(BFI) – Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND-30) mentionne un arrêt d’activité de la cimenterie Medcem Cameroun, implantée à Douala, sur la période 2020-2025. Le document officiel ne précise ni les causes exactes, ni la chronologie de cette interruption.
Selon des informations recoupées auprès de sources proches du dossier, l’arrêt effectif de l’usine serait intervenu en novembre 2023 — et non dès 2020, comme le laisse entendre le rapport. D’après plusieurs indiscrétions concordantes, l’interruption serait principalement liée à la vulnérabilité du site d’implantation, exposé à des inondations récurrentes. Ces épisodes auraient détérioré des volumes importants de matières premières, compliquant la poursuite immédiate de la production.
« Le dernier incident majeur que nous avons connu est survenu à la suite de fortes pluies torrentielles, qui ont détruit une part significative de nos matières premières. Le magasin de bois s’est complètement effondré », explique une source interne. À ces difficultés s’ajoutent des contraintes d’infrastructures attribuées aux travaux de génie civil réalisés en amont par le Port autonome de Douala (PAD). « La route à un niveau supérieur à celui de l’usine. Lors des fortes pluies, les eaux provenant du PAD envahissent désormais le site industriel, allant jusqu’à inonder certains bureaux. Dans ces conditions, il n’était plus judicieux de poursuivre les activités », précise la même source.
À l’époque, le top management a envisagé des mesures techniques et organisationnelles en vue d’une relance. Mais l’arrêt s’est traduit par des conséquences sociales significatives : une partie du personnel a été placée en chômage technique et un service minimum serait maintenu sur le site, selon les informations recueillies.
Un investissement de 13 milliards de FCFA et des avantages fiscaux
Issue d’un joint-venture entre le groupe turc Eren Holding et la chaîne camerounaise de quincailleries Quifeurou, Medcem Cameroun a été inaugurée le 16 décembre 2016 à Douala. L’entreprise affichait l’ambition de devenir, en moins de deux ans, le deuxième acteur du marché local. Dotée d’une capacité initiale de 600 000 tonnes, extensible à 1 million de tonnes par an, la cimenterie entendait concurrencer Cimencam et Dangote Cement, en misant sur un prix annoncé de 4 550 FCFA le sac de 50 kg et sur la qualité.
Le projet représente un investissement estimé à 13 milliards de FCFA, avec 250 emplois directs et 700 emplois indirects. L’entreprise a aussi bénéficié des incitations prévues par la loi de 2013 sur l’investissement privé au Cameroun, incluant des exonérations fiscales comprises entre 5 et 10 ans, en phase d’installation comme d’exploitation.
Dans un contexte où la SND-30 érige l’industrialisation en levier de croissance et d’emploi, la persistance du dysfonctionnement — plusieurs années après l’installation de l’usine — met en évidence, selon le texte, la nécessité d’un suivi post-investissement, au-delà de la seule phase d’agrément et d’incitation.




