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La Société de créance affiche un déficit de 1,97 milliard F en 2025

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Ce résultat ravive les fragilités déjà relevées par la Chambre des comptes de la Cour suprême dans son audit consacré à la gestion de la SRC sur la période 2018-2022. À titre de comparaison, la perte enregistrée en 2025 équivaut à près de 93 % du déficit cumulé constaté par les magistrats financiers sur les cinq exercices audités, estimé à environ 2,1 milliards de FCFA. La comparaison est d’autant plus sensible que la dernière année couverte par cet audit, 2022, s’était déjà soldée par un déficit d’environ 1 milliard de FCFA.

Réunie à Yaoundé sous la présidence d’Edoua Gilbert Didier, l’Assemblée générale a décidé d’affecter l’intégralité de la perte 2025 au poste « report à nouveau ». Dans son communiqué final, elle a également exprimé ses « regrets face aux entraves constantes dans l’exercice du mandat de recouvrement » de la SRC. Cette formule ouvre une question centrale: quels acteurs, quelles procédures ou quels blocages institutionnels freinent concrètement l’exécution du mandat confié à cette société publique?

Une structure de coûts qui pèse sur l’activité

L’audit de la Chambre des comptes avait déjà mis en évidence une situation financière durablement dégradée. Sur la période 2018-2022, la SRC a enregistré trois exercices déficitaires sur cinq. Les magistrats financiers attribuent une partie importante de cette contre-performance au poids des charges de personnel, qui absorbaient l’essentiel des revenus générés par l’entreprise.

Entre 2018 et 2022, les dépenses de personnel ont représenté en moyenne 86 % du produit net bancaire, indicateur retenu par l’audit pour apprécier les revenus de l’activité. Certaines années, ces charges ont même dépassé les produits réalisés. En 2020, année marquée par la crise sanitaire, les frais de personnel ont atteint 1,4 milliard de FCFA, contre 1,3 milliard de FCFA de produit net bancaire, soit un ratio de 112 %. Le même déséquilibre s’est reproduit en 2022, avec 1,86 milliard de FCFA de charges de personnel pour 1,82 milliard de FCFA de produit net bancaire, soit un ratio de 102 %.

Ce modèle apparaît difficilement soutenable pour une société dont les revenus dépendent principalement des commissions perçues sur les créances effectivement recouvrées. Lorsque l’activité de recouvrement ralentit, ou lorsqu’elle se heurte à des blocages, la SRC conserve une structure de charges lourde qui fragilise mécaniquement ses comptes.

La Chambre des comptes a également pointé un déséquilibre dans la répartition des effectifs. Au 31 mars 2024, la SRC comptait 168 agents, mais seulement 18 étaient directement affectés aux activités de recouvrement, soit 10,7 % de l’effectif total. Pour une entreprise dont la mission première est précisément de récupérer les créances publiques et parapubliques, cette répartition pose une question de productivité interne, d’efficacité opérationnelle et d’alignement des ressources humaines sur le cœur de métier.

Le paradoxe d’un recouvreur public déficitaire

La perte de 2025 ne peut donc pas être lue comme un simple accident comptable. Elle remet en lumière une contradiction plus profonde: la SRC dispose d’un mandat stratégique dans l’écosystème des finances publiques, mais son organisation, sa structure de charges et les obstacles évoqués par son Assemblée générale limitent sa capacité à produire les résultats attendus.

La société est censée contribuer à l’assainissement financier de l’État en récupérant des créances parfois anciennes, difficiles à mobiliser ou juridiquement complexes. Mais les performances relevées par l’audit 2018-2022, puis la perte enregistrée en 2025, montrent que ce mandat reste difficile à convertir en recettes suffisantes pour couvrir durablement les charges de fonctionnement.

La mention des « entraves constantes » formulée par l’Assemblée générale mérite, à ce titre, d’être clarifiée. Ces obstacles proviennent-ils de débiteurs publics récalcitrants, de procédures judiciaires longues, de résistances administratives, de dossiers insuffisamment documentés ou de limites propres à l’organisation interne de la SRC ? En l’absence de précisions, cette expression souligne davantage l’ampleur du problème qu’elle ne l’explique.

Pour l’État, l’enjeu dépasse la seule situation financière de la SRC. Il touche à la capacité des administrations publiques à récupérer les ressources qui leur sont dues, dans un contexte où la mobilisation des recettes internes reste une priorité budgétaire. Une société de recouvrement déficitaire, faiblement dotée en personnel directement affecté à son cœur de métier et grevée par des charges importantes, risque de devenir un maillon faible plutôt qu’un instrument d’assainissement financier.

La publication des comptes 2025 confirme ainsi que les fragilités relevées par la Chambre des comptes n’ont pas encore donné lieu à un redressement visible. Le problème n’est plus seulement de constater les pertes. Il est désormais de savoir si la SRC peut être réorganisée autour de sa mission première: recouvrer effectivement les créances, réorienter ses moyens vers les activités opérationnelles et restaurer la crédibilité financière d’un outil public conçu pour rapporter de l’argent à l’État, non pour accumuler les déficits.

Rédaction
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