(BFI) – Depuis quelques jours, les habitués de certaines grandes surfaces de Douala, la capitale économique du Cameroun, découvrent sur les étals la célèbre Kadji Beer de l’Union camerounaise de brasseries (UCB), désormais conditionnée en canettes. Selon des sources internes à l’entreprise brassicole, la boisson non alcoolisée Spécial Pamplemousse et la marque énergisante KiQ sont également disponibles dans ce nouveau conditionnement.
Cette mise sur le marché intervient dans le sillage de l’entrée en production de la nouvelle usine construite par UCB sur le site de la Kadji Sports Academy (KSA), dans la périphérie de Douala. Baptisée usine Moungo, cette unité industrielle, dont les travaux ont été lancés en 2023, a mobilisé un investissement estimé à environ 100 milliards de FCFA. Elle affiche une capacité annuelle de production de 2 millions d’hectolitres, soit un volume équivalent à celui de la première usine de l’entreprise, implantée dans la zone industrielle de Douala-Bassa.
Avec ce nouveau format, UCB se positionne sur un segment devenu stratégique au Cameroun, notamment lors des cérémonies populaires où les boissons en canettes connaissent un succès croissant depuis plusieurs années. En l’absence, pendant longtemps, d’une offre locale suffisamment structurée, la préférence de nombreux organisateurs pour ce conditionnement a favorisé l’entrée sur le marché camerounais de produits importés, parfois de manière frauduleuse, depuis des pays frontaliers comme le Nigeria et la Guinée équatoriale. Une situation régulièrement dénoncée par les acteurs de l’industrie brassicole locale.
En 2016, la Société anonyme des boissons du Cameroun (SABC), leader du marché brassicole national, avait par exemple évalué à environ 300 000 hectolitres les importations frauduleuses de bières en canettes, pour une valeur estimée à près de 12 milliards de FCFA. Pour contrer ce phénomène, la filiale du groupe français Castel avait lancé, dès 2017 dans son usine de Ndokoti à Douala, une ligne de conditionnement en canettes d’un coût annoncé de 3 milliards de FCFA, destinée à ses principales marques de bières et de boissons gazeuses.
L’arrivée de UCB sur ce segment répond donc à une demande locale déjà existante, avec l’objectif de capter et de sécuriser de nouvelles parts de marché. Mais, selon des sources proches de l’entreprise fondée par l’industriel Joseph Kadji Defosso, l’ambition dépasse le seul marché camerounais. Le brasseur entend également s’appuyer sur ce conditionnement, plus adapté au transport longue distance que les bouteilles cassables, pour renforcer sa présence hors des frontières nationales.
L’export comme réponse au durcissement de la concurrence locale
Dans cette perspective, apprend-on de bonnes sources, UCB prévoit l’ouverture d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire, pays appelé à servir de hub régional pour ses ambitions ouest-africaines. Ce centre devrait être approvisionné à la fois depuis Aba, au Nigeria, où le groupe Kadji — maison mère de UCB — a inauguré en mars 2026 une usine de production d’environ 20 milliards de FCFA, et depuis Douala, au Cameroun, grâce à la nouvelle usine mise en service sur l’ancien site de la KSA.
Cette stratégie d’expansion régionale intervient dans un contexte de forte concentration du marché brassicole camerounais au profit du principal concurrent de UCB, la SABC. Le rachat de Guinness Cameroun par le groupe Castel, annoncé en 2022 et validé en 2023 par les autorités communautaires de la concurrence malgré les réserves exprimées par UCB, a renforcé la position dominante de la SABC sur le marché local.
Dans ces conditions, le lancement des canettes par UCB ne relève pas seulement d’une innovation de conditionnement. Il peut aussi être lu comme une réponse stratégique au durcissement de la concurrence domestique : sécuriser une partie de la demande locale, réduire l’espace laissé aux importations frauduleuses et préparer une offensive sur les marchés ouest-africains, où le format canette offre un avantage logistique évident.




