(BFI) – Le 5 août 2026 à Yaoundé, le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Paul Tasong, a reçu en audience Rosalie Matondo, présidente du Conseil des ministres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), dans le cadre d’une mission de plaidoyer dédiée à l’accélération de la mise en œuvre de la libre circulation au sein de l’espace communautaire. Cette rencontre s’inscrit dans les discussions visant à renforcer l’intégration régionale et la facilitation des échanges en Afrique centrale.
Selon les éléments communiqués à l’issue de l’audience, les échanges ont porté sur les progrès déjà enregistrés, mais surtout sur les obstacles persistants qui continuent de freiner les déplacements transfrontaliers et d’entraver les flux commerciaux entre États membres de la CEEAC. La Commission de la CEEAC rappelle de son côté que la libre circulation des personnes, des biens et des services figure explicitement parmi les objectifs structurants de la Communauté, au même titre que la constitution d’un marché régional commun et le développement des infrastructures de connexion.
Pour les autorités camerounaises, la levée des barrières administratives et sécuritaires qui pèsent encore sur la mobilité intrarégionale est désormais abordée comme un levier prioritaire pour dynamiser le commerce intracommunautaire, attirer davantage d’investissements et renforcer la compétitivité des économies d’Afrique centrale. La CEEAC, qui regroupe onze États dont le Cameroun, le Congo, le Gabon et la République démocratique du Congo, porte depuis plusieurs années un protocole spécifique sur la libre circulation et le droit d’établissement de ses ressortissants, mais son application demeure incomplète sur le terrain.
Une libre circulation au service des échanges et de l’investissement
Dans l’architecture de la CEEAC, la libre circulation est conçue comme le socle d’un marché commun appelé à faciliter l’implantation d’entreprises régionales, à fluidifier les chaînes logistiques et à soutenir la montée en gamme des écosystèmes productifs d’Afrique centrale. Pour le Cameroun, déjà engagé dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) aux côtés de la CEEAC, une meilleure mobilité des opérateurs et des marchandises dans la sous-région est perçue comme un préalable pour capter les opportunités de débouchés et de spécialisation créées par les accords commerciaux continentaux.
Des analyses produites au sein de l’administration camerounaise soulignent toutefois que la libre circulation, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires maritimes et terrestres persistants en Afrique centrale, impose une coordination plus étroite entre les dispositifs de sûreté et les engagements d’ouverture des frontières. Les travaux menés avec l’appui de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies ont déjà mis en évidence que, malgré l’adoption de textes sur le papier, la liberté de circulation n’est pleinement effective que dans un nombre limité d’États de la région, au prix de fortes disparités dans les pratiques de contrôle.
Cadre opérationnel en Afrique centrale
Au niveau communautaire, la CEEAC inscrit la libre circulation parmi les priorités de son pilier d’« intégration physique », qui vise à combiner infrastructures de transport et assouplissement des régimes de visas, de résidence et d’établissement afin de matérialiser un espace économique commun. En parallèle, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui partage plusieurs membres avec la CEEAC, poursuit son propre agenda de libre circulation des personnes et des biens, adossé à un marché commun et à une monnaie unique, ce qui crée un besoin de convergence réglementaire entre les deux cadres d’intégration.
À l’échelon continental, le Protocole de l’Union africaine relatif à la libre circulation des personnes, au droit de séjour et au droit d’établissement fournit un horizon juridique commun à toutes les communautés économiques régionales, dont la CEEAC, pour harmoniser progressivement les règles de mobilité et d’installation des travailleurs, des investisseurs et des ménages. Ce même Protocole rappelle que la facilitation des déplacements intra-africains est un instrument central pour soutenir les échanges de biens et de services, la coopération en matière d’investissement et la création d’emplois à l’échelle du continent.
Prochain rendez-vous
La rencontre pourrait contribuer aux discussions en cours sur les modalités d’application des engagements régionaux en matière de mobilité. En réaffirmant sa volonté de « poursuivre ses efforts » aux côtés de ses pairs de la CEEAC pour bâtir un marché régional plus intégré, le Cameroun se place ainsi au centre des discussions qui doivent être inscrites à l’ordre du jour des prochaines réunions ministérielles de la Communauté sur la mobilité et les échanges.
André Noir



