale, chaque pays a le sien. Ce sont des plateformes d’échanges d’informations, de données entre les acteurs du commerce. Je prends le cas du Cameroun, aujourd’hui les procédures se déroulent à travers une plateforme mise en place et permettant aux opérateurs de traiter différentes opérations à distance, leur évitant les déplacements et le recours aux paperasses. C’est un guichet électronique permettant les opérations virtuelles, occasionnant un important gain de temps pour les utilisateurs. Après la dotation des pays africains de guichets uniques, nous allons passer à l’étape suivante qui consiste à créer des guichets uniques régionaux, à travers la mise en place de mécanismes d’interopérabilité. L’idée est d’aboutir à un vaste réseau de communication pour faciliter les opérations au sein de nos Etats et entre différents pays africains.

Les guichets uniques devraient stimuler le commerce intra-africain. Dans quelles mesures le développement d’un réseau de guichets uniques pourrait-il contribuer à une meilleure circulation ou acheminement des matières premières surtout pour les pays enclavés ?

Le guichet unique règle surtout le problème de procédures administratives. Pour exporter par exemple du bois, vous avez un certain nombre de procédures à effectuer. Lesquelles se font encore de manière physique dans la plupart de nos pays, exigeant tant de documents avec tout ce qu’il y a derrière comme tracasseries, lourdeurs administratives et retards. A travers les guichets uniques, nous visons à dématérialiser toutes les procédures, de manière à réduire l’utilisation du papier au strict minimum lors des transactions commerciales. Mais pour ce qui est des mouvements physiques des produits ou matières premières, il y a toujours les moyens de transport comme les camions, les trains et les infrastructures dédiées. Derrière, la dématérialisation des procédures via les guichets uniques permet d’éliminer un certain nombre de facteurs freinant les échanges.

Pensez-vous que la mise en place de guichets uniques peut contribuer à la réduction des fraudes, notamment le trafic du bois, des certains produits miniers interdits d’exportation ou issus des zones de conflit par exemple ?

En réalité, les guichets uniques n’ont pas été mis en place pour établir une distinction, un tri des marchandises au cours d’une transaction commerciale. Ici, le plus important est que la procédure administrative ne soit pas un frein au développement des échanges. Il est possible de transporter, d’échanger, d’exporter tous types de matières premières : bois, minerais, produits agricoles, etc., les guichets uniques contribuent uniquement à empêcher les complications induites par les procédures administratives lors de ces opérations déjà complexes sans que les opérateurs aient affaires à différents pays et systèmes. Des acteurs qui ont pris des engagements avec des délais ne voudraient pas être en retard à cause des procédures administratives. C’est surtout à ce niveau que les guichets uniques font la différence.

La numérisation et le suivi des produits à la trace grâce aux guichets uniques restent néanmoins un atout pour la traçabilité des produits ou matières premières ?

La traçabilité logistique est effectivement un aspect très important dans ce que nous faisons aujourd’hui. Le fait d’avoir des procédures électroniques et virtuelles permet non seulement d’accélérer les procédures, mais aussi la traçabilité très précise de toutes ces opérations. Les opérateurs peuvent localiser en temps réel les produits à échanger. Le fait d’avoir accès à ses opérateurs génère des gains financiers et de temps pour les opérateurs en évitant le déplacement par exemple. Un exportateur au Tchad ou en Centre Afrique n’est pas obligé de se déplacer au Cameroun pour suivre le déroulement de ses opérations.

En plus de la traçabilité, les guichets uniques permettent de supprimer ou de limiter les interventions humaines, réduisant au passage les différentes pratiques liées à la corruption. C’est une contribution à la bonne gouvernance et à l’amélioration du climat des affaires. Les guichets uniques assurent effectivement une traçabilité logistique avec notamment le contrôle du chargement, le respect de la réglementation, le suivi des marchandises, des commandes et stocks ainsi que la réception des produits.

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