(BFI) – Le président de la Commission nationale anticorruption du Cameroun (CONAC), le révérend docteur Dieudonné Massi Gams, a appelé à l’adoption d’une loi anticorruption spécifique afin de renforcer la réponse juridique et institutionnelle du pays face à la corruption.
Massi Gams a lancé cet appel lors d’un entretien avec le Cameroon Tribune, le quotidien gouvernemental, à l’issue des activités marquant la 10e Journée africaine de lutte contre la corruption. Il a déclaré que la législation proposée permettrait de lutter contre l’enrichissement illicite, d’améliorer la protection des lanceurs d’alerte et de renforcer les institutions impliquées dans la lutte contre la corruption.
Selon le président de la CONAC, le Cameroun doit actualiser sa politique anticorruption afin de tenir compte des défis actuels et d’améliorer l’efficacité de son application. Il a également proposé d’octroyer à la CONAC des pouvoirs de poursuite, ce qui permettrait à la commission d’engager des poursuites après avoir mené à bien ses enquêtes. « Au niveau de la CONAC, nous sommes fermement convaincus qu’une loi anticorruption peut permettre de traiter des problèmes tels que l’enrichissement illicite, la protection des lanceurs d’alerte et le renforcement des structures impliquées dans la lutte contre la corruption », a déclaré M. Massi Gams. Il a également plaidé pour une mise en œuvre plus rapide des dispositions constitutionnelles relatives à la déclaration de patrimoine.
Bien que cette obligation soit inscrite dans la Constitution camerounaise depuis 1996, les mécanismes nécessaires à son application ne sont pas encore pleinement opérationnels.
Hausse des signalements de corruption présumée
Par ailleurs, Massi Gams a fait état d’une forte augmentation du nombre de cas de corruption présumée portés à l’attention de la CONAC. La commission a reçu 10 520 signalements en 2024, contre 7 548 en 2023, soit une hausse de 39,37 %. Il a interprété cette augmentation comme la preuve qu’un plus grand nombre de Camerounais sont disposés à signaler les actes de corruption présumée et ont davantage confiance dans les mécanismes d’intervention de la CONAC. Les signalements ont été effectués par divers moyens, notamment la ligne téléphonique gratuite de la commission, le courrier administratif, le courriel et WhatsApp.
Cette augmentation ne signifie pas nécessairement que la corruption elle-même a progressé dans les mêmes proportions, car les chiffres reflètent le nombre de signalements reçus et non le nombre de cas confirmés. Elle peut également témoigner d’une meilleure connaissance des mécanismes de signalement par le public.
La Journée africaine de lutte contre la corruption a été célébrée sous le thème « Intensifier la promotion de l’intégrité et la lutte contre la corruption en Afrique ». Massi Gams a déclaré que cette journée était l’occasion d’évaluer les progrès du Cameroun en matière de promotion de l’intégrité et d’identifier les obstacles qui continuent d’entraver les efforts de lutte contre la corruption. Il a identifié la peur et la cupidité comme les principaux moteurs de la corruption. Si la crainte de poursuites judiciaires ou d’atteinte à son intégrité personnelle peut dissuader certaines personnes de se livrer à des pratiques corrompues, la cupidité, quant à elle, continue d’en pousser d’autres à commettre de tels actes. Il a soutenu que le Cameroun devait promouvoir une culture dans laquelle les ressources et les services publics sont gérés pour le bien commun et non pour le profit personnel.
Pertes financières supérieures à 4 milliards de Fcfa
La corruption continue également d’avoir un impact mesurable sur les finances publiques du Cameroun. Selon le Rapport 2024 de la CONAC sur la situation en matière de lutte contre la corruption, les pertes liées à la corruption pour l’État ont dépassé 4 milliards de Fcfa au cours de l’année. Le rapport indique également que plus de 8 milliards de Fcfa ont été recouvrés grâce aux décisions du Tribunal pénal spécial et aux opérations de recouvrement d’avoirs menées par la Société camerounaise de recouvrement des créances. Le nombre d’institutions étatiques menant des activités dans le cadre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption est passé de 84 en 2023 à 105 en 2024. Malgré ces progrès, le Cameroun continue d’obtenir de mauvais résultats dans les évaluations internationales de la gouvernance.
Le pays a obtenu un score de 26 sur 100 à l’Indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International. Cet indice évalue le niveau perçu de corruption dans le secteur public de 182 pays et territoires sur une échelle de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre). Pour Massi Gams, de nouveaux progrès nécessiteront un cadre juridique plus solide, des institutions de répression plus efficaces et une participation citoyenne plus large. Le projet de loi anticorruption contribuerait à cette réponse en abordant les domaines insuffisamment couverts par le système actuel et en renforçant les capacités d’action des institutions chargées de la lutte contre la corruption.
Placide Onguéné



