Afrique : Pour un financement massif des PME

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industrie agroalimentaire au cameroun

(BFI) – Financer davantage les PME africaines – qui font face à un important déficit de financement -, en s’appuyant notamment sur le capital-investissement, permettrait au continent d’améliorer sa croissance.

Un consensus se dégage progressivement sur le fait que la croissance africaine des quinze dernières années, bien que soutenue, n’a pas réussi à améliorer de manière significative les conditions de vie des populations. L’une des raisons est que cette croissance, tirée parles investissements publics dans les infrastructures et les investissements directs étrangers, n’a pas été pour l’essentiel le fait des PME locales.

Si l’essor des PME apparaît donc comme la condition sine qua non d’une croissance inclusive et endogène, sa réalité est tributaire de leur accès à trois ressources, que sont la technologie, le talent (capital humain) et le financement. Ce dernier est celui qui fait le plus défaut à l’Afrique.

Le niveau de financement (dettes, capital, etc.) disponible pour l’État, les entreprises et les ménages ne représente qu’environ 100 % du PIB, soit un ratio quatre fois inférieur à celui d’autres régions.

Au Sénégal, le déficit de financement des PME a été estimé à 516 milliards deF CFA en 2017 et pourrait atteindre 800 milliards de F CFA en 2021

Un déficit de financement

 Au Sénégal, le déficit de financement des PME a été estimé à516 milliards de F CFA (787 millions d’euros) en 2017 et pourrait atteindre 800 milliards de F CFA en 2021. Au Bénin, l’agriculture, qui emploie 50 % de la population active et génère25 % du PIB, ne représente qu’environ 2 % des encours de financement.

L’Afrique est donc un continent sous-financé, et ce sont les PME, plus que les ménages, les États et les grandes entreprises, qui en font les frais.

En investissant massivement dans les infrastructures au cours des dernières années, les pays africains ont par ricochet donné la priorité au financement des déficits publics avec un effet d’éviction important, les banques préférant prêter aux États plutôt qu’aux PME.

Mise en place des dispositifs

L’heure doit désormais être à la mise en place effective de dispositifs permettant de limiter cet effet d’éviction et de drainer en abondance des financements vers les PME pour en faire des champions régionaux.

Au Sénégal, l’Agence de développement et d’encadrement des PME (Adepme), chargée de mettre en œuvre la politique publique d’appui aux PME, et la Sociétégénérale viennent de lancer le programme Envol. Celui-ci s’appuie sur un outilde scoring (évaluation financière) pour réduire l’asymétrie d’information etconstituer un vivier de PME dynamiques qui auront un accès privilégié aufinancement ainsi qu’à un dispositif d’accompagnement non financier (assistancetechnique, formation).

170 milliards de F CFA devraient pouvoir ainsi être mobilisés sur cinq ans au service des PME

Cent soixante-dix milliards de F CFA devraient pouvoir ainsi être mobilisés sur cinq ans au service des PME. Un tel dispositif pourrait constituer un réeltournant si le Sénégal réussit à y associer d’autres banques, le Fonds degarantie des investissements prioritaires (Fongip) ainsi que le Fonds souveraind’investissements stratégiques (Fonsis), dont 20 % des ressources definancement devraient à terme être allouées aux PME.

S’appuyer sur le capital-investissement

L’Afrique devra en outre s’appuyer sur le capital-investissement pour diversifier les outils de financement, comme réussit progressivement à le faire un pays comme le Kenya. Financement alternatif sous d’autres cieux, il permet en effet de résorber le gap de financement en Afrique, d’améliorer la gouvernance des PME (souvent familiales), d’optimiser leur performance opérationnelle en capitalisant sur la transformation numérique et de réussir leur expansion pour éviter le piège de l’enfermement dans des frontières nationales avec des potentiels de marchés très limités, à l’exception de pays comme l’Afrique du Sud et le Nigeria.

Afin d’accélérer l’essor du capital-investissement, les États peuvent mettre en place trois types de dispositifs complémentaires. Il s’agit d’abord d’encourager la création de fonds d’investissement africains et l’engagementd’acteurs institutionnels locaux (assurances, banques, etc.) aux côtés des fonds internationaux qui se déploient sur le continent, tout en améliorant laperception du risque afin d’attirer davantage d’acteurs non africains. Il estensuite important de faire évoluer les cadres réglementaires afin de faciliter la mobilisation de l’épargne nationale.

Enfin, il serait judicieux de mettre en place des incitations pour orienter les investissements dans des secteurs stratégiques comme la santé, l’éducation, l’agriculture ou le numérique.

La Rédaction

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