(BFI) – Le Cameroun organisera des audiences publiques du 12 au 17 octobre 2026 concernant le projet de raffinerie d’alumine de Camalco Cameroon, une filiale de la société australienne Canyon Resources. Ce projet s’inscrit dans la volonté du pays de transformer davantage sa bauxite sur place, mais il fait face à des incertitudes concernant la mine censée approvisionner l’usine, dont la date de première expédition n’est plus confirmée.
Le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (MINEPDED) a annoncé ces audiences dans un avis public. Elles porteront sur l’étude d’impact environnemental et social du projet de raffinerie, lié au gisement de bauxite de Minim-Martap, dans la région de l’Adamaoua. Les audiences se tiendront à Ngaoundéré et à Martap, avec des équipes mobiles déployées dans les localités voisines. Les habitants auront accès au rapport d’évaluation et pourront s’exprimer sur les effets environnementaux et sociaux potentiels du projet. Cette consultation constitue une nouvelle étape du processus d’examen, sans pour autant valoir permis de construire ni décision finale d’investissement.
La capacité envisagée pour la raffinerie a évolué au fil des actualisations successives du projet. Lors d’une présentation en avril 2025, Canyon Resources a indiqué travailler sur une étude de faisabilité bancable pour une installation capable de produire entre 500 000 et 2 millions de tonnes d’alumine par an. En janvier 2026, l’étude était réalisée à 45 %. En avril, l’entreprise a fait savoir qu’elle visait à achever l’évaluation au troisième trimestre 2026.
Le gouvernement camerounais a avancé des chiffres plus ambitieux. Le 2 avril 2026, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) a évoqué une raffinerie à Makor dotée d’une capacité annuelle de 2,4 millions de tonnes, un début de construction potentiel en 2027 et un investissement estimé à plus de 2 milliards de dollars. Ces chiffres reflètent les projections du gouvernement et ne correspondent pas nécessairement à la configuration de la raffinerie actuellement soumise à la consultation publique. La date de la première expédition de bauxite reste indéterminée
Les avancées concernant la raffinerie s’inscrivent dans un contexte d’incertitude quant au calendrier de la mine de bauxite de Minim-Martap. En août 2026, Canyon a retiré ses prévisions concernant les premières expéditions de bauxite — initialement attendues pour le quatrième trimestre de l’année — en raison d’incertitudes liées au financement et à la logistique. Cette décision affecte principalement l’extraction et l’exportation de bauxite brute. Les études relatives au projet de raffinerie d’alumine se poursuivent indépendamment. Toutefois, l’installation industrielle dépendrait d’un approvisionnement fiable en minerai, d’infrastructures de transport, d’énergie et d’un financement distinct du budget de développement de la mine.
Pour le Cameroun, l’objectif plus large est de transformer une partie de la bauxite de Minim-Martap en alumine, le produit intermédiaire utilisé pour fabriquer de l’aluminium. La raffinerie pourrait, à terme, approvisionner Alucam, le principal producteur d’aluminium du pays, qui importe actuellement l’alumine nécessaire à ses installations d’électrolyse. Le raffinage sur place permettrait au Cameroun de conserver une part plus importante de la valeur générée par ses ressources minérales, plutôt que d’exporter la bauxite uniquement sous sa forme brute. Canyon Resources met également en avant les caractéristiques du gisement de Minim-Martap. Selon l’entreprise, le minerai présente une teneur élevée en alumine et une faible teneur en silice réactive, des qualités qui le rendent compatible avec plusieurs procédés de raffinage.
Pour l’heure, cependant, les spécifications techniques définitives, le calendrier de construction, le coût et les modalités de financement de la raffinerie restent à définir. Les audiences d’octobre permettront d’examiner publiquement les retombées environnementales et sociales du projet, sans pour autant trancher les questions commerciales et techniques encore en suspens.
Omer Kamga




