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La Chine se positionne en force dans l’appel d’offres pour l’aéroport de Bishoftu en Éthiopie

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Les entreprises chinoises sont représentées dans les quatre lots de la première phase du projet, un niveau de présence inégalé par aucun autre pays. Il s’agit notamment de China Communications Construction Company, China Road and Bridge Corporation, China Civil Engineering Construction Corporation et Beijing Urban Construction Group. Toutes sont des entreprises d’État. Elles sont en concurrence avec l’italien Webuild, le français Vinci, le sud-coréen Samsung C&T et les groupes turcs Kalyon et IC Ictas. Aucun grand entrepreneur américain indépendant ne figure sur la liste principale des entreprises présélectionnées pour la construction. La seule entreprise américaine identifiée apparaît à trois reprises en tant que partenaire minoritaire dans un consortium dirigé par des entreprises européennes.

Lancé officiellement en janvier 2026, le projet va au-delà de la simple construction d’un aéroport. Bishoftu est conçue comme une ville aéroportuaire intégrant des plateformes commerciales, logistiques, hôtelières et de maintenance sur une superficie de 35 kilomètres carrés. La première phase vise à accueillir 60 millions de passagers par an d’ici 2030, avant d’atteindre à terme 110 millions.

À titre de comparaison, l’aéroport de Bole, hub actuel d’Ethiopian Airlines, a accueilli environ 12,1 millions de passagers en 2024. Cette augmentation d’échelle est sans précédent sur le continent.

Une domination structurelle, et non un hasard

La forte présence chinoise dans l’appel d’offres de Bishoftu s’inscrit dans une tendance de fond. Depuis 2010, les entreprises chinoises ont régulièrement remporté plus de la moitié de la valeur des grands contrats internationaux d’infrastructures en Afrique, pour un total de 500 milliards de dollars de projets achevés, selon le Centre de politique de développement mondial de l’Université de Boston. L’Éthiopie a reçu à elle seule 14 milliards de dollars de prêts chinois pour ses infrastructures depuis 2005. L’aéroport de Bole a lui-même été modernisé grâce à un financement de la Banque d’import-export de Chine. Bishoftu s’inscrit donc dans une logique d’implication industrielle et financière chinoise déjà bien établie.

Ce modèle présente des limites avérées. Des études montrent que les entreprises chinoises emploient majoritairement des travailleurs locaux sur leurs chantiers de construction en Afrique. Cependant, les postes de direction, d’encadrement et certains postes techniques restent en grande partie occupés par des expatriés chinois, ce qui limite le transfert de compétences aux travailleurs locaux. À Abu Lugna, une localité proche du chantier, les habitants ont déclaré n’avoir reçu ni indemnisation adéquate ni relogement approprié. Les autorités municipales contestent ces allégations.

Selon l’IATA, le trafic aérien africain devrait croître de 4,1 % par an au cours des 20 prochaines années pour atteindre 411 millions de passagers. Dans ce contexte, Bishoftu s’impose comme un atout stratégique pour l’avenir du transport aérien africain, la Chine figurant déjà parmi les acteurs les mieux placés.

Placide Onguéné

Rédaction
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