Banque mondiale : cap sur le capital humain

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Hafez
(BFI) – Ce sont quelque 15 milliards de dollars que l’institution de Bretton Woods entend mobiliser dans les années à venir pour faire de la démographie un atout de développement du continent africain.

Établie à 2,8 % cette année au lieu de 3,3 %, la croissance de l’Afrique subsaharienne sera plus lente que prévu d’après les derniers chiffres de la Banque mondiale. Conjoncture internationale peu favorable, dépendance aux matières premières, décrochage des monnaies par rapport au dollar américain… Les risques qui pèsent sur l’économie du continent sont nombreux, et ralentissent son développement. Pour être moins vulnérable et perméable à ces menaces, l’institution de Bretton Woods se propose de miser sur le capital humain de l’Afrique.

Et pour l’aider dans cette démarche, la Banque mondiale ne lésinera pas sur les moyens. Un investissement de près de 15 milliards de dollars – sous forme de dons et de financements concessionnels – est prévu entre 2021 et 2023. Soit une augmentation de 50 % de ses investissements actuels dans le capital humain en Afrique. L’annonce a été dévoilée à Washington lors d’une conférence autour du thème « le développement du capital humain en Afrique : façonner l’avenir d’une génération ».

Des avancées insuffisantes

« L’atout maître d’un continent, quel qu’il soit, ce sont les individus qui y vivent », a d’ailleurs déclaré Hafez Ghanem (photo), vice-président de la Banque pour la région. Et pour cause, l’Afrique est la région du monde qui affiche le meilleur « retour sur investissement » dans l’éducation : chaque année supplémentaire de scolarité entraîne en effet une hausse de revenu de 11 % pour les hommes et de 14 % pour les femmes. Des chiffres encourageants lorsque l’on sait que le nombre d’étudiants y a doublé depuis le début du millénaire. Dans le domaine de la santé, là aussi, de nombreux pays africains ont progressé et ont su protéger leur capital humain. Le Rwanda a par exemple fait reculer son taux de mortalité de 10 % par an entre 2000 et 2017. Un effort suivi par le Sénégal et le Malawi, qui l’ont fait baisser de 6 % annuellement.

Mais le colossal potentiel de l’Afrique en matière de capital humain reste encore inexploité. La preuve, le continent est la région du monde où l’indice dédié établi par l’institution – à 0,4 contre 0,57 en moyenne sur le reste de la planète – est le plus faible. Cela veut dire qu’un enfant qui naît en Afrique subsaharienne aura à l’âge adulte un niveau de productivité de 40 % inférieur à celui qu’il aurait pu atteindre, s’il avait reçu une éducation complète et était en parfaite santé.

« Si l’ensemble de la population d’Afrique subsaharienne était en bonne santé et bénéficiait d’une éducation de qualité du préscolaire jusqu’au secondaire, le PIB par travailleur de la région serait 2,5 fois supérieur à son niveau actuel », a déploré Hafez Ghanem. Un capital humain délaissé influe donc directement sur la productivité économique. Et les gouvernements ne s’en soucient guère. Les dépenses publiques dans les secteurs qui participent au développement du capital humain « sont plus faibles qu’ailleurs dans le monde », excepté en Asie du Sud, d’après la Banque mondiale.

Ce que prévoit le Plan

Et pourtant « donner à sa jeunesse et aux travailleurs de demain les moyens d’exploiter pleinement leur capital humain, c’est la clé pour permettre aux Africains d’accéder à un monde riche en opportunités et en promesses, et pour obtenir le meilleur des “retours sur investissement” », a souligné Hafez Ghanem. Les investissements du « Plan de la Banque mondiale pour le capital humain en Afrique » ont donc pour objectif « d’aider les gouvernements à créer les conditions propices » à une éducation de qualité à des enfants en bonne santé, qui plus tard, auront les compétences adéquates pour entrer sur le marché du travail.

La Banque propose ainsi un plan d’attaque en cinq points. Celui consacré à l’éducation promet des investissements aux gouvernements qui œuvreront pour l’allongement de la scolarité et l’amélioration des résultats scolaires. Une amélioration de 20 % des résultats scolaires des filles et des garçons à l’école, couplée à une réduction drastique des retards de croissance observée chez 11 millions d’enfants, permettrait à terme d’augmenter de 13 % la productivité de la future génération de travailleurs. Et donc d’insuffler un bel élan économique dans les pays concernés. Des engagements déjà tenus par 22 pays africains, comme le Sénégal, le Rwanda, le Mali ou encore le Kenya et l’Éthiopie. Mais le chemin est encore long : les dépenses publiques dans les secteurs qui participent au développement du capital humain sont – excepté en Asie du Sud – plus faibles en Afrique qu’ailleurs dans le monde.

Le Point Afrique

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