(BFI) – L’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI) prévoit de doubler son capital à 2 milliards USD d’ici deux ans, a déclaré vendredi son directeur général Manuel Moses (photo), lors d’un entretien avec l’agence Reuters. « Notre ambition est d’atteindre 2 milliards de dollars (…) ce qui nous limite, c’est le capital », a-t-il affirmé, précisant que l’opération dépendait de l’entrée de nouveaux actionnaires.
Des discussions sont en cours avec la France, d’autres pays du G7, et une trentaine d’États africains non encore membres, selon M. Moses. L’institution bénéficie d’un soutien politique appuyé depuis le sommet Africa Forward, réuni les 11 et 12 mai à Nairobi. Le président kényan William Ruto y a réclamé sa recapitalisation, la qualifiant de « pilier essentiel » de la nouvelle architecture financière du continent.
Le président français Emmanuel Macron a quant à lui annoncé l’entrée de Paris à son capital, et son appui à une garantie continentale de « première perte », tranche qui absorbe les premiers défauts d’un portefeuille pour abaisser le risque des investisseurs privés. « Ce qu’on veut faire, ce n’est pas apporter de l’aide, ce logiciel est passé », avait-t-il déclaré, sans toutefois chiffrer la contribution française. L’Allemagne avait souscrit deux semaines plus tôt 32 millions USD, pour 3,5 % du capital.
Basée à Nairobi et créée en 2001, ATIDI couvre le risque politique et le risque de crédit pour orienter les capitaux privés vers des projets jugés risqués. Elle est détenue par 24 États africains, dont le Togo et le Bénin figurent parmi les principaux, et par 13 actionnaires institutionnels. Le doublement du capital porterait le volume annuel de garanties à 20 milliards USD, contre une moyenne d’environ 3 milliards ces dernières années, a indiqué M. Moses.
L’institution a dégagé en 2025 un bénéfice de 71,4 millions USD, en hausse de 20 % sur un an, pour 1,06 milliard d’actifs et 883 millions de fonds propres, selon les résultats présentés en juillet à son Assemblée générale. Son exposition totale atteignait 9,2 milliards USD, et elle est notée « A » par Standard & Poor’s et « A2 » Moody’s.
La Banque africaine de développement (BAD) a fait passer cette année sa participation de 3 % à 14 % en injectant 125 millions USD, avec une cible de 10 milliards USD de garanties annuelles. L’opération relève de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), qui vise à mobiliser quelque 4 000 milliards USD d’épargne institutionnelle africaine, pour un déficit de financement estimé à 400 milliards par an. « Le problème de l’Afrique n’est pas l’absence de capitaux, mais la mauvaise tarification du risque africain », déclarait le président de la banque, Sidi Ould Tah, en juillet à Nairobi.
ATIDI a garanti le chemin de fer moderne tanzanien et l’expansion de l’opérateur kényan Safaricom en Ethiopie. Elle a aussi facilité des échanges de dette (debt swaps), opérations permettant de restructurer une dette existante en l’échangeant contre de nouveaux engagements financiers, ainsi que des mécanismes de financement liés à des objectifs de durabilité. Certains analystes estiment toutefois que la priorité devrait aller à l’épargne domestique : le taux d’épargne de l’Afrique subsaharienne avoisine 18 %, moins de la moitié de la moyenne mondiale, selon la Banque mondiale. « Nous devons convaincre ces pays, ces partenaires, d’accélérer leurs procédures », a prévenu M. Moses.



