En difficultés depuis 2014, Alucam cherche un nouveau souffle à travers l’absorption de sa filiale Socatral

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Alucam

(BFI) – La Compagnie camerounaise de l’aluminium (Alucam), productrice de l’aluminium brut destiné en partie à l’exportation, et la Société de transformation de l’aluminium (Socatral), l’une de ses filiales, spécialisée dans la production de tôles (il existe également Alubassa, producteur des ustensiles de cuisine, NDLR), ont établi depuis juin 2020 « un projet de fusion par voie d’absorption de la société Socatral par la société Alucam », apprend-on dans une annonce légale rendue publique le 4 décembre 2020.

Ce projet de fusion-absorption, qui induira le transfert des actifs (33,6 milliards de FCFA) et du passif (15,9 milliards de FCFA) de la Socatral à Alucam, ainsi qu’une augmentation du capital d’Alucam pour un montant de plus de 2 milliards de FCFA, reste cependant tributaire de son approbation par les assemblées générales des deux entités. Il dépend également de l’approbation de la dissolution anticipée de Socatral par ses actionnaires, l’approbation de la parité d’échange et de l’augmentation du capital par les actionnaires d’Alucam, puis la déclaration de l’opération par l’autorité de la concurrence dans le cadre du contrôle des concentrations.

Cette fusion-absorption se met en place au moment où les deux entreprises traversent une mauvaise passe, depuis que le groupe canadien Rio Tionto Alcan a annoncé qu’il quittera, à compter du 31 décembre 2014, l’actionnariat d’Alucam qu’il détenait à 46,7%, ainsi que celui de sa filiale Socatral. « L’Avenir du groupe Alucam est de plus en plus conditionné au développement d’un nouveau modèle d’affaires orienté sur la fabrication locale des produits à plus forte valeur ajoutée, plutôt que sur l’exportation du métal primaire. Cette nouvelle vision ne s’inscrit plus dans les objectifs de Rio Tinto Alcan, qui se concentre sur la production du métal primaire et qui s’est désengagé de toutes les activités de transformation au cours des dernières années », avait justifié Claudine Gagnon, alors conseillère principale et chargée des relations médias chez Rio Tinto Alcan.

En dépit de l’appel à investisseur pour la reprise des actifs de Rio Tinto Alcan au sein d’Alucam et Socatral, actifs officiellement transférés à l’État du Cameroun au courant de l’année 2015, aucun partenaire stratégique n’a semblé jusqu’ici être intéressé par le mastodonte de l’aluminium au Cameroun, déjà confronté à la baisse des cours mondiaux. Aussi, depuis 2014, cette entreprise et ses filiales Socatral et Alubassa broient-elles du noir. Résultat des courses, Alucam a officiellement clôturé l’année 2015 avec une perte sèche de plus 10 milliards de FCFA.

Les ressorts de la fusion-absorption…

Après une légère embellie enregistrée en 2017, avec un résultat net de 2,2 milliards de FCFA, l’élan des dirigeants de cette entreprise sera stoppé net en janvier 2018 par « une rupture brutale d’énergie qui a fragilisé l’ensemble des cuves », ralentissant le niveau d’activité de l’entreprise. Conséquence : le chiffre d’affaires d’Alucam est passé de 123,4 en 2017 à 99,2 milliards de FCFA en 2018, et le résultat net affiche un déficit de 10,8 milliards de FCFA la même année, reléguant même l’entreprise au rang des clients les plus insolvables de la société de production et de distribution de l’énergie électrique, Eneo.

Cette conjoncture morose a déteint sur toutes les filiales de l’entreprise. Par exemple, en juillet 2020, au cours d’une concertation avec les acteurs de la métallurgie à Yaoundé, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a annoncé l’ouverture provisoire du marché camerounais, pour combler le déficit en tôles. « En raison de l’incident à Alucam/Socatral, il y a un gap entre l’offre et la demande. Il s’agit d’ouvrir provisoirement les marchés », avait expliqué ce membre du gouvernement.

À l’analyse, la fusion-absorption, qui induit notamment un apport d’actifs nets de plus de 17 milliards de FCFA (différence entre actif et passif) permettra au mastodonte de l’aluminium d’améliorer son bilan comptable, et ainsi avoir des marges de manœuvre plus intéressantes pour lever des capitaux et pouvoir réinvestir dans la transformation, porteuse de valeur ajoutée pour l’entreprise.

Cependant, pareil scénario n’exclut pas le risque pour Alucam de contaminer sa mauvaise santé financière à l’entité absorbée. Toute chose qui ouvrirait alors des fenêtres d’opportunités dans le secteur de la transformation de tôles, à la condition que la matière première soit disponible localement. D’où tout l’intérêt pour Alucam d’accrocher un partenaire stratégique après le départ de Rio Tinto, à défaut d’un soutien déterminant de l’État, son unique actionnaire pour l’heure.

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