Après le coronavirus, renforcer l’investissement privé étranger en Afrique

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Nicolas Bouzou, économiste

(BFI) – Le business n’est pas l’ennemi du bien et les entreprises étrangères ne sont pas les ennemis des nations africaines. En économie, il est souvent aisé d’aligner les intérêts des uns et des autres. Le continent doit maintenant relever le défi de l’internet à haut débit, tant au niveau des infrastructures fonctionnelles que des compétences. Ce sont les conditions préalables à une nouvelle vague d’amélioration de la compétitivité des entreprises africaines, encore plus nécessaire qu’avant la crise sanitaire mondiale (COVID-19).

Quelles que soient les conséquences économiques du Coronavirus en Afrique, le continent sera touché. Soit directement parce que, sur place, les responsables politiques devront prendre des mesures de réduction des déplacements et de regroupement des personnes. Soit, indirectement, parce que les économies africaines seront affectées par la baisse des exportations vers l’Asie et l’Europe, ou/et que les investissements étrangers se raréfieront. Cette dernière crainte semble déjà se matérialiser à l’image de l’économie sud-africaine qui se confronte à des difficultés liées à la pandémie faisant chuter la bourse de Johannesburg à 12%, son plus bas niveau depuis 2013. Si elle se confirme, elle aboutira à un équilibre perdant/perdant pour tous les partenaires. Pour l’Afrique bien sûr, en remettant en cause la forte croissance observée ces dernières années avec, dans plusieurs pays, des résultats positifs concrets sur la réduction de la pauvreté. Pour l’Asie et l’Europe aussi, zones pour lesquelles les relations avec les entreprises africaines ont, dans un passé récent, contribué au développement de chaînes de valeurs globales et compétitives.

Le nécessaire renforcement de l’attractivité des pays

Pour ces raisons, les Gouvernements africains doivent renforcer leur attractivité aux investissements étrangers. Sur le continent comme ailleurs, la stabilité juridique et réglementaire et la tempérance fiscale permettent d’attirer les capitaux à long terme venus d’ailleurs, ce qui en retour renforce la compétitivité internationale des économies africaines. Ce sont ces bonnes politiques qui, depuis la fin des années 1990, ont permis, par exemple, le développement de la téléphonie mobile sur le continent. Orange CI s’est par exemple positionnée comme un opérateur engagé pour le développement de la Côte d’Ivoire et de la sous-région. Huawei a installé sur le continent 200 000 kilomètres de fibre optique, 50% des réseaux 3G et 4G.

Cela a évidemment eu des répercussions directes positives en matière de valeur ajoutée des écosystèmes africains, d’emplois, mais aussi de bien-être. L’utilisation du mobile et du numérique a accéléré la modernisation de plusieurs secteurs, dont la finance, l’agriculture et la santé comme en témoignent des réussites d’entreprises comme le groupe bancaire NSIA ou la startup logistique KeyOpsTech. Selon le rapport GSMA 2018 sur l’économie numérique africaine, les technologies mobiles ont contribué à hauteur de 7,1 % du PIB de l’Afrique subsaharienne, soit 110 milliards de dollars. L’information en temps réel des agriculteurs sur les cours des produits sur les marchés ou le porte-monnaie électronique a déjà changé le quotidien de millions d’Africains. L’économie du savoir va se démocratiser, avec l’augmentation de l’accès à Internet et la réduction des coûts, notamment dans les pays enclavés.

Le business n’est pas l’ennemi du bien

Le business n’est pas l’ennemi du bien et les entreprises étrangères ne sont pas les ennemis des nations africaines. En économie, il est souvent aisé d’aligner les intérêts des uns et des autres. Le continent doit maintenant relever le défi de l’Internet à haut débit, tant au niveau des infrastructures fonctionnelles que des compétences. Ce sont les conditions préalables à une nouvelle vague d’amélioration de la compétitivité des entreprises africaines, encore plus nécessaire qu’avant la crise sanitaire mondiale.

Ce discours de confiance dans l’avenir des relations entre les pays africains et les secteurs corporate en Asie et en Europe est aussi à destination des entreprises. Car le marché des services en Afrique reste promis à un potentiel de croissance significatif, la crise actuelle laissant des traces indélébiles, et pas toutes négatives. En effet, les services de télémédecine, d’éducation à distance et de visio-conférences sont amenés à exploser sur le continent, d’autant que la classe moyenne continue de progresser. Les services privés affichent globalement un potentiel de croissance significatif. L’activité du secteur privé continue en outre d’être dynamisée par la tendance au renforcement de l’investissement et à l’assouplissement des réglementations dans le secteur des infrastructures.

Un nombre croissant de pays, tels que l’Égypte et la Côte d’Ivoire, peuvent déjà se prévaloir d’hôpitaux privés d’excellence réputation, d’établissements scolaires à financement public et à gestion privée, et de nombreuses sociétés de services à forte valeur ajoutée, aussi bien locales qu’étrangères. Il s’agit maintenant d’aller plus loin afin, non seulement, de limiter les dégâts liés à la crise actuelle, mais aussi de tabler sur les changements structurels à l’œuvre pour en faire des opportunités économiques.

Nicolas Bouzou, économiste

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