Banque mondiale : Probablement un autre Américain à la tête de l’insitution

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“Un processus de sélection transparent, ouvert et basé sur le mérite”: la Banque mondiale assure que c’est ainsi qu’elle compte choisir son futur président, mais l’idée qu’un Américain succédera à un Américain, de manière immuable, fait peu de place au doute.

L’institution, dont la vocation est de réduire la pauvreté dans le monde, doit ouvrir officiellement jeudi le processus de dépôt de candidatures. Il durera jusqu’au 14 mars, pour une annonce prévue avant mi-avril. Avant même l’échéance, un nom revient partout: celui de David Malpass. Ce sous-secrétaire au Trésor américain, chargé des affaires internationales, est connu pour avoir blâmé devant le Congrès en 2017 la Banque mondiale de “continuer à prêter d’importantes sommes d’argent à des pays” comme la Chine pourtant deuxième puissance économique mondiale.

La Banque mondiale attend de la part des prétendants à la succession de Jim Yong Kim, Américain d’origine sud-coréenne qui a démissionné avant la fin de son mandat, une solide expérience de direction d’une grande organisation internationale, le sens de la diplomatie et de l’impartialité.

De fait, depuis sa création en 1944, un Américain a toujours été nommé à la tête de la Banque mondiale et un Européen à la direction du Fonds monétaire international (FMI) selon un partage des rôles de plus en plus contesté par les pays émergents. “Cette fois-ci, toute la question est de savoir si les Européens –qui ne veulent pas d’un pro-Trump– sont prêts à ne pas soutenir le candidat américain et donc à rebattre les cartes en prenant le risque de perdre la direction du FMI quand Christine Lagarde s’en ira”, résume une source européenne.

Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI, doute que les Européens soient prêts à prendre un tel risque. “Ils ont toujours besoin” du FMI, estime-t-il, soulignant que ces pays ne sont pas à l’abri d’une nouvelle crise grecque. Il argue en outre qu’ils sont d’autant plus disposés à faire des concessions sur la présidence de la Banque mondiale que le poste est bien moins influent que celui de directeur général du FMI. Le président de la BM a un mandat de 4 ans.

Un désastre annoncé ?

Les pays en voie de développement semblent avancer en ordre dispersé. “Il y a six ou huit ans, ils apparaissaient davantage comme un bloc cohérent”, souligne M. Johnson. Pourtant, il voit des pays qui auraient des candidats de qualité, à l’instar de l’Inde, avec l’économiste et ancien directeur de la Banque centrale Raghuram Rajan. Un autre nom est régulièrement cité par des experts: celui de l’Indonésienne Sri Mulyani Indrawati, directrice générale de la Banque mondiale chargée des opérations. Mais pour l’heure, tous les yeux sont rivés vers l’administration Trump, particulièrement critique envers l’institution, qui doit révéler mercredi son poulain.

Si la Maison Blanche venait à confirmer David Malpass, elle signifierait sa volonté de faire évoluer le fonctionnement de l’institution.

C’est la fille et conseillère de Donald Trump, Ivanka, qui supervise le processus de sélection, aux côtés du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin ainsi que du directeur du budget à la Maison Blanche Mick Mulvaney.

Avant même sa nomination officielle, David Malpass suscitait une volée de critiques virulentes notamment de la part de Paul Krugman. Dans une série de tweets mardi, le Nobel de l’Economie, graphique à l’appui, fait part des erreurs de jugements de l’intéressé avant la crise financière de 2008. “David Malpass serait un désastre, un choix toxique”, avait tweeté, le 31 janvier, Tony Fratto, ancien porte-parole de la Maison Blanche sous George W. Bush. “Ce n’est pas le candidat préféré des Européens”, souligne plus sobrement la source européenne, gardant l’espoir que la présence d’Ivanka Trump, considérée comme une voix modérée de l’administration américaine et l’une de celles écoutées par son père, puisse infléchir le choix au dernier moment. En outre, elle bénéficie d’un certain crédit auprès de la Banque mondiale: elle s’était directement impliquée en 2017 dans le lancement par l’institution d’un fonds pour favoriser la création d’entreprises par des femmes dans les pays en voie de développement.

D’autant que face à David Malpass, Mohamed El-Erian, chef économiste du groupe européen d’assurances Allianz ferait consensus. Cet économiste respecté a trois nationalités: américaine, égyptienne et française. “La question est de savoir si les autres nations (…) vont laisser l’administration Trump saper une importante institution mondiale”, a réagi Justin Sandefur, du Center for Global Development. “Ils ont le choix. C’est un simple vote à la majorité, les Etats-Unis ne disposent pas de droit de veto et il y a plein de bien meilleurs candidats”.

AFP

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