(BFI) – Le président Paul B1iya a signé, le 22 juillet 2026, un décret habilitant le ministre de l’Économie à conclure avec Deutsche Bank Espagne une combinaison de prêts d’environ 4,1 milliards de FCFA, sous forme de crédit-acheteur. Cette enveloppe doit financer les « travaux supplémentaires » de la phase 1 du projet de valorisation touristique et économique du lac municipal de Yaoundé et d’aménagement de la vallée de la Mingoa.
Le décret ne vaut pas décaissement immédiat. Il autorise la signature des accords de financement, préalable exigé par la banque avant toute nouvelle mise à disposition des fonds. Il pourrait néanmoins débloquer un projet resté en suspens pendant plusieurs mois. Ce financement répond à un besoin complémentaire évalué à 4,06 milliards de FCFA. Lors de la présentation du budget 2026 à l’Assemblée nationale, la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, avait indiqué que cette insuffisance financière empêchait la poursuite d’une tranche intermédiaire des travaux.
Le Comité national de la dette publique avait pourtant jugé le recours à un nouvel emprunt extérieur « peu pertinent », estimant que ce montant, relativement modeste, pouvait être couvert par les ressources propres de l’État. Mais faute de décaissement effectif des fonds publics attendus, le chantier est resté bloqué. Le ministère s’est notamment limité à engager la construction d’une clôture pour sécuriser le site.
Le décret du 22 juillet marque donc un changement d’option : au lieu d’attendre une allocation budgétaire interne, le gouvernement revient à l’endettement extérieur. La reprise effective du chantier dépendra toutefois de la finalisation des accords, du respect des conditions de décaissement et de la mise à disposition réelle des ressources.
Près de 38 milliards mobilisés depuis 2016
Le projet bénéficie déjà de plusieurs financements de Deutsche Bank. En septembre 2016, le Cameroun avait signé deux conventions totalisant environ 21 milliards de FCFA pour financer la première phase. En novembre 2019, deux nouvelles autorisations avaient porté sur 12,6 milliards de FCFA, dont 9,03 milliards sous forme de crédit-acheteur et 3,6 milliards de crédit commercial.
Avec les 4,1 milliards nouvellement autorisés, les financements mobilisés ou programmés atteignent environ 37,7 milliards de FCFA. Ce total repose sur les conventions de 2016, les crédits supplémentaires de 2019 et l’autorisation de 2026. Il faut éviter d’y ajouter mécaniquement toutes les annonces antérieures, certains montants correspondant à des contreparties ou ayant été repris dans des montages ultérieurs. En février 2015, deux prêts de 21,5 milliards de FCFA avaient notamment été autorisés, dont 3,46 milliards au titre de la contrepartie camerounaise. Le projet vise à dépolluer et assainir le lac, aménager ses berges, créer une voie de ceinture, installer des équipements de sports nautiques et développer une offre de restauration, de commerce, de loisirs et, à terme, d’hôtellerie. Les autorités évoquent la création d’environ 2 000 emplois directs et 3 000 emplois indirects.
Une partie des infrastructures a déjà été réalisée, notamment un restaurant, des installations d’éclairage public et certains aménagements paysagers. En 2023, la première phase était présentée comme exécutée à environ 90 %.
Plus de dix ans de retards
Les premiers financements remontent à 2015 et les travaux devaient initialement être achevés en 2018. Mais les lenteurs de décaissement, le déficit de maturation technique, les lourdeurs administratives et les blocages financiers ont multiplié les reports.
L’entreprise espagnole Elecnor, adjudicataire du marché depuis le 17 juillet 2020, disposait d’un délai contractuel de 36 mois. Ce calendrier est aujourd’hui largement dépassé.Une ambiguïté demeure également sur le périmètre du nouveau financement. Le décret évoque des « travaux supplémentaires de la phase 1 », alors que le ministère présentait précédemment cette phase comme presque achevée et rattachait le besoin de 4,06 milliards à une étape intermédiaire ou au lancement d’une deuxième tranche. Celle-ci devait notamment couvrir deux restaurants supplémentaires, un centre nautique, des aires de jeux et l’aménagement des abords du petit lac.
La phase 2, beaucoup plus large, porte sur l’aménagement de l’ensemble de la vallée de la Mingoa, sur environ 250 hectares. Envisagée en partenariat public-privé, elle prévoit des logements, de nouveaux bâtiments administratifs et diverses infrastructures urbaines.
Après plus de dix ans d’autorisations, de financements et de reports, l’enjeu ne réside donc plus seulement dans l’annonce d’une nouvelle enveloppe. Le véritable test sera le décaissement effectif des 4,1 milliards de FCFA, la reprise visible du chantier et la livraison des équipements attendus autour du lac municipal.



