Cours du baril : c’est le marché qui fait le prix !

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Le secteur de l’énergie est soumis à une forte incertitude du fait de l’évolution du prix du baril. En quelques années les théories économiques prédisant un baril ne repassant plus jamais en dessous des 100 dollars ont laissé la place à celles qui théorisent un plafond durable à 60 dollars. En trois ans, le baril est passé de 100 dollars en 2014 à un niveau excessivement bas en 2016, insoutenable pour les pays producteurs ; à 40 dollars le baril ($/b), ni la Russie, ni les Etats du Golfe, ne sont en effet en capacité de boucler leur budget. Il a ensuite oscillé entre 45 $/b et 65 $/b en 2017 pour atteindre récemment le seuil des 80$/b. Si le Brent a considérablement rebondi, c’est sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs :

  • une forte croissance de la demande soutenue par les prix bas et par la croissance économique mondiale repartie à la hausse : c’est ainsi que la demande a crû de plus de 5 millions de barils par jour (Mb/j) sur les trois dernières années, deux fois plus vite que les trois années précédentes ;
  • les difficultés de production dans deux pays producteurs significatifs que sont la Libye et le Venezuela qui a connu une forte baisse en 2017 ;
  • une politique coordonnée entre l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) – notamment l’Arabie Saoudite – et la Russie, de contrôle des productions qui a été effectivement mise en œuvre. Réuni fin juin à Vienne, l’OPEP+ a validé une hausse de sa production qui compensera en partie celle des pays membres n’atteignant pas leurs quotas. Cette décision n’a pas pour le moment d’impact significatif à la baisse sur les cours compte tenu notamment des autres évènements affectant l’offre ;
  • les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ravivées par la position récente des Etats-Unis sur l’accord nucléaire iranien.

Il en est résulté un niveau de stock mondial en décroissance, quoique encore un peu élevé en nombre de jours de consommation par rapport aux niveaux d’avant crise. A moyen terme, la plus grande incertitude est liée au rythme et à l’ampleur de la hausse de production du pétrole de schiste aux Etats-Unis soutenue par la hausse actuelle des cours mais qui fait également face à des contraintes en termes d’infrastructures de transport du pétrole et du gaz.

Cette offre supplémentaire sera cependant en partie contrebalancée par la très forte baisse des investissements de ces dernières années dans notre industrie qui va peser à moyen terme sur l’offre et donc pousser les cours à la hausse.

Un ensemble de facteurs qui incitent donc à penser que le prix pourrait se maintenir à un niveau relativement élevé mais l’histoire récente nous a appris à savoir rester prudent. Car comme je le dis régulièrement, nous ne faisons pas le prix du pétrole sur le marché, c’est le marché qui fait le prix.

Pour l’heure, le marché se rééquilibre avec des prévisions offre/demande quasi équilibrées pour 2018, proches de 99 millions de barils. Pour autant, à court terme au moins, je pense que la volatilité va durer mais c’est en fait le lot de toute grande commodité internationale.

Dans ce contexte, l’objectif d’un groupe comme Total est d’être profitable quel que soit le niveau de prix. Dès lors, comment se prémunir contre ce risque de fluctuation des prix que nous ne maîtrisons pas ?

Patrick Pouyanné – Président-directeur général du groupe Total

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