Changement climatique : l’Afrique s’interroge sur sa stratégie agricole

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(BFI) – Avant la COP25 à Madrid, les ministres africains de l’Agriculture se sont réunis au Maroc. Objectif : cibler les questions à affronter du fait du changement climatique.

C’est un fait : l’agriculture fait vivre plus de la moitié des Africains. C’est un secteur clé de l’économie dans tous les pays. La réduction annoncée des surfaces cultivables et des rendements est un défi pour le continent, alors même que sa population doit doubler d’ici à 2050. « Six des dix pays les plus vulnérables au climat sont situés en Afrique, qui possède par ailleurs les deux tiers des terres arables disponibles dans le monde », explique Seyni Nafo à l’Agence France-Presse au premier jour d’une rencontre entre ministres africains de l’Agriculture qui se déroule à l’université de Benguérir, au Maroc.

Nourrir l’Afrique dans un contexte de réchauffement

Pour l’ambassadeur des pays africains auprès des conférences internationales sur le climat, et également secrétaire général de la fondation AAA (Adaptation of African Agriculture to Climate Change) organisatrice de la réunion, il y a urgence. Le continent est victime de chocs climatiques répétés, a souligné Seyni Nafo. Cependant, ce changement climatique n’est pas uniforme sur le continent africain. Il n’y a qu’à observer les phénomènes climatiques qui s’enchaînent actuellement : inondations en Centrafrique, en Afrique de l’Ouest également, sécheresse en Afrique australe, ou encore les incendies de forêts en Afrique centrale. « Déjà seule la sécheresse fait planer une menace de famine sur 45 millions de personnes », a indiqué la FAO, agence de l’ONU chargée de l’agriculture et de l’alimentation.

Dans son rapport du 8 août dernier, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a insisté sur le fait qu’il y avait un problème mondial de désertification, de déforestation et une mauvaise gestion des sols, notamment par l’agriculture.

Une agriculture en prise avec la politique

L’augmentation de la production agricole et alimentaire est d’autant plus cruciale que les disettes engendrent déplacements de population, violences, et bouleversements politiques. Au Soudan, les premières manifestations début 2019 sont venues d’un triplement du prix du pain, et d’une « pénurie de farine », note M. Nafo. En Afrique subsaharienne, les premiers exodes massifs de Touaregs du nord du Mali ont eu lieu après de grandes sécheresses et une dégradation des ressources naturelles dans les années 1970, rappelle-t-il.

Par ailleurs, aucune solution durable ne pourra être trouvée au Sahel, frappé par une montée des conflits intercommunautaires (sédentaires contre nomades notamment), en plus d’une flambée de violences djihadistes, si on ne traite pas la question de fond de la production agricole, relève un expert de l’Agence française du développement (AFD), interrogé par l’AFP. « Il faut rendre l’agriculture et l’élevage plus résilients face au climat, sinon on va au-devant de grandes catastrophes. L’option militaire ne peut pas être une solution unique », ajoute Seyni Nafo. Selon lui, « l’intégrisme religieux » et le djihadisme ont leur « propre dynamique », mais la pression sur les ressources comme au lac Tchad par exemple, qui a « beaucoup rétréci en 40 ans », constitue un « terreau fertile » pour la violence et pour les migrations de population.

Quelle stratégie agricole pour demain ?

La revendication africaine de développer son agriculture se fonde aussi sur le fait que le continent émet beaucoup moins de gaz à effet de serre que les autres (à peine 4 % du total). Sur le plan local, certaines initiatives vont dans la bonne direction avec des actions visant à protéger les forêts naturelles, à restaurer les zones humides et à promouvoir des pratiques agricoles durables, mais les défis restent énormes. À l’échelle continentale, le défi consiste à élargir l’accès à l’énergie tout en limitant l’utilisation de combustibles fossiles et à améliorer les rendements agricoles afin de garantir la sécurité alimentaire d’une population croissante sans pour autant nuire aux sols et à la biodiversité. À quelques semaines de la prochaine conférence sur le climat, COP25, qui aura lieu du 2 au 13 décembre à Madrid, les débats se focalisent sur les pistes de solutions durables. Quatre pays : Côte d’Ivoire, Mali, Maroc, et Zambie ont déjà élaboré des plans d’investissements prioritaires, de 300 à 400 millions de dollars chacun.

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