Dette des entreprises publiques au Cameroun : une ardoise de plus de 4 milliards $ qui fragilise les finances publiques

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Une augmentation de 452 milliards de francs CFA en 2018

(BFI) – La dette des entreprises publiques au Cameroun constitue un point de fragilité pour les efforts de consolidation fiscale, entrepris par les autorités camerounaises dans le cadre du programme économique mis en œuvre en collaboration avec le FMI, apprend-on d’une analyse du profil pays faite par l’Agence de notation Moody’s le 10 octobre 2019 dernier.

Le document s’appuie sur des indicateurs de 2016 et affirme qu’excepté la Société nationale de raffinage (Sonara), la dette de ces entités dont plusieurs connaissaient des soucis financiers, représentait environ 8,2% du produit intérieur brut (PIB) de cette année-là. Mais selon des données collectées par l’Agence Ecofin sur des plateformes officielles du gouvernement, la dette de la Sonara incluse, ce ratio atteint les 13,5% du PIB du pays à la fin de l’année 2017.

En effet, évaluant le volume d’assistance qu’il faudrait apporter aux entreprises publiques en 2019, des données consolidées par le gouvernement font ressortir que la dette globale des 37 entreprises publiques ou à capitaux publics, atteignait en 2017, un montant proche de 2624,4 milliards FCFA (environ 4,7 milliards $) en 2017, pour un produit intérieur brut estimé à 34,8 milliards $ au cours du dollar américain à la fin de cette année-là.

Une situation très problématique pour Camtel et Sonara

La Sonara, Camtel, l’entreprise nationale des télécommunications, et la compagnie nationale des eaux (Camwater) occupaient le top trois des entreprises publiques endettées avec des totaux respectifs de dette à fin 2017 de 763,2 milliards FCFA, 554,5 milliards FCFA et 352,4 milliards FCFA. Les autres entreprises publiques qui bouclent le top 5 sont ; Electricity Development Corporation (140,4 milliards FCFA) et la Sodecoton (113,1 milliards FCFA).

Bien plus que leur endettement, ce qui pose problème c’est la difficulté que ces entreprises publiques ont à générer des revenus suffisants afin de rembourser leurs créanciers.

La Sonara a bénéficié d’une part importante de l’Eurobond de 750 millions $ émis en 2015 par le gouvernement et qui est toujours en cours de remboursement. Elle a aussi bénéficié de plusieurs autres lignes de crédit internationales et des banques locales.

On a pu apprendre qu’en avril 2019, l’entreprise a bénéficié d’un prêt de 160 millions $ d’un trader des produits pétroliers, mais elle a été frappée par un incendie en mai 2019. Déjà structurellement déficitaire, on voit mal comment la Sonara pourrait rembourser sa dette désormais. L’arrêt actuel de ses activités pèsera encore sur le déficit extérieur, en raison du besoin de continuer à satisfaire la demande locale en produits pétroliers ; vitale pour la stabilité économique.

Dans le cas de Camtel, l’exposition du budget de l’Etat à sa dette tient du fait qu’elle appartient à 100% au gouvernement, contrairement à la Sonara dont le capital est réparti entre le gouvernement, des entités parapubliques et le secteur privé. L’entreprise a massivement emprunté notamment auprès d’Exim Bank pour des projets d’envergure. Sur l’un des plus importants, notamment la fibre optique entre le Brésil et le Cameroun, on n’a pas encore de visibilité sur les premières retombées.

En plus de cela, à son stock de 2017, la dette financière de cette entreprise était de plus de 409 milliards FCFA et représentait un peu plus de 4 fois son chiffre d’affaires. La présidence de la République a pris des mesures fortes et ouvert la voie à une privatisation partielle de la structure. Des informations non encore confirmées officiellement suggèrent que cette évolution des choses pourrait profiter à Huawei, l’entreprise chinoise partenaire de cette société et qui concentre une part importante de sa dette.

Des arbitrages difficiles en perspective dans le cadre de la Loi des finances 2020

La session budgétaire devrait bientôt débuter au Cameroun, mais ce n’est pas sûr que ces questions fassent l’objet de grandes discussions, la discipline partisane laissant la latitude au gouvernement de conduire les arbitrages. Or celui-ci semble à court d’options. Plusieurs des sociétés sous son contrôle, dont l’une des plus importantes en termes de nombre d’employés (Cameroon Development Corporation), se trouvent dans des zones dites en crise anglophone. Les fermer risque d’entraîner un sentiment négatif, mais les maintenir improductives a aussi un coût pour les caisses publiques.

Toujours en rapport avec les zones Nord-Ouest et Sud-Ouest, elles abritent d’importants bassins de production, notamment de produits vivriers, mais aussi de produits d’exportation comme le cacao. Il est probable que le gouvernement y perde d’importantes sources de revenus.

Enfin, le gouvernement devra surveiller le coût fiscal des partenariats public-privé. La dette publique contingente liée à ce mécanisme de construction des infrastructures était de 6% du PIB à fin 2017. Moody’s estime que cela devrait augmenter, avec le lancement du projet de barrage de Nachtigal, qui se fait lui aussi en mode PPP.

Ecofin

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