(BFI) – La Société camerounaise d’électricité (Socadel) veut desserrer l’étau financier qui pèse sur sa trésorerie. Issue de la transformation d’Eneo en société publique, la Socadel pourrait mobiliser 150 milliards FCFA auprès d’un pool de banques locales pour refinancer une partie de sa dette de court terme.
L’opération figure dans le projet de plan de restructuration 2026-2028 du ministère de l’Eau et de l’Énergie. Elle vise à convertir les concours bancaires actuels de l’entreprise en une dette amortissable de plus longue maturité. Selon le schéma envisagé, les dettes et crédits de trésorerie, évalués à près de 177 milliards FCFA, seraient refinancés par un emprunt bancaire local d’au moins 150 milliards FCFA, structuré sur sept ans, avec une période de grâce pouvant aller jusqu’à deux ans.
D’après les projections du ministère, ce reprofilage permettrait d’alléger la pression mensuelle sur la trésorerie de la Socadel. L’économie attendue est estimée à 2,5 milliards FCFA sur le remboursement du principal et à 200 millions FCFA sur les intérêts. Mais l’enjeu dépasse la seule restructuration bancaire. Le même document évalue la dette globale de l’ex-Eneo à près de 850 milliards FCFA. Il chiffre également à 13 milliards FCFA le déficit mensuel de trésorerie entre les recettes encaissées et les charges à couvrir. En moyenne, l’entreprise collecte 31 milliards FCFA par mois, contre des dépenses décaissables estimées à 44 milliards FCFA.
Cette tension de liquidité fragilise directement le paiement des fournisseurs, la maintenance du réseau et la capacité du secteur électrique à attirer de nouveaux financements. Le plan de restructuration attribue cette situation à plusieurs facteurs : le recours à des crédits de trésorerie pour financer des investissements, le gel des tarifs basse tension depuis 2012, la faiblesse des encaissements publics et privés, ainsi qu’un niveau élevé de pertes dans la distribution.
À fin 2025, les pertes techniques et commerciales sont estimées à 29 %, tandis que le taux global de recouvrement ressort à 77,5 %, un niveau insuffisant pour restaurer durablement l’équilibre financier de l’entreprise.
La pression est également visible dans le passif fournisseur. Au 30 novembre 2025, la dette envers les fournisseurs atteignait 639,6 milliards FCFA, dont 320 milliards FCFA dus à des entités publiques telles que Sonatrel, EDC, Sonara, l’Arsel et le FDSE. Le plan prévoit qu’une partie de cette dette soit reprise par l’État, en contrepartie de créances validées sur des entités publiques clientes de la Socadel, à travers un mécanisme de compensation de dettes croisées.
L’objectif affiché est de restaurer la capacité d’autofinancement de l’entreprise et de recréer les conditions d’un accès au financement de moyen et long terme. Pour le gouvernement, le refinancement bancaire ne constitue toutefois qu’un premier levier. Il doit être complété par d’autres mesures : ajustements tarifaires ciblés, amélioration du paiement des factures publiques, lutte contre la fraude, basculement progressif vers le prépayé et réduction de certains coûts d’exploitation.
À l’horizon 2027, le ministère de l’Eau et de l’Énergie estime que cet ensemble de mesures pourrait résorber l’essentiel du déficit mensuel de trésorerie. Mais le refinancement bancaire, à lui seul, ne suffira pas à corriger les fragilités structurelles d’un secteur encore pénalisé par des pertes élevées, un recouvrement insuffisant et une structure tarifaire sous tension.




