Des progrès contre la mortalité infantile en Afrique

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Enfant
(BFI) – Si la mortalité infantile en Afrique est encore élevée, elle a considérablement baissé pendant ces cinquante dernières années. Illustration.

Le taux de mortalité infantile n’a jamais été aussi bas dans le monde. Alors qu’au milieu du XVIIIe siècle en Europe, il n’était pas rare qu’un couple perde trois ou quatre enfants, en 2017, le nombre d’enfants décédés a été réduit de plus de la moitié, passant de 12,6 millions en 1990 à 5,4 millions en 2017. Et ce, en moins de trois décennies. C’est le constat dont se réjouit l’organisation dirigée par l’université d’Oxford Our World in Data, qui a compilé les dernières données sur le sujet. Cet « énorme progrès » a été possible grâce notamment à la multiplication des campagnes de vaccination et d’un plus large accès aux antibiotiques, deux remèdes aux maladies infectieuses. Pour preuve, d’après l’OMS, la vaccination anti-rougeole a permis d’éviter 21,1 millions de décès en Afrique entre 2000 et 2017.

Mais si la mortalité infantile a baissé dans toutes les régions du monde, les taux fixés par les Objectifs de développement durable (ODD) sont loin d’être atteints. « L’objectif 3.2 est de ramener le taux de mortalité infantile à au moins 2,5 % dans tous les pays d’ici 2030. […] Nous en sommes loin », affirment les chercheurs. « L’objectif des ODD est beaucoup plus ambitieux que ce que les régions les plus riches du monde ont atteint aujourd’hui. » À l’échelle mondiale, 3,9 % des enfants meurent encore avant l’âge de cinq ans », soit près de 15 000 par jour.

Mortalité infantile : une tragédie africaine

De toutes les régions de la planète, c’est l’Afrique qui paye le plus lourd tribut. La Somalie possède, par exemple, le taux de mortalité infantile le plus élevé du monde. Dans ce pays, près de 14 % des enfants n’atteindront jamais leur cinquième anniversaire. Autre pays à détenir un triste record, la Centrafrique. Près de 9 % des nourrissons y meurent avant l’âge de un an. Après l’Inde, le Nigeria est le pays qui a connu le plus grand nombre de décès d’enfants en 2017, soit 714 000. La République démocratique du Congo et l’Éthiopie complètent le triste podium africain, avec respectivement 300 000 et 189 000 décès. En cause, surtout des maladies, comme la pneumonie. Contractée le plus souvent par des enfants déjà fragilisés par le milieu dans lequel ils vivent, cette infection est dévastatrice.

La sous-nutrition et la pollution domestique favorisent sa prolifération. C’est le cas en Afrique subsaharienne où, « dans la plupart des pays, moins de 10 % des ménages ont accès à des combustibles propres pour la cuisine », rappelle l’étude. D’autres maladies, comme le paludisme, restent encore très virulentes dans certains pays du continent. Le Niger et la RDC comptabilisent à eux seuls près de la moitié des 350 000 décès dus à cette infection transmise par les piqûres de moustiques chez les enfants de moins de 5 ans en 2017. La malaria demeure, elle aussi, très dangereuse. Surtout au Burkina Faso et en Sierra Leone, où respectivement 563 et 622 enfants sur 100 000 sont décédés des suites de la maladie en 2017. Outre les maladies, les naissances prématurées et les maladies diarrhéiques sont encore d’autres causes de la mortalité infantile.

L’éducation des femmes, une clé de la solution

Malgré ce funeste constat, il y a encore des raisons d’espérer. Car même si elle reste plus élevée qu’ailleurs, la mortalité infantile est en baisse constante sur le continent depuis 50 ans. Dans les années 1960, 1 enfant sur 4 mourait avant l’âge de cinq ans. Aujourd’hui, le taux est inférieur à 1 sur 10. Principaux moteurs de ce progrès, « la prospérité croissante, le développement de l’éducation et la diffusion des soins de santé ». Au Kenya et en Tanzanie, « les données sont spectaculaires », estime le rapport. D’un décès sur 3 il y a soixante ans, le pays est passé à un décès sur 20. En Afrique, les taux moyens sont maintenant inférieurs à la moyenne européenne de 1950. De 32 % de décès, le continent est passé à 8 % en 2017.

Pour faire encore mieux, les analystes préconisent plusieurs solutions, dont une, primordiale : l’éducation des femmes. Pour eux, « une population féminine plus scolarisée est fortement associée à des taux de mortalité infantile plus faibles ». Car les enfants les plus vulnérables aux différentes maladies sont bien souvent ceux de mères adolescentes. En incitant à leur scolarisation, on réduit les naissances. Et, donc, les risques de mortalité infantile. L’Unesco estime même qu’un enseignement secondaire plus long pour toutes les femmes permettrait de sauver 1,8 million d’enfants par an.

Et à ceux qui pourraient y voir la menace d’une démographie galopante, les experts démontrent le contraire. Car si, les premières années, une diminution de la mortalité infantile augmente, c’est vrai, la population, la courbe s’inverse rapidement. « Lorsque davantage de nourrissons survivent, la fertilité diminue et la croissance démographique temporaire prend fin. Si nous voulons nous assurer que l’augmentation de la population mondiale ne cessera pas bientôt, nous devons œuvrer pour accroître la survie des enfants. » À bon entendeur…

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