(BFI) – Entre 2020 et 2025, la capacité installée d’électricité du Cameroun est passée de 1 516 à 2 280 MW, portée par l’entrée en service de Nachtigal, mais les retards dans les lignes de transport limitent toujours l’acheminement de ces nouveaux mégawatts.
Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029, présenté par le ministère des Finances en juillet 2026, reprend les données de l’évaluation à mi-parcours de la SND30, selon lesquelles la capacité installée de production d’électricité du Cameroun est passée de 1 516 MW en 2020 à environ 2 280 MW en 2025, soit une progression proche de 50 %, notamment grâce à l’augmentation des capacités hydroélectriques et solaires. Cette progression rapide change la nature du problème électrique camerounais : l’enjeu se déplace désormais de l’ajout de mégawatts vers la capacité du réseau de transport et de distribution à évacuer et à répartir cette énergie vers les grands centres de consommation.
Selon l’évaluation à mi‑parcours de la Stratégie nationale de développement 2020‑2030 (SND30), la principale contribution à cette montée en puissance vient de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, dont les sept groupes de 60 MW ont atteint leur pleine puissance en mars 2025 et qui représente à elle seule près de 30 % de la consommation électrique nationale. La mise en service complète de l’usine de pied de Lom Pangar, d’une capacité de 30 MW destinée à sécuriser le Réseau interconnecté Est, et la meilleure intégration de la centrale de Memve’ele de 211 MW au réseau de Yaoundé depuis 2023 complètent cette montée en charge, aux côtés des fermes solaires de Guider et Maroua, d’environ 18 MWc chacune.
Au‑delà des mégawatts nouvellement installés, la trajectoire camerounaise illustre le basculement d’un modèle centré sur les grands barrages hydroélectriques vers un mix plus diversifié, où les capacités solaires et les ouvrages de régulation comme Lom Pangar jouent un rôle croissant pour sécuriser l’alimentation des réseaux interconnectés.
Un réseau de transport sous‑dimensionné face au choc de capacité
Malgré ces ajouts, les contraintes de transport et de distribution restent le principal frein à la qualité de service et à l’expansion de l’accès dans les différentes régions du pays.
L’expérience de Memve’ele illustre ce décalage : contrairement aux centrales de Songloulou et d’Edéa, qui bénéficient de capacités de régulation du débit de la Sanaga, la centrale de 211 MW de Memve’ele reste fortement exposée aux variations du débit du Ntem. En période d’étiage, sa production peut fortement diminuer et a déjà atteint 0 MW lors de certains épisodes, contribuant alors au déficit du Réseau interconnecté Sud.
La ligne d’environ 50 km reliant la centrale de Nachtigal au poste de Nyom II, au nord de Yaoundé, a été construite à 225 kV. Elle constitue le principal ouvrage d’évacuation de l’électricité produite par la centrale, mais d’autres infrastructures de transport restent nécessaires pour acheminer et répartir cette énergie vers Yaoundé, Douala et les autres pôles de consommation.
La Banque mondiale relève ainsi que plusieurs ouvrages clés, notamment les liaisons Edéa–Nkolkoumou et Nkolkoumou–Nyom II en 400 kV, ainsi que la ligne 90 kV Nyom II–Ngousso, sont nécessaires pour renforcer l’évacuation de l’énergie de Nachtigal et améliorer la répartition de l’électricité dans le Réseau interconnecté Sud.
L’interconnexion Cameroun‑Tchad et le Compact énergétique comme tournants
Au nord du pays, les contraintes de capacité prennent une dimension régionale, avec l’ambition d’exporter une partie des excédents de production vers le Tchad et, plus largement, dans la CEMAC.
Le Projet d’interconnexion électrique Cameroun‑Tchad prévoit une ligne à double circuit de 225 kV entre Nachtigal et Hourou Oussoua‑Ngaoundéré, afin de renforcer l’alimentation du Réseau interconnecté Nord et de permettre, à terme, des transferts vers le Tchad, dans un contexte où la production de Lagdo reste insuffisante pour répondre à la demande locale.
Au 12 août 2025, les données de la Banque mondiale montraient toutefois un retard important sur ce chantier, avec seulement 51 fondations construites, un pylône monté et aucun kilomètre de conducteur tiré, alors que l’objectif pour décembre 2027 est de 580 km de conducteurs, 1 278 fondations et autant de pylônes.
Pour répondre à ces fragilités, le gouvernement a adopté en septembre 2025 un Compact énergétique national dans le cadre de l’initiative Mission 300, document qui chiffre les besoins d’investissement du secteur à environ 12,5 milliards USD, soit près de 7 751 milliards FCFA, avec pour objectif explicite de porter l’accès à l’électricité à 100 % d’ici 2030.
Au‑delà du Cameroun, cette combinaison d’accroissement massif de capacité, de retard dans les réseaux et de structuration progressive d’un marché régional de l’électricité s’inscrit dans une dynamique continentale où l’intégration électrique est devenue un levier central de compétitivité industrielle et de résilience macroéconomique.
Les prochains arbitrages sur les lignes Nyom II et l’interconnexion Cameroun‑Tchad
Les arbitrages budgétaires à venir sur les projets de transport à haute tension vont conditionner la capacité du pays à transformer la hausse rapide de sa puissance installée en accès effectif à l’électricité pour les entreprises et les ménages.
Les priorités portent notamment sur le renforcement du réseau autour de Nyom II, notamment les liaisons Nyom II–Nkolnkoumou et Nyom II–Ngousso, ainsi que sur l’accélération du projet d’interconnexion à 225 kV entre Nachtigal et Wouro Soua, destiné à renforcer la liaison entre les réseaux interconnectés Sud et Nord. À terme, cette infrastructure doit également contribuer à l’acheminement de l’électricité destinée au Tchad dans le cadre du projet d’interconnexion Cameroun-Tchad.




