Camair-co, entre incertitude et espoir

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CamairCo
(BFI) – L’entreprise, qui pourrait se retrouver au garage, est sous la menace de plusieurs suspensions par des instances internationales, ne compte plus que deux aéronefs opérationnels, ploie sous les arriérés de salaires, et ne parvient plus à régler certaines factures courantes… Mais pendant que l’Asecna menace de suspendre les services de la compagnie aérienne nationale, Camair-Co lorgnerait vers Airbus pour densifier sa flotte.

Selon des informations dont nous avons pu nous saisir, Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co) serait au bord de la faillite. La compagnie nationale de transport aérien traverse une grande zone de turbulences. Financièrement à l’agonie, elle n’arrive plus à éponger ses dettes et créances. Il y a une dizaine de jours, SITA, entreprise chargée de l’hébergement du système de réservation et de gestion des enregistrements a menacé de la suspendre : pendant plus de 24 heures, aucun billet n’a été émis sur les réseaux domestique et régional de la compagnie. « Une première depuis le début des opérations de Camair-Co en mars 2011 », commente-t-on.

Cette menace a précédé celle de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et Madagascar (ASECNA), qui réclamait 107 millions de FCFA d’arriérés sur les prestations à la société camerounaise. Ces retards de paiement n’étaient pas effectués jusqu’en fin septembre. Camair-Co accumule en tout cas les dettes un peu partout. Sans mentionner le montant exact des impayés, nos sources soulignent que la compagnie est, par exemple, dans l’incapacité de payer les factures d’hôtel pour le personnel naviguant. C’est dire le niveau de déficit de liquidités auquel elle fait face.

Curieusement pendant ce temps, précisément, le 25 septembre dernier, l’usine d’assemblage des aéronefs Airbus A220 de Montréal, au Canada, a reçu deux hôtes camerounais. Il s’agit de Jean Ernest Ngallé Bibéhé, le ministre des Transports, par ailleurs PCA de Camair Co ; et de Louis Georges Njipenji Kouotou, le directeur général. Selon certaines sources, ces deux responsables du top management de Camair-Co devraient poursuivre des discussions avec les responsables d’Airbus, après la visite de l’usine d’assemblage de Montréal, dans l’optique d’aboutir à un contrat de location ou d’achat d’aéronefs auprès du constructeur européen. Après l’Américain Boeing, le principal fournisseur de la compagnie aérienne jusqu’ici, Camair-Co pourrait donc se retourner vers Airbus. Sa flotte deviendrait dans ce cas l’une des plus diversifiées sur le continent. Avec à la fois des aéronefs de chez Boeing, Airbus, Bombardier, Avic International (MA 60) et plus récemment Embraer, le constructeur brésilien.

La météo est d’autant plus contraignante pour l’Etoile du Cameroun que sa flotte aérienne serait considérablement réduite. La compagnie annonce officiellement détenir six appareils : un Boeing 767-300 ER, « Le Dja » avec une configuration de 30 places business et 180 places en classe économique ; deux Boeing 737-700 avec une configuration de 12 places business et 116 places en classe économique, utilisés en leasing au départ, et propriété de la compagnie depuis le 19 avril 2017 ; deux MA60, « The Mantung » et « Le Logone », avec une configuration de 45 places ; et un Q400 avec une configuration de 78 places. Des sources internes indiquent cependant qu’elle ne dispose plus que deux avions opérationnels : un Q400 de 78 places et un MA60 de 48 places.

L’environnement du travail reste pour sa part délétère. Il plane sur Camair-Co un nouveau mot d’ordre de grève de la part des syndicalistes, surtout que le directeur général a refusé, récemment, de rencontrer les délégués du personnel, pour discuter de la situation peu reluisante des employés. Lesquels, selon leurs déclarations, accusent plusieurs mois d’arriérés de salaires s’élevant à plus d’un milliard de francs CFA. Ils dénoncent également le top management de ne pas verser normalement les cotisations dues à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), et de n’avoir pas renouvelé leur assurance maladie suspendue depuis plusieurs mois par la compagnie Zénith.

Ces nouvelles révélations tombent après les grandes annonces des dirigeants de la compagnie à capitaux publics. Louis-Georges Njipendi Kouotou et son équipe festoyaient récemment des résultats de la « Transahélienne », ligne desservant Maroua et Ngaoundéré à partir de l’aéroport de Garoua et qui avait enregistré quelque 2 000 passagers deux semaines après son lancement. Ils avançaient aussi un chiffre d’affaires en augmentation de 341 millions de FCFA à 937 millions de FCFA de mai à juillet 2019, soit une hausse de 150%. Des statistiques d’exploitation que certains en interne estiment avoir été « grossièrement surestimées ».

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