Demain l’Afrique ?

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Yaoundé

(BFI) – Depuis quelques années, le monde bouge. On constate de grands bouleversements dans l’équilibre des forces et l’entrée en scène de nouveaux acteurs remettant en cause la bipolarisation d’un ordre mondial construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cet ordre jadis essentiellement dominé par les États-Unis et l’Europe occidentale est désormais remis en cause. Plusieurs facteurs à la fois politiques, économiques et culturels peuvent expliquer ce basculement. Dans ce que certains auteurs qualifient de grand tournant, quel peut être l’avenir de l’Afrique ?

Plusieurs facteurs peuvent jouer en faveur de l’Afrique

La situation presque explosive du Moyen- Orient avec les guerres civiles qui ont éclaté en Syrie, au Yémen et en Libye dans la suite   des printemps arabes en 2011, l’émergence de nouveaux courants idéologiques en Europe caractérisés par la montée du néo-populisme et des courants nationalistes, constituent des ingrédients suffisants pour une instabilité internationale préjudiciable à la puissance occidentale.

Sur le plan stratégique, la politique étrangère américaine sous l’ère Trump, caractérisée par un repli national et un durcissement des sanctions envers certains pays, constitue un facteur de méfiance avec ses alliés et de déstabilisation dans les relations internationales.

D’une part la politique étrangère de l’administration Trump reste dominée par un repli sur soi » América First », « l’Amérique d’abord », le retrait de plusieurs accords internationaux comme l’accord de partenariat Trans pacifique, l’accord de Paris et l’accord sur le nucléaire iranien. Leur désengagement de l’OMS, la menace de sanctions envers la Cour pénale internationale et leur position agressive envers la Chine depuis l’apparition de la Covid-19, qu’ils accusent d’être à l’origine, sont autant de facteurs qui perturbent les relations entre les nations et peuvent avoir un impact négatif sur l’équilibre mondial.  

D’autre part, l’ascension économique, politique et militaire de la Chine et de la Turquie, le relèvement progressif de la Russie sous Poutine qui développe aussi une politique étrangère interventionniste, les débats sur l’avenir de l’Union européenne qui commence maintenant à perdre son unité et son influence à cause de certaines crises comme la crise migratoire, celle née avec la Covid-19 et le Brexit, ont renforcé la perspective incertaine du monde actuel.

Au niveau continental

Si, comme le disent plusieurs analystes, certains pays comme la Chine, l’Inde et la Turquie peuvent jouer le jeu, l’Afrique pourra également peser dans ce système si elle parle d’une même voix.

Car en effet ces crises constituent pour plusieurs acteurs une opportunité à saisir. Pour ce faire, l’Afrique doit accélérer son intégration et consolider les progrès déjà réalisés. Il appartient à ses dirigeants de prendre conscience du basculement qui se produit devant eux et des immenses potentialités que recèle le continent. 

Depuis quelques années, on constate de grands efforts et des évolutions notables dans la gestion des affaires en Afrique. En effet, plusieurs pays africains essaient désormais de se frayer un chemin vers la bonne gouvernance en vue d’accélérer le développement économique et industriel.

De plus en plus le mode d’accès au pouvoir demeure l’organisation des élections avec plusieurs candidatures. Quelques fois celles-ci sont gagnées par des opposants au régime sortant et la passation de pouvoir se fait sans heurts. Certes dans certains pays les mentalités n’ont pas suffisamment évolué pour s’aligner sur cette mouvance. Mais cela constitue un motif d’espérance.

Certains pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Ethiopie, le Rwanda, l‘Algérie ou le Ghana dont les efforts commencent à produire des fruits peuvent être considérés comme des moteurs et des exemples en matière de développement. Ces pays peuvent devenir des acteurs puissants sur la scène internationale. Cependant leur voix ne peut être écoutée que si elle est portée par une structure continentale comme l’Union africaine. dans le cadre d’une stratégie globale.

Alors que les ingrédients d’un rassemblement se précisent, il convient de se poser la question de savoir si chaque Africain est conscient de cette exigence d’unité pour bâtir ensemble une puissance qui demain mettra le continent africain au-devant de la scène.

Si le continent africain n’a pas encore pris la place qui devrait lui revenir comme puissance économique, industrielle, et stratégique, c’est parce que son intégration est bloquée par ses élites dirigeantes encore dominées par une conception réductible et individualiste de la gouvernance.  

Le repositionnement de l’Afrique se produira au rythme des réformes qui y sont apportées. L’Afrique de demain est celle qui sera capable de faire entendre sa voix, choisir ses partenaires et établir de nouveaux partenariats gagnant-gagnant. Le risque cependant demeure de ne pas tomber à nouveau sous un autre joug que celui que le continent a connu pendant plusieurs siècles avec l’Europe.

Dans ce contexte, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale qui devrait permettre de renforcer les liens économiques entre les pays africains apparait comme l’une des meilleures solutions. Celles-ci non seulement renforcera les liens interafricains, mais permettra au continent de réduire les pressions extérieures dans le cadre de divers partenariats avec les bailleurs. Le renforcement des liens commerciaux permettra de réduire la dépendance avec l’extérieur.

Le monde vit une période d’incertitude à cause de nombreuses crises qu’il traverse. Ces crises ont considérablement remis en cause l’ordre ancien et crée les bases d’un nouvel ordre mondial. Dans cette nouvelle structuration des équilibres géopolitiques, l’Afrique peut devenir un acteur de poids. Mais ceci n’est possible que si le continent accélère son intégration.

Emmanuel Mbengué

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