Dieudonné Bougne forge un empire diversifié allant du pétrole au gisement de fer

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Dieudonné Bougne
Dieudonné Bougne, PDG du groupe Bocom
(BFI) – A la faveur d’une convention qui vient de lui être signée par le ministre des Mines et du développement technologique, l’homme d’affaires camerounais entend investir 900 milliards FCFA pour exploiter le fer d’Akom II dans la Région du Sud. Tout en poursuivant ses projets d’exploration et d’exploitation de minerai, Dieudonné Bougne, le fondateur du groupe Bocom accélère sa diversification dans l’hôtellerie après son exploit dans la distribution des produits pétroliers au Cameroun.

Près de 900 milliards de FCFA, c’est le coût de la première phase de l’exploitation industrielle du gisement de fer d’Akom II, dans le département de l’Océan, région du Sud. La convention relative à l’exploitation de ce gisement de fer a été signée le 13 novembre 2019 par l’Etat du Cameroun, représenté par le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique, Gabriel Dodo Ndoke et l’entreprise G-Stones ressources, représentée par son président directeur général, le camerounais Dieudonné Bougne.

« Sur une zone de 45 km2, nous avons travaillé sur 3 km2 et identifié 62 millions de tonne de minerai, dont la teneur en fer se situe entre 35 % et 45 % », avance-t-il. Dieudonné Bougne entend l’enrichir jusqu’à 70 % en implantant une usine au pied de la mine d’Akom II, à une soixantaine de kilomètres du port de Kribi. Une fois traité, le fer sera transporté à 50 km du site, vers l’usine de sidérurgie de Fifinda, où des terrassements sont déjà visibles. De cette unité sortiront des matériaux de construction (fers à béton, tôles, mulettes, cornières, etc.). Confiant, Dieudonné Bougne songe à l’installation d’un pipeline qui desservirait Kribi.

Si la mine promet davantage, il pourrait lever des financements et y construire un appontement minéralier pour exporter. Une telle plateforme portuaire était déjà prévue dans le projet d’exploitation du fer de Mbalam-Nabeba, à cheval sur le Cameroun et le Congo, promu par l’australien Sundance Resources.

Le projet d’exploitation industrielle du gisement de fer d’Akom II a été initié depuis longtemps. «Il  a finalement abouti aujourd’hui par l’onction du président de la République» se confie t-il à Cameroon tribune. «G-Stone  prévoit de produire deux millions de tonnes de concentré de fer par an, à travers une mine et une unité d’enrichissement. Ces produits seront commercialisables sur le marché international».

La première phase consiste à creuser et concasser les mines et envoyer les produits dans le bénéficial qui va enrichir le fer. La deuxième étape concerne la fabrication du concentré de fer, le fer à béton, les cornières et les tôles plates. Enfin, la troisième phase sera consacrée à la fabrication de fer H et du Fer U puis les rails.

«C’est un projet énorme. Ce n’est que l’énergie qui pourra nous manquer. Nous espérons juste que le gouvernement continuera d’investir dans les grands barrages pour que nous soyons à l’abri du besoin en matière d’énergie», a indiqué le PDG de G-Stone ressources par ailleurs PDG de la société Bocom. D’après Dieudonné Bougne, la construction de la mine puis l’usine de sidérurgie «permettra de recruter 3500 personnes en emploi direct». La durée de l’exploitation est estimée à 100 ans.

Avec ce nouveau projet, Dieudonné Bougne deviendra le tout premier investisseur camerounais à développer la mine industrielle dans son pays. Aujourd’hui, l’homme d’affaires est l’un des industriels qui comptent dans le paysage économique camerounais. L’un des précurseurs du green business et de la création des éco-entreprises au Cameroun et en Afrique centrale.

Un rêve minier

Et les ambitions minières de cet entrepreneur proche de l’homme d’affaires Pascal Monkam ne s’arrêtent pas là. Le Camerounais a ouvert une filiale à Mississauga afin de s’offrir l’expertise canadienne. Titulaire de huit permis d’exploration grâce à sa filiale Mississauga Mining and Exploration Cameroon (MMEC), il prospecte de l’or, du cobalt et du nickel dans le nord et l’est du Cameroun.

Au dernier virage de la concrétisation de son rêve minier, le groupe familial – créé en 2001 grâce à l’obtention du traitement des déchets du projet de pipeline entre le Tchad et le Cameroun – accélère sa diversification dans l’hôtellerie. Après l’ouverture il y a quatre ans d’un premier établissement dans son village de Bansoa, Dieudonné Bougne compte ouvrir, dans moins d’un an, un quatre-étoiles à Douala, pour un coût de 14,4 milliards de F CFA.

Le bâtiment, contigu à son domaine du quartier chic de Bonapriso, a été monté par son entreprise Harvest BTP, et sera achevé par l’italien ML. À travers B&B Investment, le holding familial, il a contracté un emprunt de 4,5 milliards de F CFA le 4 juillet auprès de la BDEAC et obtenu 1,09 milliard de F CFA de la Commercial Bank of Cameroon (CBC), pour un apport en fonds propres de 8 milliards de F CFA.

Il a également entamé le chantier d’un autre établissement quatre étoiles à Bangui, pour un montant du même ordre que celui de Douala, qui devrait ouvrir ses portes l’année prochaine. S’il refuse de dévoiler précisément ses futures ambitions dans le secteur, Dieudonné Bougne rêve de disposer d’une véritable chaîne hôtelière africaine.

Cameroun, Canada, Centrafrique, Congo mais aussi Guinée équatoriale… Le groupe familial, qui pesait près de 200 millions de dollars – dont 80 % engrangés par son entreprise Bocom Petroleum – et plus de 3 500 emplois directs en 2018, étend sa toile, et ce dans les domaines les plus divers. Outre les mines, le BTP et l’immobilier, il s’est spécialisé en moins de deux décennies dans la collecte et le traitement des déchets industriels et hospitaliers, et des boues d’hydrocarbures, dans la chaudronnerie et la métallurgie, le traitement des batteries usagées, la logistique et la distribution de carburants.

Les Camerounais connaissent bien son réseau de 76 stations-service, qui vaut selon lui à Bocom Petroleum la troisième place du secteur. « Vous aurez d’autres surprises d’ici à la fin de l’année », promet le fondateur, énigmatique.

Troisième dans la distribution de carburant

Dieudonné Bougne affirme vouloir abandonner pour un temps la conquête de nouveaux marchés et se concentrer sur le Cameroun, où, prétend-il, les opportunités sont considérables, en dépit des embûches… « L’État maltraite les hommes d’affaires, affirme-t-il. Mais nous faisons de la résistance parce que c’est notre pays. »

Ce self-made-man qui a été couturier, docker, transporteur et commerçant a instauré une gestion matrimoniale pour certaines de ses entreprises. À 63 ans, il ne songe pas encore à la retraite mais intègre progressivement sa progéniture dans la gestion de ses affaires.

Plusieurs de ses filles ont également été promues à des postes à responsabilité. Et l’aîné de ses garçons occupe déjà la vice-présidence du holding. Un verrouillage familial qui ne s’appliquera cependant pas pour ses projets miniers. « J’ouvrirai alors le capital des entreprises », confesse-t-il. D’ailleurs, des investisseurs hexagonaux frappent déjà à la porte.

André Noir

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