Des défis économiques pour l’Afrique au lendemain de la crise

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Abebe Sellasie
Abebe Sellasie, directeur du département Afrique du FMI
(BFI) – Face à la crise du Covid-19, l’Afrique fait preuve d’une étonnante résilience sanitaire. Sur le plan économique, les prévisions ne sont pas des plus rassurantes.

La crise économique se profile dans le sillage de la pandémie du Covid-19. Les économistes du FMI anticipent la pire contraction jamais enregistrée de 1,6 % pour la région de l’Afrique subsaharienne, soit une chute de 5 % par rapport à l’an dernier. Une crise qui se propage sous l’onde de trois chocs conjugués : « perturbation de la production et forte baisse de la demande ; retombées du ralentissement brutal de la croissance mondiale et du durcissement des conditions financières ; et recul prononcé des cours des produits de base », détaille le Fonds monétaire international (FMI).

En présentant la publication d’avril sur les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, Abede Sellasie, directeur du département Afrique du FMI, insiste : « cette baisse de la production est la plus importante jamais enregistré » et « aucun pays africain ne sera épargné ».

Le choc sanitaire et les mesures de prévention

L’impact du choc sanitaire et des mesures prises pour limiter la propagation du virus se répercutent directement et sévèrement sur les économies nationales. « Outre les coûts humains croissants, la fermeture des lieux de travail, la perturbation des filières d’approvisionnement et la diminution de la main-d’œuvre due à la maladie ou aux décès peuvent profondément perturber la production », estime le FMI. Fermetures de frontières, restriction de déplacement, couvre-feux et confinement… « Ces mesures impactent particulièrement les personnes les plus vulnérables », insiste Abede Sellasie. Certains secteurs tels que le tourisme, l’hôtellerie et le transport notamment aérien, seront gravement touchés par les restrictions des déplacements. Fortement dépendants du tourisme, les Seychelles vont enregistrer une récession de -10,8 %, Maurice de -6,8 % et le Cap-Vert de -4 %.

Chocs extérieurs

L’Afrique subsaharienne devra également affronter de graves chocs externes. Un brutal ralentissement de la croissance des principaux partenaires commerciaux se traduira par une baisse des exportations africaines tandis que les perturbations des filières d’approvisionnement réduisent la disponibilité des produits importés, ce qui pourrait engendrer des pressions inflationnistes, explique l’institution internationale. Le continent est confronté au resserrement brutal des conditions financières mondiales qui réduit les flux d’investissement vers la région et sa capacité à financer les dépenses nécessaires pour faire face à la crise sanitaire et soutenir la croissance. Pire encore, ils sont confrontés également à des sorties de capitaux considérables. Les marchés financiers d’Afrique subsaharienne sont sous tension et les émissions obligataires sont à l’arrêt. Le ralentissement de la croissance mondiale réduira aussi les transferts d’argent des travailleurs migrants de 20 %, selon une note de la Banque mondiale.

Choc sur les matières premières

On n’avait jamais vu cela ! Des prix du pétrole brut sur la Bourse de New York qui passent en négatif,- 37,6 dollars à la clôture du marché le 20 avril. Les pays exportateurs d’or noir comme le Nigeria, l’Algérie ou l’Angola sont en pleine tempête. À l’exception de l’or, valeur refuge qui profite toujours des crises, les cours des autres matières premières plongent. La pandémie perturbe à la fois l’offre et la demande de matières premières, selon l’édition d’avril du Commodity Markets Outlook de la Banque mondiale. « Les produits de base les plus touchés par la chute des cours sont ceux liés au secteur du transport, comme pour le pétrole, le caoutchouc naturel et le platine. Plus généralement, la forte décélération de l’activité économique pèse aussi les matières premières industrielles et notamment les métaux. Le cuivre, le zinc sont à la peine. Les pays fortement dépendants des produits de base seront les plus exposés. « En plus du coût sanitaire et humain qu’ils devront supporter, et des conséquences du ralentissement économique mondial, la baisse de la demande d’exportations et la désorganisation des chaînes d’approvisionnement vont peser lourd sur l’économie de ces pays », conclut le rapport de la Banque mondiale.

Mesures d’urgence

« La crise économique exacerbera les conditions sociales et aggravera les vulnérabilités économiques existantes, tandis que les mesures d’endiguement et de distanciation sociale compromettront inévitablement les moyens d’existence d’innombrables personnes », analyse le FMI. Face à cette double crise sanitaire et économique, « des mesures urgentes et immédiates sont requises pour limiter les pertes humaines et économiques et protéger les plus vulnérables » affirme Abede Sellasie. « Sans se préoccuper de la dette ou du budget, la priorité immédiate est de faire tout ce qu’il faut pour accroître les dépenses de santé publique afin de juguler l’épidémie. Cela passe par un soutien budgétaire temporaire pour les personnes et les entreprises les plus touchées, sans oublier le secteur informel », explique le FMI.

Après la relance budgétaire, l’institution préconise la relance monétaire, demandant aux banques centrales de baisser leur taux d’intérêt et d’injecter des liquidités pour permettre aux banques et aux établissements financiers de prêter aux PME. Les pays sous un régime de change flottant peuvent aussi jouer sur les taux pour amortir les chocs externes et pour ceux confrontés à des sorties massives de capitaux, le FMI préconise même des mesures de contrôle provisoires.

Comme depuis le début de la crise, le FMI insiste sur la solidarité internationale. Pour sa part, il a annoncé une aide d’urgence de 100 milliards de dollars. Les pays africains auront besoin du soutien massif de la communauté internationale et des bailleurs de fonds, via des financements sous forme de prêts concessionnels ou de dons. « L’absence de financement extérieur adapté risque de transformer des problèmes de liquidités temporaires en problèmes de solvabilité et de prolonger ainsi les effets du choc », s’inquiète-t-il.

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