(BFI) – Dans un contexte d’inflation importée, de volatilité des marchés internationaux et de hausse des coûts de production, le gouvernement fait le choix de maintenir, dans la Loi de finances 2026, certaines subventions, notamment sur les carburants et l’électricité. L’objectif est d’éviter une hausse brutale des prix à la pompe et des factures d’énergie, qui aurait un effet en cascade sur les transports, l’alimentation et les services. Ce maintien amortit la pression immédiate sur les ménages, mais alourdit la contrainte budgétaire : l’État continue de supporter une part importante du coût réel de l’énergie, au détriment d’autres politiques sociales.
Sur le front de l’alimentation, la Loi de finances 2026 n’introduit pas de changement majeur. Certaines exonérations et des allègements fiscaux sur les intrants agricoles sont reconduits pour soutenir la production locale et limiter la dépendance aux importations. L’ambition affichée est de produire davantage pour réduire les tensions sur les prix. Dans les faits, les consommateurs continuent de constater des hausses sur les marchés, liées notamment aux coûts de transport, aux aléas climatiques et aux difficultés de stockage.
Le budget peut soutenir l’offre, mais il ne suffit pas à corriger les dysfonctionnements structurels des circuits de distribution. Dans les grandes villes comme dans les zones périurbaines, l’eau, l’électricité et le transport représentent une part croissante du budget des ménages. Si les tarifs officiels demeurent globalement stables, les pénuries, les coupures et le recours à des solutions alternatives (groupes électrogènes, achat d’eau, transport informel, etc.) renchérissent la facture réelle.
La Loi de finances 2026 prévoit des investissements dans les infrastructures, mais leurs effets sur le quotidien seront progressifs. À court terme, les ménages continuent de supporter ces coûts « invisibles » qui pèsent sur le panier de la ménagère.
Une inflation en recul, mais toujours ressentie
Selon l’Institut national de la statistique (INS), les prix à la consommation ont augmenté de 0,3 % en octobre 2025 par rapport à septembre, d’après la note mensuelle publiée le 9 janvier 2026. Cette évolution est principalement attribuée à la hausse de 0,6 % des prix des produits alimentaires, portée par le renchérissement des légumes, des huiles et graisses, ainsi que des viandes. Dans le détail, la hausse concerne notamment les légumes frais (oignons, tomates, carottes, poivrons), l’huile de palme brute et les noix de palme, ainsi que les viandes comme le poulet de chair vivant et le poulet local sur pieds.
La progression touche aussi les poissons et fruits de mer, qu’ils soient fumés, séchés ou frais (bar, silure, carpe, dorade, capitaine). En glissement annuel, l’inflation s’établit à 2,8 % en octobre 2025, un niveau identique à celui de septembre et nettement inférieur aux 4,5 % enregistrés un an plus tôt. Sur douze mois, l’inflation moyenne recule à 3,7 %, soit une baisse d’un point par rapport à octobre 2024, même si elle demeure légèrement au-dessus du seuil communautaire de 3 % fixé par la CEMAC.
Dans cette dynamique, les produits alimentaires (+7,0 %) et les services de transport (+4,2 %) restent les principaux moteurs de la hausse des prix, pesant lourdement sur le budget des ménages. Au final, la Loi de finances 2026 agit davantage comme un amortisseur que comme un levier de transformation : elle évite une dégradation brutale du pouvoir d’achat, sans se traduire par une amélioration sensible du niveau de vie. Pour de nombreux ménages, le sentiment dominant reste celui d’une stagnation, les revenus progressant moins vite que les dépenses et chaque hausse, même limitée, étant immédiatement ressentie.
Au-delà des chiffres, le pouvoir d’achat demeure un enjeu social et politique central, conditionnant l’accès à l’alimentation, à la santé, à l’éducation et à une vie décente. Sans relance plus forte de la production locale, amélioration durable des infrastructures et création massive d’emplois, le panier de la ménagère restera sous pression.




