(BFI) – Le Cameroun négocie une acquisition, estimée à 80 milliards de Fcfa, des participations majoritaires de Globeleq dans deux centrales électriques qui fournissent plus de 20 % de la capacité du réseau interconnecté Sud du pays. Cette acquisition permettrait à l’État de reprendre le contrôle direct d’actifs électriques stratégiques. Les discussions portent sur les participations de Globeleq dans les sociétés exploitant les centrales thermiques de Kribi et de Dibamba.
Le Cameroun poursuit les négociations engagées avec Globeleq en vue de reprendre les participations du producteur indépendant d’électricité dans les sociétés exploitant les centrales thermiques de Kribi et de Dibamba. Aucune offre formelle n’aurait toutefois encore été transmise au vendeur. Une source proche du dossier assure que les négociations « avancent bien » et pourraient être conclues avant la fin de l’année 2026, sauf changement de calendrier ou désaccord sur les modalités financières définitives.
Le périmètre exact des 80 milliards de FCFA reste à clarifier. Il n’est pas encore établi si ce montant correspond exclusivement au prix des actions détenues par Globeleq, s’il tient compte des créances accumulées sur l’ancien distributeur Eneo, devenu Socadel, ou s’il intègre d’autres engagements financiers des deux sociétés.
Une source impliquée dans les discussions évoque le règlement préalable de sommes dues à Globeleq ou aux sociétés de projet, sans en préciser la nature. Cette distinction est déterminante : des factures d’électricité impayées par Eneo, des dividendes déclarés par KPDC et DPDC ou d’éventuels prêts d’actionnaire ne relèvent pas du même traitement comptable et ne peuvent être assimilés au prix de cession des actions.
Deux centrales totalisant 304 MW
L’opération concerne les 56 % détenus par Globeleq dans Kribi Power Development Company (KPDC) et Dibamba Power Development Company (DPDC). L’État camerounais possède les 44 % restants dans chacune des deux sociétés. KPDC exploite la centrale à gaz de Kribi, d’une capacité installée de 216 MW, tandis que DPDC contrôle la centrale à fioul lourd de Dibamba, d’une capacité de 88 MW. L’ensemble représente 304 MW, soit plus de 20 % des capacités du Réseau interconnecté Sud, qui dessert notamment Yaoundé, Douala et la zone industrialo-portuaire de Kribi.
Si les 80 milliards de FCFA correspondent uniquement aux 56 % détenus par Globeleq, cette estimation valoriserait mécaniquement l’ensemble des capitaux propres des deux sociétés autour de 143 milliards de FCFA. Ce calcul ne permet toutefois pas de déterminer leur valeur d’entreprise, qui dépend également de leur endettement, de leur trésorerie, de leurs créances sur Socadel et de leurs besoins d’investissement. L’État devra aussi préciser le schéma de financement envisagé. Le prix pourrait être réglé sur ressources budgétaires, au moyen d’un emprunt, par paiements échelonnés ou selon un montage combinant plusieurs instruments.
Des négociations après plusieurs crises de paiement
Le projet de reprise intervient après plusieurs épisodes de tensions entre Globeleq, Eneo et les autorités camerounaises. En septembre 2024, la centrale à gaz de Kribi avait interrompu sa production sur fond d’impayés évalués à 137 milliards de FCFA. Elle n’avait repris ses activités que le 21 février 2025, après près de cinq mois d’arrêt et la conclusion d’un accord avec le gouvernement. Un nouveau différend est apparu en juin 2026, cette fois sur le terrain fiscal. Après le blocage des comptes bancaires du groupe par l’administration camerounaise, KPDC et DPDC ont retiré les capacités de leurs centrales du Réseau interconnecté Sud. Selon les autorités, cette interruption avait affecté environ 40 % des usagers dans les régions du Littoral et de l’Ouest.
Ces épisodes ont confirmé la dépendance du réseau électrique à l’égard des deux centrales, mais aussi la fragilité du modèle financier reliant les producteurs indépendants au distributeur. Les difficultés de trésorerie d’Eneo, puis de Socadel, ont régulièrement compromis le paiement des factures d’électricité et la capacité des producteurs à assurer la maintenance de leurs installations.
Dès le 5 juillet 2025, l’État avait exercé son droit de préemption afin d’empêcher la cession des participations de Globeleq à un investisseur tiers. Cette décision a ouvert la voie aux discussions actuelles sur une reprise publique.
Une deuxième acquisition après celle d’Eneo
Le rachat projeté s’inscrit dans la reprise en main progressive du secteur électrique. Quelques mois plus tôt, l’État avait acquis pour 78 milliards de FCFA les 51 % détenus par Actis dans Eneo, ensuite rebaptisée Société camerounaise d’électricité (Socadel). Si la valorisation de 80 milliards de FCFA pour les participations de Globeleq est confirmée, les deux acquisitions représenteraient près de 158 milliards de FCFA. Ce total ne prendrait toutefois pas en compte les éventuels impayés à apurer, les dettes supportées par les sociétés, leur recapitalisation ou les investissements nécessaires à la maintenance des centrales.
L’objectif du gouvernement ne se limite pas au contrôle capitalistique. Il souhaite également réduire le coût de l’électricité achetée aux producteurs indépendants. Selon le plan de restructuration du secteur élaboré en mars 2026 par le ministère de l’Eau et de l’Énergie, les contrats conclus avec KPDC et DPDC représentent une charge proche de 8 milliards de FCFA par mois pour Socadel.
Le document envisage une économie mensuelle d’environ 3 milliards de FCFA après la reprise et la renégociation des contrats d’achat d’électricité. Cette baisse représenterait 36 milliards de FCFA par an. Elle ne peut cependant pas être considérée comme acquise tant que le gouvernement n’a pas précisé le mécanisme envisagé : refinancement de la dette, réduction de la rémunération des actionnaires, révision des charges de capacité ou modification des conditions d’exploitation.
Même sous contrôle public, les deux sociétés devront continuer à financer le combustible, la maintenance, les assurances, le personnel, le remboursement des emprunts et les nouveaux investissements.
L’intérêt stratégique de Kribi et Dibamba est établi par leur poids dans l’approvisionnement du Réseau interconnecté Sud. Mais la portée financière de l’opération dépendra de la ventilation des 80 milliards de FCFA évoqués. Tant que le prix des actions, le traitement des créances, les dettes reprises et les besoins d’investissement ne sont pas distingués, le coût réel de cette nouvelle renationalisation reste impossible à mesurer.



