(BFI) – À partir du lundi 2 novembre 2026, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) impose l’utilisation obligatoire de sa plateforme d’interopérabilité des paiements instantanés, baptisée PI-SPI, pour toutes les transactions interopérables de monnaie électronique entre particuliers au sein de l’UEMOA. Cette décision marque le passage d’une adhésion volontaire à un cadre contraignant afin de centraliser les flux, d’améliorer l’inclusion financière et d’asseoir le rôle de cette infrastructure centrale.
L’institution d’émission rend obligatoire, à compter du 2 novembre, le raccordement à sa plateforme d’interopérabilité des paiements instantanés, baptisée PI-SPI. Déployée depuis 2024, cette infrastructure couvre les huit pays de la zone franc ouest-africaine et vise à fluidifier les transferts entre banques, établissements de monnaie électronique et institutions de microfinance. Le passage d’un régime d’adhésion volontaire à un cadre contraignant répond à un diagnostic clair : sans masse critique d’acteurs connectés, l’interopérabilité reste une promesse théorique.
Un basculement réglementaire pour l’interopérabilité en UEMOA
En rendant PI-SPI incontournable, la BCEAO entend accélérer la bascule d’un marché encore fragmenté par les silos propriétaires. Les opérateurs de mobile money, les banques commerciales et les acteurs de la microfinance évoluaient jusqu’ici dans des logiques en partie fermées, chacun privilégiant ses propres rails de transfert. La plateforme régionale ambitionne d’imposer une norme commune, où un client d’une banque sénégalaise peut créditer en quelques secondes un portefeuille mobile ivoirien ou un compte bancaire béninois. Le régulateur mise sur l’effet de réseau : plus les émetteurs et récepteurs sont connectés, plus l’infrastructure gagne en pertinence pour les usagers finaux.
Cette obligation s’accompagne d’une révision de la grille tarifaire applicable aux transactions acheminées par PI-SPI. L’institution dirigée par Jean-Claude Kassi Brou cherche un équilibre délicat entre la soutenabilité économique de la plateforme, les marges des émetteurs et l’accessibilité pour l’utilisateur final. La tarification des paiements instantanés constitue l’un des points de friction récurrents sur le continent, les prestataires historiques craignant une érosion de leurs revenus de commissions. La nouvelle grille, dont les paramètres précis devront être examinés par les établissements, redistribue les cartes entre acteurs émetteurs et récepteurs.
De la plomberie des paiements à de nouveaux services financiers
L’inflexion la plus notable réside peut-être dans la formulation même du communiqué. Pour la première fois, la banque centrale désigne explicitement l’émergence de nouveaux usages comme un objectif assigné à PI-SPI. L’infrastructure, pensée à l’origine comme une tuyauterie technique dédiée aux virements instantanés, se voit reconnaître une vocation plus large : servir de socle à des services financiers additionnels. Cette évolution rapproche la plateforme ouest-africaine des modèles indien ou brésilien, où l’infrastructure publique de paiements instantanés a progressivement nourri des couches applicatives nouvelles, du crédit à la gestion de factures en passant par l’identité numérique.
Concrètement, plusieurs chantiers deviennent envisageables à moyen terme. Les paiements de factures standardisés, les requêtes de paiement initiées par le marchand, les transferts programmés ou encore les services d’agrégation de comptes figurent parmi les briques typiquement bâties sur ce type de rails. Pour les fintech régionales, souvent cantonnées à des logiques nationales, la perspective d’un socle régional ouvert redistribue les opportunités. Les jeunes pousses sénégalaises, ivoiriennes ou togolaises pourraient trouver dans PI-SPI un terrain de déploiement transfrontalier à moindre coût d’intégration.
Un pari politique autant que technique
Reste que l’obligation réglementaire ne garantit pas à elle seule l’adoption effective. Les retours d’expérience du GIM-UEMOA, groupement interbancaire monétique de la sous-région, rappellent que la connexion technique précède souvent de longs mois l’utilisation réelle des services par les clients finaux. La qualité d’exécution des établissements, la robustesse des interfaces mobiles et la pédagogie commerciale pèseront autant que le cadre juridique. Par ailleurs, l’articulation entre PI-SPI et les systèmes de mobile money dominants, portés notamment par Orange, MTN, Moov Africa et Wave, demeure un sujet sensible pour les équilibres concurrentiels.
Le calendrier choisi par la BCEAO traduit une volonté d’imprimer un rythme. En moins d’un mois, les acteurs devront se mettre en conformité, documenter leur raccordement et s’adapter à la nouvelle tarification. Pour une zone monétaire de près de 140 millions d’habitants, l’enjeu dépasse la seule modernisation des paiements : il touche à la souveraineté financière régionale, à l’inclusion bancaire et à la capacité de l’UEMOA à bâtir une infrastructure numérique commune compétitive.




