(BFI) – La Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) s’est fermement engagée à accélérer l’industrialisation, l’agro-industrie et la diversification économique au sein de la zone CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad). Cette ambition s’est concrétisée par une avancée financière majeure sur les marchés internationaux.
Le 13 octobre 2026, la BDEAC a réussi sa première émission obligataire internationale, mobilisant 222 millions de dollars (environ 130 milliards de FCFA). Cet apport représente près de 15 % de la surface bilantielle de la banque. Objectif direct : Accélérer les décaissements en faveur de projets structurants industriels, agro-industriels et d’infrastructures de base. L’opération a été soutenue par l’Africa Finance Corporation (AFC) en tant qu’investisseur d’ancrage stratégique. Parallèlement, un accord de prêt de 30 millions d’euros a été signé avec la BADEA (Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique) pour financer spécifiquement les PME locales.
Toutes ces manœuvres s’inscrivent dans la feuille de route de l’institution, baptisée Plan Azobé. Ce plan repose sur trois piliers fondamentaux notamment l’intégration régionale et la diversification car il s’agit de réduire la dépendance aux matières premières brutes (comme le pétrole) en stimulant la transformation locale et l’industrie manufacturière. La modernisation financière avec l’alignement de la banque sur les normes comptables internationales IFRS afin d’attirer les investisseurs mondiaux et le développement durable pour atteindre l’objectif de 25 % de nouveaux engagements dédiés à des projets écoresponsables d’ici 2027.
Les défis de cette accélération
Malgré ces succès de financement, deux défis majeurs persistent pour transformer ces capitaux en usines concrètes. Le coût du capital : Avec un taux d’intérêt annuel fixé à 7,88 % en euros (après couverture de change) pour l’échéance 2029, la BDEAC devra sélectionner des projets industriels hautement rentables et rigoureusement gérés. Les infrastructures de soutien : L’industrialisation de l’Afrique centrale nécessite de résorber en urgence le déficit énergétique et logistique (transports, électricité), qui reste le principal frein à la compétitivité des entreprises.
Projets prioritaires
Dans le cadre de son Plan Stratégique « Azobé » (2023-2027), la BDEAC concentre ses financements sur des infrastructures lourdes destinées à interconnecter la zone CEMAC et à accroître ses capacités énergétiques. La feuille de route cible notamment la construction de 1 500 km de routes régionales et l’injection de 300 MW d’énergie dans le réseau.
Les projets d’infrastructures prioritaires se répartissent autour de trois grands corridors. Pour faciliter le commerce inter-États et rompre l’isolement des pays enclavés, la BDEAC finance la modernisation des axes routiers transfrontaliers majeurs. L’Axe Congo – Gabon (Corridor Libreville – Brazzaville), la banque soutient activement ce projet d’intégration avec l’allocation d’une enveloppe de 32,7 milliards de FCFA dédiée aux travaux des tronçons reliant Ndendé au Gabon à Dolisie en République Congolaise. Sur l’Axe Guinée Équatoriale – Gabon, la Banque a validé un Financement d’envergure à hauteur de 88,3 milliards de FCFA pour la construction de la route Kogo – Akurenam, reliant directement le sud-est de la Guinée Équatoriale au nord du Gabon.
S’agissant des infrastructures ferroviaires et logistiques, le Plan Azobé accompagne la remise à niveau des infrastructures ferroviaires au Gabon. L’objectif principal est de sécuriser le réseau et de porter la capacité de transport à 16 sillons par jour afin d’absorber l’augmentation des flux logistiques des filières minières, du bois et de l’agro-industrie. La banque mise également sur l’aménagement de grands centres administratifs et économiques régionaux, à l’instar du projet de construction en Partenariat Public-Privé (PPP) d’un immeuble mixte de la Représentation Nationale et pôle multifonctionnel au cœur de Ndjamena au Tchad.
Le plan s’est fixé pour objectif de donner un accès durable à l’eau potable à près de 2 millions de personnes à travers la sous-région d’ici la fin du cycle stratégique. Conformément à l’engagement d’allouer 25 % des nouveaux financements à des projets durables d’ici 2027, la BDEAC privilégie les infrastructures axées sur l’hydroélectricité, les réseaux électriques interconnectés et le développement de l’économie bleue.
Pour consolider la confiance des investisseurs et faciliter de futures opérations sur les marchés internationaux, la BDEAC a annoncé de nouveaux engagements en matière de transparence financière. Elle prévoit notamment l’organisation de conférences semestrielles avec les investisseurs et la publication, à la même fréquence, d’informations sur le soutien de ses actionnaires, la qualité de son portefeuille, ses financements et sa liquidité.
Pour les pays de la CEMAC, cette première levée internationale ouvre ainsi une possibilité supplémentaire de financement des investissements structurants. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, une accélération de leur réalisation. Les retombées dépendront de la capacité de la BDEAC à mobiliser durablement des ressources à des conditions soutenables, mais aussi de la maturité des projets financés et du rythme effectif de leurs décaissements.




