Antoinette Sayeh, une pionnière au Fonds monétaire international

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Antoinette Sayeh
(BFI) – Première Africaine directrice générale adjointe du Fonds monétaire international, la Libérienne a été mise sur orbite par Kristalina Gueorguieva en personne.

Ce 16 mars était jour de rentrée pour Antoinette Sayeh. L’économiste libérienne, 61 ans, compte désormais parmi les quatre directeurs-adjoints du Fonds monétaire international (FMI). Une première, car jamais une Africaine n’avait occupé ce poste avant elle. Un Africain en revanche y a déjà fait ses preuves en 1994 : Alassane Ouattara, l’actuel président de Côte d’Ivoire. C’est dire si la responsabilité de la fonction est grande. Mais pour Kristalina Gueorguieva, Antoinette Sayeh a toutes les qualités pour l’honorer.

C’est d’ailleurs elle qui a proposé son nom, après les départs annoncés début février de Carla Grasso et David Lipton. Ce qui l’a rassurée et a motivé sa décision ? « Une combinaison rare [chez Antoinette Sayeh] de leadership institutionnel, de capacités analytiques approfondies et d’engagement indéfectible envers l’équité », affirme la patronne du FMI. « J’ai toujours été impressionnée par son souci sincère du bien-être des personnes que nous servons et sa capacité à les placer au centre de nos efforts », a-t-elle ajouté.

Généreuse… mais intransigeante

Des qualités que la nouvelle directrice adjointe a déjà mis au service de l’institution, de juillet 2008 à 2016. À l’époque, Antoinette Sayeh est à la tête du département Afrique et est donc chargée des relations du FMI avec le continent. Son mandat ne sera pas de tout repos. Fin 2013, l’épidémie d’Ebola, d’abord déclarée en Guinée, gagne peu à peu toute l’Afrique de l’Ouest. Le nombre de décès liés à la maladie, très contagieuse, grimpent rapidement. Deux ans plus tard, le bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est lourd : Ebola a fait plus de 11 000 morts. À ce triste constat se greffent de lourdes conséquences économiques. Le 12 janvier 2015, la Banque mondiale chiffre à 32,6 milliards de dollars les pertes économiques, sur deux ans, pour les trois pays les plus touchés, à savoir la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia.

La situation déclenche une réaction inédite de la part du FMI et du département Afrique d’Antoinette Sayeh. Cent millions de dollars sont débloqués sous forme de dons. Objectif : permettre à ces trois pays d’effacer la dette et les intérêts qu’ils doivent à l’institution. Si Antoinette Sayeh sait donc faire preuve de solidarité dans les temps difficiles, elle peut aussi se montrer intransigeante quand la situation l’exige. Ainsi, en 2016, après la révélation de la dette cachée du Mozambique (1,378 milliard de dollars), le FMI suspend immédiatement son aide. Une décision prise « en attendant une transparence totale et une évaluation des faits », avait exigé à l’époque la cheffe du Département Afrique.

Des compétences dédiées au Liberia

Cette « diplomatie tranquille et efficace », sa « capacité d’analyse exceptionnelle et sa maîtrise sans pareil des problématiques du continent », dixit Christine Lagarde en 2016, Antoinette Sayeh les a également mises au service de son propre pays, le Liberia. En 2006, la voilà qui intègre le gouvernement d’Ellen Johnson Sirleaf et prend le portefeuille des Finances. Mais après quatorze ans de guerre civile, l’économie du pays est à bout de souffle.

Là aussi, la tâche est ardue. Mais la ministre, qui a fait ses gammes 17 ans durant au sein de la Banque mondiale – elle a notamment été directrice des opérations pour le Bénin, le Niger, le Togo et l’Afghanistan –, se démène pour sortir son pays de la crise. Et son travail paie. Avec l’aide du FMI, qui fin 2007 débloque 842 millions de dollars à destination de Monrovia, elle parvient à apurer les dettes du Liberia auprès des institutions de Bretton Woods et de la Banque africaine de développement (BAD). 

Avec Antoinette Sayeh, le Liberia accède donc à l’Initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) destinée à soutenir les États les plus faibles. Toujours dans le souci de relancer l’économie de son pays, cette titulaire d’un doctorat en économie formée à la Fletcher School de l’université américaine de Tufts gère en outre les négociations avec le Club de Paris et œuvre à l’élaboration de la première Stratégie de réduction de la pauvreté. Une ténacité et un volontarisme qui ont permis de « considérablement renforcer les finances publiques du Liberia tout en promouvant la réforme de la gestion des finances de l’État », souligne le FMI.

Un challenge important à relever

En la nommant à sa direction, l’institution de Bretton Woods se dote d’une dirigeante dont les compétences ne sont plus à prouver. L’ancienne ministre « a servi son pays avec diligence, efficacité et honnêteté » sans chercher, au contraire d’autres fonctionnaires, à s’enrichir, peut-on lire dans le journal libérien The Daily Observer. Mais les défis auxquels devra faire face cette membre émérite du Center for Global Development (CGD) sont considérables. En plus de la dette, qui menace sérieusement de plus en plus de pays africains, Antoinette Sayeh devra faire face aux très lourdes conséquences économiques du coronavirus dans le monde. Le mandat s’annonce compliqué. Une occasion de plus, pour cette économiste reconnue, de faire ses preuves. Et de suivre, peut-être un jour, le chemin de son prédécesseur Alassane Ouattara. Dans ce cas, elle devra avoir l’ambition de présider le Liberia comme l’a fait sa compatriote Ellen Johnson Sirleaf.

Le Point Afrique

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